BENJAMIN SULTE
Mai 1922.
A ces trois distinguées lettres, ajoutons la sympathique appréciation que Monsieur Alphonse Désilets a bien voulu faire de notre modeste travail.
Le fervent patriote et le patient chercheur à qui nous devons l'histoire des Bois-Francs s est donné à l'une des missions les plus dignes d'admiration et de reconnaissance. Son œuvre est admirable, parce qu'elle participe aux mêm.es mérites que celle de tous les historiens, de ceux qui ont compris que, pour faire aimer la patrie, il n'est pas ^e plus sûr moyen que de la faire connaître. Et son œuvre a des droits à notre reconnaissance parce qu'elle est consciencieuse, fouillée, complète, et, partant, bien sincère.
Monsieur l'abbé Mailhot est un digne fils du petit pays qu'il aura célébré. Et c'est avec un amour pieusement filial qu'il nous dit la légende et l'histoire de la terre, que nous avons aimée et chantée nous-même, parce qu'elle est la terre natale. Cette histoire, en trois forts volumes, couvre l'espace d'un siècle où l'héroïsme du colon, l'apostolat du missionnaire, l'énergie de l'agriculteur et l'initiative de l'industriel ont édifié tout un petit monde, tout un pays dans la vaste patrie canadienne.
Depuis que Charles Hé on, en 1825, quitta la vieille paroisse de Bécancour pour se tailler un domaine neuf dans les terres d'Arthabaska, bien des paroisses, villages et villes, ont surgi le long des rivières Nicolet et Bécancour, bien des clochers ont dressé, au-dessus des forêts surprises et des terres en culture, leurs coqs de bronze, emblème de l'attachement profond au sol nouvellement conquis.
L'histoire du petit pays a rappelé les origines des premiers habitants et des premiers établissements. Pieu-
sèment fidèle aux traditions et aux souvenirs qui ornent l'âme populaire d'un grand fond de saine poésie, M. Vahbé Mailhot n'a pas écarté la légende où sont les marges de l'histoire. Il rappelle les émotions des premiers jours de solitude dans l'immensité de la forêt vierge, les inquiétudes des mères et des épouses, la terreur et l'émoi des enfants, les scènes doidoureuses ou réjouies des familles aux jours d'épreuves ou de fêtes.
Il rappelle ensuite les grands travaux du défrichement, ceux des premières cultures, les industries élémentaires dont les revenus péniblement gagnés assuraient la subsistance des familles aux jours d'hiver. Il dit les espoirs du colon devenu propriétaire d'un domaine de plus en plus élargi. Il remémore la création des paroisses canoniques et le ^èle des pasteurs dont la vie méritoire fut, pour beaucoup, l'exemple inébranlable de la fidélité et de l'attachem.ent à la mission colonisatrice. Il explique la division et le partage des cantons nouvellement ouverts. Il signale la construction des moulins à bois, à farine et à carde, celle de la ligne ferroviaire du Grand Tronc, l' établissement des manufactures qui amenaient l'activité croissante des indiistries de toutes sortes.
Bientôt, le système éducationnel se développant, des centres intellectuels se forment, qui ajoutent à toute cette vie active un cachet et un élan de progrès véritables. La nature est sub jugée. L'homme a pris sur elle un empire qui lui assure la domination complète de ses facultés les plus hautes. Tout ce que les perfectionnements modernes fournissent à l'exploitation des richesses foncières, l'agriculture, mines, forêts, pouvoirs d'eau, force électrique, tout
concourt maintenant à procurer au cultivateur, à r industriel comme au professionnel, une aisance légitime où les fils trouvent le fruit des labeurs paternels. La population intelligente et laborieuse qui habite ce territoire n'a rien à envier aux plus vieilles régions de cette province et de ce pays. Ce qui fait la tristesse des grandes villes cosmopolites ne Va pas encore affectée. Si les vieilles familles qui ont fait souche dans les Bois-Francs, et dont l'histoire retrace les lignées, veulent s'employer à la sauvegarde des traditions, le pays des Bois-Francs restera la terre bénie, la terre privilégiée où gei'ment les grandes pensées et les nobles élévations, où la poésie, la musique, la sculpture et la peinture, l'éloquence et la sublimité du sacerdoce trouveront, comme elles l'ont fait depuis un demi-siècle, quelques-uns de leurs plus beaux représentants.
Peu de petites patries, en effet, ont donné à l'Eglise, aux professions libérales, aux beaux-arts et à l'industrie, une plus large proportion de serviteurs talentueux que la gloire couronne déjà de lauriers immortels. Ceux qui liront l'œuvre considérable de M. l'abbé Chs-Ed. Mailhot aimeront davantage la grande famille canadienne-française. Car c'est en prenant contact plus intime avec chaque membre de la famille qu'on s'attache à toute la maison et qu'on est fier de s'y savoir ches soi.