LA PAROISSE DE ST-VALERE DE BULSTRODE
Il est salutaire pour une paroisse d'évoquer le souvenir de ses courageux fondateurs pour retremper la vaillance de leurs fils.
L^ E canton de Bulstrode, comme les autres cantons k des Bois-Francs, fut affublé d'un nom anglais. Ce fut, dit M. P. -G, Roy, en mémoire d'un chevalier anglais du nom de Richard Bulstrode. Ce chevalier s'était distingué pendant les guerres d'Angleterre. II fut au serjf\ vice de Charles 1er, roi d'Angleterre, de 1625 à 1649, et fut pendant trente ans le représentant de la Grande Bretagne auprès des diverses cours européennes.
M. l'abbé Charles Trudelle, en énumérant les noms anglais donnés aux cantons des Bois-Francs : Blandford, Bulstrode, Stanfold,Somerset,Warwick,Halifax,dit : (1.)
'' Quel nom, va-t-on dire, et quel pays sans doute ? mais honi soit qui mal y pense, car il ne faut pas croire, en voyant tous ces noms de lieux à la figure bretonne,que nous allons nous occuper de l'établissement de quelquesunes des parties des Iles Britanniques ; non, la langue de
(1) Trois Souvenirs, année 1852.
Racine et de Fénélon, presque seule, se fait entendre dans ces lieux, et Tair qu'on y respire est Tair de la patrie '*.
Lors du prolongement de la ligne du Grand Tronc,
de Richmond à Lévis, ligne ferrée, administrée par des
\J anglais, on ne manqua pas de mettre en évidence tous les
/\ noms anglais existants ou non existants. La plupart des
J \ stations, même celles des villages les plus canadiens, furent
/ ^\ décorés d'un nom anglais.
Aujourd'hui nous constatons avec plaisir que les noms canadiens et historiques redeviennent en honneur.
^ Ainsi Stanfold est Princeville, Somerset, Plessisville.
Les anglais prononcent : Plessisseville, nous canadiens-français, disons : Plessisville.
V Après tout, ces noms anglais infligés à nos cantons Ipar les gouverneurs du temps sont une taxe imposée par l'Angleterre. Si nous ne pouvons pas nous y soustraire entièrement, payons-la le moins possible.
Continuons ce mouvement d'épuration, réclamons des
noms français chaque fois que nous en aurons le droit et l'occasion. Ne nous laissons pas gangrener par la fatale maladie de l'anglomanie.
Lorsque M. Ed. Brunel arriva curé de St-Valère, en 1882, le bureau de poste de la paroisse portait le nom de Bulstrode tout court. Grâce au bienveillant concours de M. Désiré Bourbcau, alors député à Ottawa pour Drummond-Arthabaska,M. Brunel obtint du ministre des postes un changement en faveur de la langue française, et depuis
lors, le bureau de poste porte le nom de St-Valère de Bulstrode.
En effet, n'est-il pas parfaitement déraisonnable de faire porter des noms anglais à des endroits fondés et habités presque en absolue totalité par des canadiens-français ? Si nous voulons travailler à redonner à certaines parties de notre province française de Québec Taspect canadien-français qu'elles n'auraient jamais dû perdre, il ne faut rien négliger des détails.
Et parmi ces détails de première importance, il en est un qui prime tous les autres : c'est celui de donner un nom |f rançais à nos villes ou à nos villages canadiens-français.
Que fait-on dans l'Ontario et dans l'Ouest ? Est-ce que les anglais donnent des noms français à leurs villages ou stations de chemins de fer ? Au contraire, ils s'efforcent de faire disparaître tous les noms français.
Dans un canton essentiellement canadien comme Bulstrode, que voyons-nous ?
Parcourez la ligne du Grand Tronc, de Victoriaville à Ste-Angéle. Sur les gares des troisi premières stations vous verrez Walker's Cutting, Black River, Bulstrode. iPourquoi pas Coupe à Walker, Rivière Noire ?
Pourquoi n'avoir pas conservé à la station de Bulstrode son nom primitif : Terre noire ? Nom tiré de la couleur du sol à cet endroit. Les étrangers ne seraient pas tentés de croire qu'ils traversent un territoire habité par des anglais.
Nos pères nous ont légué un nom que nous n'aurions jamais dû oublier. N'est-il pas vrai, en effet, que la dénomination si française, si bien appropriée au territoire que nous habitons, fut pendant un certain temps rayée de nos
annales historiques ? Autrefois, l'expression " Les Bois- Francs '' était universellement en usage : N'est-elle pas, peu à peu, tombée en désuétude ? Hélas ! Oui.
Heureusement que nous avions pour en conserver la mémoire " Les Trois Souvenirs ou les Bois-Francs " de l'abbé Trudelle, et '' Jean Rivard ", le défricheur, de M. trérin La joie.
Aujourd'hui, nous assistons, j'oserais dire, à la rei-.aissance de ce nom si parfumé de souvenirs, si cher à nos ancêtres. Désormais qu'il soit en grand honneur parmi nous ; que l'oubli ne tente plus de s'en emparer.
M. Benjamin Suite a signalé tout particulièrement cette vérité dans une lettre qu'il adressait à l'auteur des Bois-Francs, lors de l'apparition du tome deuxième.
'' Nous trouvons dans vos Bois-Francs des pages à méditer et de bons souvenirs à classer dans notre mémoire, ï^es Bois-Francs, un second Canada, auraient été complètement oubliés en 1940, si vous ne les aviez pas fait revivre.
Les voilà dans les annales bien nettement dessinés, et ils resteront dans l'esprit de nos gens, de génération en génération. Vous les avez sauvés de l'oubli: c'est une belle œuvre nationale ".