‹ Les Bois-Francs (volume 4)Chapitre 137 sur 145 · CC · texte numérisé non relu

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ceptions d'enfant de Marie ; comme tout cela avait un cachet de beauté religieuse bien propre à impressionner nos âmes d'enfants !

Aussi, tout le luxe et les richesses dorées des basiliques et des cathédrales n'ont jamais plus disposé mon cœur à Ia prière que la lampe du sanctuaire de cette petite chapelle de mon couvent où tout était si simple, si discret, si paisible, que Ton sentait davantage se glisser dans nos âmes la joie et le recueillement.

De même jamais paysage ne m'a plus fait rêver que celui que présente mon village par un beau soir d'été, à l'heure apaisante où le soleil, descendant à l'horizon, reflète ses derniers rayons sur le Mont Christo, pendant qu'au clocher tinte l' Angélus du soir dont les sons vont en se déferlant mêler leurs derniers échos aux murmures des eaux de cette petite rivière Nicolet qui serpente là-bas dans la plaine.

C'est au Mont Christo qu'on nous conduisait aux mois de mai et de juin passer nos récréations du soir. Nous cueillions les premières violettes, nous nous amusions du chant des grenouilles du ruisseau voisin, Assises sur les rochers, nous laissions pénétrer en nous cette vie de la nature qui imprègne à l'âme cet idéal qui est le talisman de la vie. Quand sonnait huit heures, nous nous rassemblions au pied de la croix qui surmontait alors la colline,et nous adressions à la Vierge notre chant du soir : '' Vois à tes pieds " etc. Simple cantique mais que je ne puis entendre sans être émue, car il évoque en moi une des plus belles pages du passé.

C'était au temps où il était de règle que les Commis-

saires d'écoles présidassent aux examens des classes. Avec quelles appréhensions nous préparions les matières sur lesquelles nous devions être questionnées par ces hommes, qui nous semblaient être des personnages aussi grands que Bossuet, Racine et Lamartine que nous étudions alors !

De ceux-là, il y avait M. Pacaud, qui nous rappelait Lafontaine, par ses saillies d'imagination et ses fables qu'il nous récitait de mémoire. Puis, il y avait cet autre, celui dont le génie politique a jeté sur son pays un lustre et une gloire immortels, Sir Wilfrid Laurier.

Sir Wilfrid qui, à ce temps-là, n'était que l'hon. Wilfrid Laurier, était déjà, pour ceux qui le connaissent bien^ une personnalité.

Il possédait alors, comme toujours par ailleurs, ce magnétisme qui lui attira les cœurs de toute une nation. Puis il avait ce physique attirant et ce charme sympathique que les enfants comprennent sans se l'expliquer. Comme examinateur, il assistait aux revues. Il nous posait peu de questions, il nous proclamait des petites filles très savantes, et il se déclarait toujours satisfait de nos progrès et de notre application. C'est que, doué d'une grande bonté de cœur, il savait que l'indulgence et l'encouragement donnent aux jeunes de l'ardeur au travail.

Comme il est doux de songer aujourd'hui que nous avions déjà comme ami celui qui, dans le calme et la solitude de son village, poursuivait des études et des travaux qui devaient faire de lui un des plus grands hommes d'état de l'empire britannique et celui qui, pendant plus de quinze années, a dirigé les destinées de notre Canada !

Sous le règne de Mère St-Gilbert, il y avait aussi Mère St-Jean Climaque, Mère Ste-Adrienne, Mère Ste-Cordule, puis cette très chère Mère Ste-Irmine qui, avec douceur et une patience inlassable, nous enseignait la musique. Plus tard vint Mère St-Cassien, puis Mère St-Jean Berchmans, supérieure, dont le tact, la grande bonté et les manières affables lui gagnèrent les sympathies de celles mêmes qui ne Tout connue que de loin.

Je ne saurais oublier Mère Ste-Marie Herminie,dont la haute intelligence et le dévouement sincère ne peuvent être égalés que par la durable affection que lui conservent ses élèves.

Je regrette que mes souvenirs se bornent à ces seules années. Depuis le jour oii je quittai le pensionnat, bien d'autres noms aussi dignes de mention que les précédents se sont succédé à la direction du couvent. C'est à ces premières éducatrices, que nous aimions alors, mais à l'âge où nous ne pouvions les apprécier à leur juste valeur, à celles qui en même temps qu'elles développaient notre intelligence, cultivaient notre cœur, redressaient notre caractère, formaient notre énergie, nous faisant comprendre de bonne heure, comme le dit Mgr Falloux " que le travail est encore ce qui use le moins la vie ", c'est à celles-là que nous voudrions aujourd'hui tresser des couronnes de lauriers et de roses.

L'ombre de leur vie plane sur nous aujourd'hui. Pour nous, leurs voix se sont tues, mais l'écho vibre encore. Et c'est par l'écho que celles de demain pourront deviner ce que fut leur dévouement mêlé à tant d'espérances.

A celles qui viendront, je dirai : '' Soyez dociles, laissez-vous guider par ces éducatrices expérimentées, si vous

voulez plus tard moissonner les épis d'or de leurs pieux et clairvoyants enseignements ".

Car, plus que jamais, le besoin de solidifier Téducation se fait sentir ; le temps est venu pour la femme de se préparer avec soin et intelligence à mieux comprendre plus tard les problèmes et les droits nouveaux qui surgissent pour elle.

Si les commencements de toute entreprise sont difficiles, il ne faut pas oublier que, pour maintenir une œuvre, il faut renouveler les sacrifices et sans cesse affermir reffort.

Chaque village environnant possédant maintenant sa propre maison d'éducation diminue par ce fait le nombre d'élèves de celle-ci.

Il importe donc à ceux qui restent d'unir leurs efforts pour que les classes se maintiennent à un nombre convenable. Que ceux-là se souviennent que rédiication est la meilleure monnaie de la Caisse d'épargne de la jeunesse. C'est celle qui tout le long de la vie augmente en valeur, au point de nous faire regretter de n'en posséder davantage.

Je ne saurais mieux vous dire que de vous citer ces paroles de Fuster : '' Tout change, les vieilles vérités peuvent devenir mensonges, comme les jeunes vérités le deviendront, et dans ce naufrage de tous les axiomes il n'en demeure qu'un seul debout, le travail, toujours impassible dans sa cruauté, et, je me permettrai d'ajouter, le Dezmr, toujours réconfortant dans sa grandeur.

Mesdames, je vous remercie de votre bienveillance. C'est de mémoire que je vous ai évoqué ces quelques souve-

nirs. J^avais au cœur le désir de rendre justice à toutes. Toute la longueur de cet entretien n'a pu contenir que bien imparfaitement le mérite et la valeur de chacune. Mais j'espère que toutes sauront y trouver l'effort et ma bonne volonté à vouloir exprimer ce que chacune de nous porte dans son cœur de cette reconnaissance que nous devons à notre Aima Mater ainsi qu'à toutes ces pieuses filles qui, avec vaillance et sagesse, continuent l'œuvre angélique de leur illustre Mère Marguerite Bourgeois.

De l'hôtel de ville on se rend en toute hâte à la chapelle du Couvent. Mme Edgar Champoux, autrefois la chère petite Mariette Côté, chante d'une voix émue et attendrissante le " Retour à l'autel de Marie " :

Nous revenons, ô notre bonne Mère, Reconnais-lu la voix de tes enfants ?

Ils ont souffert loin de ton sanctuaire, Ils sont heureux sous tes yeux caressants. Tes bras ouverts nous appelaient sans cesse. Oh î nous voici, presse-nous sur ton cœur I Nous te rendons toute notre tendresse.

Rends-nous aussi notre premier bonheur.

Tu le sais bien, malgré la longue absence. Nous n'avons pas perdu ton souvenir ; Rien n'étouffait la voix de l'espérance Qui nous disait : vous pouvez revenir. Nous revenons avec la même ivresse. Nos fleurs d'amour ont gardé leur fraîcheur ; Nous te rendons toute notre tendresse, Rends-nous aussi notre premier bonheur.

C'est l'heure de la bénédiction du Saint-Sacrement, l'heure recueillie où les pensées se font belles et sereines

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comme les nuances d'un ciel d'azur et où le cœur se perd dans l'adoration et l'amour du Cœur de Jésus. L'ostensoir rayonne au-dessus des têtes inclinées, les bénédictions descendent à flots de ce foyer divin et l'on entonne un joyeux Magnificat. La chorale de notre cher couvent mérite de sincères félicitations.

L'officiant fut M. l'abbé Adélard Desmarais, ancien vicaire à St-Christophe.

Quel bonheur pour des anciennes élèves de faire la visite de la maison : on veut tout revoir, tout interroger. Pas un petit coin qui n'ait son mot à dire, un naïf souvenir à réveiller. Plus d'une larme vint aux yeux qui lurent aux tableaux noirs des classes les vers suivants :

" En nous voyant paraître " Ces murs ont tressailli :

" Ils ont senti renaître " Tout un passé vieilli ",

"Une part de mon âme est restée en ces lieux '* Où ma calme jeunesse a chanté son cantique '*.

O Couvent !

"Tu fais briller à leur oreille " De chers et lointains souvenirs, " Bonheur de Tenfance vermeille, "Jeunes ébats, naïfs plaisirs".

A sept heures et demie, toutes les anciennes élèves se réunirent dans les salles de leur Aima Mater où elles se rappelèrent d'heureux souvenirs d'enfance.

Une adresse fut présentée par Mlle J. Giroux à la Supérieure générale des Dames de la Congrégation.

Mademoiselle Jacqueline Garneau souhaita la bienvenue aux anciennes élèves, à laquelle répondit Madame Adélard Picher, présidente du comité d'organisation :

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