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LES TRAVAUX DES CHAMPS, LES TRAVAUX DOMESTIQUES

Nos pères étaient des travailleurs inlassables, des défricheurs, des amis véritables du sol canadien.

Déboiser la forêt, arracher les souches, brûler des abattis, labourer, herser, semer, faucher le foin à la faux, couper le grain à la faucille, battre le grain au fléau, le vanner, faire les rigoles, recaler les fossés, faire les clôtures en cèdre, les sucres, le bois de chauffage, l'hiver faire les petits chantiers de billots ou de bois de corde, soigner les animaux, voilà les travaux auxquels les premiers colons étaient assujettis.

Cependant ils étaient leurs maîtres et non esclaves de la cloche réglementaire des manufactures. Malgré leurs multiples occupations et la grande variété de leurs travaux, n'allons pas croire que nos colons n'avaient aucun moment de repos, de loisirs, qu'ils menaient une vie ennuyeuse et pénible. Dans le temps des semailles et des récoltes, ils travaillaient de bonne heure le matin, et tard le soir, mais il n'en était pas de même toute l'année. Entre les semailles et les récoltes, à l'époque des fêtes de Noël, du Jour de l'An, des jours Gras, nos colons, sans avoir l'obligation de demander un congé, avaient le temps de se reposer, de se

délasser. C'était alors le temps des visites des parents et des amis. L'esprit de famille n'était pas encore gangrené par l'assiduité aux cinémas, aux vues animées. On se voisinait les uns les autres. Les soirées se passaient à la maison. On savait s'amuser et se réjouir en famille. Après les délassements, les devoirs de civilité rendus aux parents et aux amis, on se remettait vaillamment à l'ouvrage. Pour nourrir leurs femmes et leurs enfants, nos pères y mettaient toute leur bonne volonté, leurs forces, leur énergie.

Dépourvus des instruments agricoles de nos jours, qui rendent le travail de la culture de la terre si facile, si peu fatigant, les premiers défricheurs avaient à supporter une somme de fatigues qui ne souffre aucune comparaison avec les travaux de notre temps.

Mais, comment ces hommes pouvaient-ils se livrer à des travaux si ardus, si fatigants, si constants ? Ils étaient donc plus forts, plus robustes que les hommes de notre temps ? Oui, ils étaient forts, ils étaient robustes, mais, pardessus tout, courageux, persévérants, ancrés au sol. Les quelques photographies que renferme ce volume et les précédents nous montrent que réellement ces vieux colons canadiens avaient des caractères bien trempés. Leurs figures reflètent la virilité, la fermeté. Ce n'était pas des efféminés. Les santés de nos jours sont affaiblies, dit-on, sous forme d'excuse. Oui, et pour cause ; mais, ce qui manque, assez souvent, c'est l'amour du travail du sol, la fermeté de caractère, la constance.

Des descendants de ces valeureux cultivateurs, escomptant une vie plus douce, moins fatigante, plus lucra-

tive, moins astreignante, ont préféré abandonner la terre ancestrale et se lancer inconsidérément dans le commerce, dans l'industrie et dans les agences de toutes sortes. Que de déceptions survenues ! Que de résultats plus ou moins honorables ! Que de chutes lamentables !

Débarrassés de la charrue et de la herse, ils avaient rêvé le bonheur, la fortune. La jeunesse est avide de plaisirs. Elle aspire naturellement à la vie douce et sans fatigue. Réagissons contre cette mentalité fausse ; dissipons ces fatales illusions. Inculquons dans le cœur et dans l'âme de la jeunesse de la campagne, que la culture de la terre est encore, et sera toujours, le meilleur moyen pour atteindre le bonheur et la prospérité et conserver la santé.

L'âge avancé auquel les premiers colons sont parvenus, malgré leurs grandes misères, leurs travaux ardus, n'est-il pas une preuve que la vie à la campagne, consacrée aux travaux de la terre, est la vie la plus favorable aux fortes constitutions ? Les habits, fabriqués à la maison, que les hommes et les femmes portaient, étaient chauds et hygiéniques. Les garçons et les filles de la campagne n'allaient pas perdre leur santé dans les usines des villes, en y respirant un air continuellement empesté. Les femmes et les filles ne se faisaient pas les esclaves des m.odes et des demi-costumes de nos jours, si préjudiciables aux bonnes santés.

Le sérum qui guérira le chancre qui dévore, de notre temps, la société, qui a fait disparaître les santés robustes, c'es^ le retour aux travaux de la campagne, aux mœurs, coutumes et vêtements de nos ancêtres.

Pendant que nos pères abattaient les arbres de la

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