L'OURDISSAGE
Nous sommes dans les premières semaines du Carême. C'est le temps de monter une pièce sur le métier. Il faut d'abord ourdir. Le dévidoir, la tournette, le rouet à canelles, le canellier, Fourdissoir vont être mis en branle.
Le '' dévidoir " était une espèce de treuil sur lequel on enroulait les '' écheveaux ". Ceux-ci étaient partagés en autant de faisceaux qu'il y avait dans chacun d'eux de longueurs de la chaîne. Ce partage était marqué avec une ficelle que l'on nouait à chaque faisceau complet. L'on comptait douze faisceaux par écheveau et on disait qu'il avait " douze nœuds ". Plus tard Ton dit " nottes ", de l'anglais " not " quand on a commencé à employer le coton importé et tout préparé, pour faire la chaîne.
Les écheveaux se dévidaient ensuite pour s'enrouler sur les '' canelles " — longs fuseaux à hauts rebords — au moyen d'un rouet spécial appelé " rouet-à-canelles ".
Cette opération s'appelait : '' Caneller la chaîne ".
On disposait ensuite les vingt canelles ainsi préparées sur le " canellier ". C'était un assemblage de trois montants verticaux traversés par dix " broches " de fer, qui servaient de pivots aux canelles placées entre les montants.
On faisait alors passer les fils des vingt canelles dans la " main-percée " ou porte-fils, planchette de forme oblongue qui avait deux rangées de dix trous. Les fils passés, on en réunissait les bouts pour les attacher à la première " cheville-de-l'ourdissoir ".
'' L'ourdissoir " — ou la " herse ", parce que sa forme
avait quelqu'analogie avec cet instrument aratoire — servait à tendre régulièrement les fils de la chaîne, à les empêcher de se mêler, à tenir séparées les unes d'avec les autres les différentes portées que l'on pouvait, une fois la chaîne formée, facilement reconnaître et placer entre chaque dent du " râteau " dans le montage de la pièce sur le métier.