NOËL
On a surnommé la fête de Noël la fête des enfants. Je ne leur contesterai pas ce droit. Cela vient, sans doute, de ce qu'autrefois tous les enfants en âge de le faire étaient menés à l'église pour la messe de minuit. Bien
longtemps à l'avance, le papa, la maman disaient aux bambins : soyez bien sages, vous viendrez à la messe de Minuit, voir le Petit Jésus. Les enfants, à ce nom, promettent d'être plus sages, et leurs jeunes imaginations voient flotter, dans un océan de lumières, toutes les merveilles racontées, au coin du feu, par l'aïeule octogénaire. Noël ! Noël ! voilà bien la fête par excellence, la fête sacrée mais populaire à la fois ; sacrée parce qu'elle nous rassemble autour du berceau de Jésus naissant ; populaire, à cause des charmes qu'elle emprunte de la nature et des coutumes rien moins que religieuses qui, à certaines époques, l'accompagnèrent,
Noël ! Noël ! Dans nos campagnes heureuses, à ce cri d'allégresse, tous les habitants, dès avant minuit, s'acheminent vers le sanctuaire. Ils vont dans la nuit profonde, vers Celui qui est la lumière ! Les étoiles brillent au firmament et la neige scintille sous leurs rayons joyeux. Les cloches s'ébranlent sur leurs essieux et, de leurs voix harmonieuses, annoncent dans toutes nos paroisses, dans toutes les villes, l'Hosanna qui va de monde en monde jusqu'aux parvis des cieux !
Et le vieillard courbé sous le fardeau des années, l'enfant qui s'épanouit à la vie, l'homme, la femme et la jeune fille, les riches dans leurs vêtements somptueux et les pauvres dans leurs haillons, les heureux qui sourient et les infortunés qui pleurent, tous, obéissante une même pensée, attirés parle même spectacle merveilleux, poussés par une même force surnaturelle, oublient pour un instant les choses de la terre, rejettent le souvenir des fêtes passées, et tout entiers à l'ivresse de la solennité nouvelle, la plus belle, la plus sainte et la plus populaire
des fêtes, s'en vont chantant partout Noël ! Noël La piété satisfaite, la messe de minuit pieusement entendue, on revient à la chaumière prendre le traditionnel réveillon, qui consiste généralement en une superbe tête de porc frais, que la gardienne a fait cuire avec grand soin. La bonne toiirquière, habillement confectionnée par nos vieilles mères canadiennes, n'est pas oubliée. Elle a sa place d'honneur sur la table, où elle ne fait que passer, car en unclin-d'œil elle est la victime des convives.
A la ville et dans les village s, on prépare en plus le charmant arbre de Noël.
L'arbre de Noël, c'est un joli sapin, le plus riche en verdure et le mieux fait que l'on ait pu trouver dans la forêt, mais tout petit et tout vert. On le place solennellement sur une table et on l'entoure de lumières. Puis, l'on suspend à ses rameaux les présents de toutes sortes, destinés aux enfants ou aux amis.
De nos jours, les vitrines même de nos magasins sont ornées, pour Noël, de nombreux sapins où l'on étale les divers jouets que les parents ^doivent acheter pour les enfants.
La fête de Noël a donné naissance à une foule de contes, de légendes que les encêtres racontaient, près de l'âtre en feu, pendant les veillées voisines de Noël. Cette coutume, comme bien d'autres, a disparu, car maintenant on veille bien peu en famille.
Les journaux semblent vouloir y suppléer en nous rapportant, chaque année, grand nombre de ces contes, de ces légendes, dont la lecture est des plus agréables et des plus attrayantes. Si la Noël a exercé l'imagination des conteurs, elle n'a pas moins inspiré les poètes, et le
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nombre des cantiques qui se chantent, à la Nativité de Jésus, est étonnant. Si tous ne sont pas le produit du génie, tous exhalent un parfum de piété et un sentiment de vénération pour la Crèche du Divin Enfant. Nos Noëls Canadiens sont toujours entendus avec joie et allégresse. Ils pénètrent et remuent nos cœurs des plus profondément. Ils font la jubilation des jeunes, et les anciens, en les écoutant, se figurent être au temps où, jeunes enfants, ils accouraient joyeux et purs à la Crèche du Divin Rédempteur du monde.
Je termine enfin, et c'est par une légende bien singulière, mais bien facile à vérifier.
Dans cette nuit extraordinaire de Noël, les hommes — j'allais dire les femmes — ne parlent pas plus qu'à l'accoutumée, mais, en revanche, les animaux, dit-on, sont doués du don magnifique qui permet de déguiser leur pensée. . . ils parlent ! Oui l boeufs et génisses, chevaux et brebis se font des confidences étranges et qui surprendraient bien leurs maîtres. Ils se disent, d'une voix dolente : "comme le foin est sec et l'avoine rare" ; ils se rappellent leurs ébats dans la prairie et secouent tristement la chaîne du licou qui les captive. Ils pensent .... mais je n'en finirais plus si je disais tout ce que pensent de nous les animaux. Si cette histoire manque de vérité, elle ne manque pas de poésie.
IjS LES BOIS-FRANCS