‹ Les Bois-Francs (volume 3)Chapitre 20 sur 127 · UNE VIEILLE INDUSTRIE LA CHANDELLE A L'EAU · texte numérisé non relu

UNE VIEILLE INDUSTRIE LA CHANDELLE A L'EAU

" Plonge ici ! Plonge là ! .... Plonge ici ! Plonge là...."

Nous fabriquions de la chandelle.

C'était avant l'invention des moules, qui devait transformer cette industrie. Un grand chaudron plein de suif fondu était disposé à notre portée, et tout à côté une cuve remplie d'eau froide. Des mèches avaient d'abord été coupées et tordues ; un gros clou, attaché au bout de chaque ficelle, la tenait suffisamment tendue et pouvait l'entraîner au fond du liquide. Pour aller plus vite, on nouait, par leurs extrémités, quatre ou cinq des mèches ainsi parées à une baguette tenue horizontalement. Et, plonge ici ! les mèches s'enfonçaient dans le liquide bouillant ; aussitôt retirées, elles gardaient une couche légère de suif fondu ; et, plonge là ! tout de suite baigné dans l'eau froide, le suif se figeait.

''Plonge ici! Plonge là!.. Plonge ici! plonge là!.."

Nous répétions cette double opération jusqu'à ce que la chandelle fût de la grosseur voulue.

C'est ainsi qu'autrefois se fabriquait la chandelle à la baguette, que nous appelions la chandelle à Verni.

(1) Extrait de "Chez nos Gens" par M. Adjutor Rivard.

Pauvre chandelle à Teau ! Elle n'était pas très régulière. Raboteuse et bossue, il fallait la polir et parfois la redresser.

Pauvre chandelle de suif ! Sa lumière était rougeâtre et fumeuse. Sans éclat, elle jetait sur les choses une lueur pleine d'ombre. Les ténèbres, qu'elle ne dissipait que dans un cercle restreint, la craignaient à peine, l'enveloppaient de tous les côtés, et, pour peu que sa flamme hésitante vacillât, se jetaient méchamment sur elle pour l'éteindre. Sans les mouchettes, qui de temps en temps redonnaient une vie nouvelle à sa clarté mourante, la nuit eût vite fait de tuer la pauvre chandelle de suif.

C'était une chandelle tout de même, et le seul luminaire que nous connaissions.

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Que ne devons-nous pas à la chandelle à Veau ?

De sa lueur incertaine, elle a éclairé le patient labeur de nos mères. Pendant qu'elle entre-luisait, dans les longues soirées d'hiver, leurs pauvres yeux suivaient la course de l'aiguille dans les étoffes grises. . . .

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L'eau sainte n'a pas dédaigné de tomber sur elle ; et de combien de malheurs elle a préservé la maison ! . . . Quand le ciel est mauvais, roule ses nuages et lance ses éclairs, voyez-vous s'allumer dans chaque demeure une petite flamme ? C'est la chandelle bénite à la dernière Chandeleur, et qui protège contre la foudre

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Voici qu'un mal soudain a jeté le vieux paysan sur son lit : il va mourir .... Soudain, le son des cloches se répand sur la campagne, et par les routes le bon Dieu vient vers celui qui ne peut plus aller à Téglise. Quand II entre, quand II se pose sur l'autel sans tabernacle, quand II se donne en Viatique, Thumble chandelle est là, qui dresse sa flamme et qui prie. . .

Après la mort, elle ne quittera pas le paysan étendu sur les planches ; fidèle, elle le veillera, dans la chambre tendue de noir ; durant trois jours et trois nuits, sans jamais s'éteindre, elle se consumera et laissera couler des larmes bridantes.

Quand vient l'automne et que les journées se font plus courtes, la chandelle préside au repas du soir. Elle éclaire les rudes visages penchés sur la table, elle met un reflet sur les assiettes, elle brille sur les cuillers d'étain ; et, quand le père trace, de son couteau, un signe de croix sur le pain qu'il va entamer, un éclair s'allume sur l'acier . . .

Le soir, dès que la noirceur est venue, la chandelle, qui reposait avec les mouchettes sur la tablette de la cheminée, descend et s'allume. C'est à sa lumière qu'on veille. Les coins de la cuisine restent sombres, on distingue à

peine les poutres du plafond, et, s'il entre un étranger, il faut, pour le connaître, porter la chandelle jusqu'à lui ; mais, autour de la table, près de la petite flamme, on y voit assez clair pour tricoter, pour coudre, pour lire une vieille histoire dans un vieux livre

S'il faut, dans la nuit noire, aller dehors pour donner à boire aux chevaux, c'est la chandelle encore qui éclaire la route, qui découvre le puits et sa brimbale, qui montre la porte basse de l'écurie. Dans son fanal de fer-blanc troué, elle brille et se rit du vent. . . .

Depuis lors, il y a eu les bougies, les lampes, les becs de gaz, les lumières électriques ....

Mais je pense toujours avec douceur au temps heureux oii-T-plonge ici ! Plonge là ! — je fabriquais de la cha^idélie à Veau,

Le Mont Chri^a en 1835

I r* ORSQUE les quatre premiers colons, Charles — ^ Bourbeau-Beauchesne, Louis Garneau, Louis Rivard-Lavigne, et son frère Joseph Rivard-Lavigne arrivèrent au Mont-Christo, en 1835, presque tout le territoire de la future paroisse de Saint-Christophe était une épaisse forêt. Les montagnes étaient couvertes d'érables, d'ormes, de chênes, de merisiers, de hêtres et de noyers.

Dans la plaine, on voyait de gros pins, de grandes épinettes. de la pruche, du sapin et du cèdre.

Le long de la rivière Nicolet, il y avait plusieurs souches de pin, d'épinettes et de pruche, indices qu'on avait déjà fait des chantiers dans ces parages.

En effet, avant l'arrivée des premiers défricheurs, des coureurs des bois étaient venus y faire des billots, des plançons et des mâts, qu'ils descendaient au fleuve sur la rivière Nicolet.

Faute de bêtes de somme pour le transport de ces mor-

(1) La tradition rapporte que parmi les premiers coureurs des bois qui vinrent faire des chantiers sur les bords de la branche sud-ouest de la rivière Nicolet, au commencement du siècle dernier, il y en avait un du nom de Marcoux. On ne s'accorde pas sur son nom de baptême ; les uns disent Chrisostome, d'autres, Christophe. On l'appelait communément Christo. Ses compagnons d'aventure, en apercevant la première montagne qui s'offrait à leurs regards, lui donnèrent le nom de leur chef : Christo.

C'est probablement ce qui a valu à la paroisse d'avoir pour patron Saint-Christophe.

ceaux de bois, les bûcherons les roulaient eux-mêmes à la rivière. Voilà pourquoi ils n'abattirent que les arbres près de la rivière. D'ailleurs, la quantité ne leur faisait pas défaut.

Les forêts en bois franc demeurèrent intactes vu l'impossibilité de descendre cette sorte de bois sur la rivière.

Le bois franc fut d'un grand secours pour les premiers colons, car pendant les premières années du défrichement, le sucre et la potasse, tous deux provenant du bois franc, furent les deux seuls articles de commerce. Le commerce de la potasse fut plus en vogue que le commerce du sucre. Celui-ci, d'ailleurs, était la plupart du temps consommé à la maison.

C'était, aux premiers jours de la colonisation, le bon compagnon de la galette de sarrazin ; on pouvait si difficilement se procurer de la fleur pour cuire le pain.

Mais il fallait faire de la terre, défricher pour pouvoir semer et récolter.

Le commerce de la potasse fit qu'on put tirer profit du bois, qu'il fallait faire disparaître par le feu ; car c'est par les cendres de bois franc qu'on obtenait ce produit. Les troncs des arbres abattus étaient coupés par btiches de sept à huit pieds. On les entassait les unes sur les autres, et on les réduisait en cendres. Cette première opération faite, la cendre était mise dans de grands chaudrons ; on y ajoutait une certaine quantité d'eau et on faisait bouillir jusqu'à ce que le tout fût solidifié, ou devenu de la potasse.

Ces corrosifs étaient enfermés dans des casseaux d'écorce de bouleaux et portés au propriétaire d'une perlasserie. Ce transport se faisait à dos d'homme et n'était pas sans danger. Souvent, le long de la route, ces corrosifs

se liquéfiaient et se répandaient sur les épaules des pauvres voyageurs. Plusieurs furent victimes de blessures bien douloureuses, quelques-uns même ne purent guérir de ces blessures et moururent dans les plus grandes souffrances.

Le propriétaire de la perlasserie mettait la potasse dans un fourneau et la faisait chauffer jusqu'à ce qu'elle devînt blanche. La perlasse, mise dans des quarts de 500 livres, était transportée à Québec ou aux Trois-Rivières.

Tout en défrichant leurs terres, nos colons pouvaient, avec le produit de la cendre, se procurer quelques-uns des articles les plus nécessaires pour nourrir leurs familles. La lisière de la forêt, lentement, il est vrai, s'éloignait de jour en jour. A la récolte de la potasse succéda la moisson des grains.

Par goût ou par nécessité, les colons se firent un devoir de se conserver un lopin de terre boisé en érables. Ces érablières, encore nombreuses de nos jours, sont un ornement, une richesse, une jouissance pour les amateurs de la 'tire et de la trempette aux beaux jours du printemps.

En outre de ces touffes d'érables conservées pour la confection du sucre, ce bon sucre du pays, les premiers pionniers eurent l'excellente idée de laisser subsister près de leur maison et le long des routes quantité d'arbres d'ornementation.

En cela ils méritent nos félicitations, nos louanges et nos remerciements, quoique nous devions tout particulièrement notre gratitude à Monsieur le Shérif Quesnel, à qui revient le mlérite et l'honneur de nous avoir, à une époque plus récente, légué la magnifique avenue si poétiquement appelée : " L'Avenue des Erables ". Aujourd'hui encore, Arthabaska est un véritable bosquet. A chaque printemps,

le Mont Christo semble rajeunir sous sa luxuriante toison de verdure. Les vents impétueux font quelquefois des trouées, ci et là. La caducité fait disparaître quelques-uns des vétérans de notre bocage arthabaskasien. Remplaçons ces vénérables disparus. Gardons soigneusement à notre ville son cachet si pittoresque et si admiré de tous les touristes.

Les ancêtres ont travaillé pour nous, travaillons pour ceux qui viendront après nous.

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