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RÉCOLTE DU LIÈGE

rétablit, en quelque sorte, les conditions naturelles normales de la production du liège. Il consiste en un rhabillage fait avec la propre écorce du chêne démasclé. On a soin, dans ce cas, de lever Técorce avec précaution, pour Tavoir en deux bandes seulement. Celte écorce est immédiatement remise en place et maintenue en différents points par des ligatures en fil de fer. On n'agit de cette façon qu'avec des arbres d'avenir et d'une certaine valeur. Après trois mois, alors qu'une nouvelle couche de suber déjà suffisante est venue garantir le sujet, on enlève l'enveloppe protectrice, dont on peut disposer. Grâce à cette protection, les parties délicates mises à nu sont protégées contre les insolations, les atteintes des insectes, Teau et rhumidité et autres agents extérieurs ; laproduction du liège se fait plus abondante et plus régulière, sans croûtes, ni crevasses. On conçoit que Ton puisse remplacer Tenveloppe de liège mâle, par une enveloppe d'une autre substance se prêtant à cet usage. Les résultats ont été particulièrement et incontestablement heureux chez l'auteur du procédé, à Saint- Pau dans les Landes ; ils ont été moins favorables dans le V^ar.

Pour lever les plaques de liège, on commence par ouvrir au moyen d'une hache de forme spéciale et parfaitement tranchante, une ou plusieurs entailles, longitudinales et radiales en même temps, puis on pratique deux autres incisions horizontales laissant entre elles la distance que Ton veut donner aux plaques. On chauffe alors légèrement avec un réchaud et les plaques se détachent ensuite facilement.il vaut encore mieux que Touvrier rusquier fasse usage du manche de rinstrument qui a servi à entailler, manche qui est légèrement courbé et aminci en coin à l'extrémité ; il s'en sert comme d'un levier, pour soulever le liège avec précaution. On facilite l'opération en frappant légèrement sur Técorce, de manière à diminuer l'adhérence qui existe entre le liège et la mère. Le liège est ainsi obtenu, soit à l'état de tronçons cylindriques ou canons^ soit à l'état de planches ayant généralement un mètre de côté. Il ne faut pas oublier pendant cette opération que toute blessure ou écorchure faite à Técorce se traduirait ensuite, sur le nouveau liège, par des défauts aux places correspondantes.

Il faut prendre certaines précautions pour conserver les plaques de liège. Il faudra éviter de laisser exposée au soleil

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la face interne des planches et ne pas les placer sur le sol sablonneux, les grains de sable qui pourraient s'y fixer détérioreraient les couteaux de travail et le liège donnerait des bouchons rugueux.

Le liège produit est transporté dans les lieux de dépôt où il est vendu par adjudication, à un prix déterminé par quintal métrique (100 kilos).

On fait généralement les levées de 8 ans en 8 ans, et cela jusqu'à douze et quinze fois successivement et plus.

Les premières levées sont les moins productives, parce qu'on ne peut les prolonger à plus de 2 mètres au-dessus du sol sans risque de nuire à la vie de Tarbre ; mais on les remonte ensuite, à chaque exploitation, de 0 m. 60 environ pour s'arrêter finalement à 1 mètre au-dessous des premières branches. C'est à l'Age moyen que l'arbre donne le liège le plus beau et le plus abondant.

Périodes d'exploitation, — Onemployaitautrefois un système d'exploitation du chêne liège aussi préjudiciable que barbare : on procédait par coupes ou périodes régulières. Ces coupes se pratiquaient sur toute une surface forestière et se faisaient à une môme époque, d'après le cahier des charges imposé aux concessionnaires, avec abatage des arbres (1849). On a vite reconnu que Tabatage des arbres était une erreur, puisqu'ils peuvent fournir jusqu'à quinze récoltes et que le liège produit est d'autant meilleur qu'on a pratiqué le démasclage.

Dans les forêts en futaies jardinées, on fait généralement porter l'exploitation du liège sur la forêt tout entière, ce qui augmente les frais et rend la surveillance difficile. Pour éviter cet inconvénient, on peut procéder autrement en partageant la forêt en autant de parties que la révolution comprend d'années, soit 10 à 12 pour la France et 8 à 12 pour TAlgérie. On enlèvera chaque année le liège sur un des lots, tandis que, sur celui venant immédiatement après, on fera seulement le débroussaillement.

Conditions qui influent sur la quantité de liège produite, — La quantité de liège produite varie naturellement suivant les circonstances. C'est ainsi qu'on a pu établir que : 1® sa production est plus rapide sur les arbres isolés que sur ceux qui ont crû en massifs ; 2" le développement du liège dépend de la vigueur de l'arbre ; 3<^ Pactivité de production du liège est

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plus considérable, sur un même arbre, pour le côté exposé au sud que pour celui qui est tourné au nord ; 4» la croissance est plus active en Algérie qu'en France : tandis qu'il faut seulement 8 à 12 ans en Algérie pour que la couche de liège atteigne la valeur marchande de 25 à 28 mm., il faut, en France, une période de 12 ou 15 ans ; 6^ les anneaux successifs annuels d'accroissement sont plus larges les premières années, puis leur largeur devient stationnaire et enfin décroît constamment. Par suite, plus les époques d'exploitation seront rapprochées, plus grande sera la quantité totale de liège obtenue d'un même arbre. Malheureusement on est obligé d'attendre, pour faire le prélèvement, que la couche de liège ait atteint l'épaisseur marchande. On doit même s'assurer qu'il en est ainsi, au moyen d'un sondage pratiqué dans la partie la plus faible, c'est-à-dire en haut.

Exploitation du chêne-liège en Algérie. — En Algérie, le démasclage et le levage sont opérés par les Arabes qui vont ensuite porter les plaques sur les sentiers accessibles aux mulets, puis ceux-ci les transportent à dos, soit aux dépùts installés sur des chemins carrossables, soit jusqu'à l'établissement du concessionnaire. Un mulet peut transporter, à chaque voyage, de 100 à 120 kilogrammes de liège brut, ce dernier chif&e étant un maximum.

Rappelons qu'autrefois on enlevait en Algérie l'écorcc de liège, soit en abattant l'arbre, soit en pratiquant l'écorcement complet, ce qui ne valait guère mieux. Depuis 1884, avonsnous dit, on opère méthodiquement le démasclage en vue d'obtenir du liège femelle de bonne qualité. L'Algérie est actuellement, et de beaucoup, le plus important fournisseur de liège pour la France.

Tous les travaux que nécessite la récolte du liège sont exécutés par les arabes, sous la surveillance de contremaîtres et ouvriers européens. La forêt est d'ailleurs la poule aux œufs d'or de l'indigène qui vit, la plupart du temps, de ses produits.

Préparation du liège. — Le liège, une fois récolté, est mis à sécher; pour cela on Texpose, généralement pendant plusieurs mois, dans un milieu bien aéré. Souvent aussi, on le plonge dans de l'eau bouillante, contenue dans de grandes chaudières en cuivre, pendant environ trois quarts d'heure ;

le liège se gonfle de près d'un tiers. Les planches, une fois sorties du bain, sont aplaties, les pores se resserrent, et elles sont finalement mises à sécher. L'opération en question est appelée bouillage. On procède ensuite au raclage (qui peut d'ailleurs être pratiqué avant le bouillage) à Taide d'une plane ou doloire^ à la main, ou bien à la machine.

Les machines dont on fait généralement usage sont celles de M. Decosters à Paris ou de M. Tousseau de PhilippeviUe. Les premières opèrent au moyen de bobines en fer garnies de petits peignes en lames d'acier à dents carrées et courtes ; les secondes se composent essentiellement d'un arbre cylindrique vertical, armé de six lames d'acier disposées en hélice. Une machine nettoie jusqu'à 10 à 12 quintaux par jour ; le prix de revient est de 60 à 75 centimes par quintal. — Le prix du raclage à la main revient, en Algérie, à 1 fr. 50-2 fr. par quintal.

Le raclage superficiel enlève la croûte externe dure et rugueuse. Après ces diverses opérations, le Uège a perdu un tiers environ de son poids primitif. Les planches sont taillées sur les quatre côtés, triées et mises en balles pour être livrées au commerce.

Autrefois on passait souvent au feu les lièges gerçures et présentant des défauts, afin de resserrer les pores et de dissimuler la mauvaise qualité du produit. Cette pratique, qui ne s'appliquait qu'aux lièges grossiers, parait tombée aujourd'hui en désuétude.

Produits accessoires du chêne-liège : Le tannin et le dois. L'écorce vive de cet arbre est très riche en tannin, elle en contient plus que dans le cas des chênes pédoncule et rouvre, le rapport entre la teneur de tannin des écorces du chêne-liège et celle de ces essences serait 1 ,62 : 1 ; des analyses ont donné jusqu'à 19 0/0 de tannin; malheureusement cette écorce, qui tanne rapidement, communique au cuir une couleur rougeâtre désagréable. Onn'exploite l'écorce pour son tanninque sur les vieux arbres dont on ne saurait retirer un liège de bonne qualité. On a trop intérêt, dans une exploitation bien conduite, à ménager l'écorce, mère du liège, pour qu'on songe à la livrer à l'industrie pour le tannage. Malheureusement on n'a pas toujours procédé aussi sagement, et une exploitation imprévoyante a trop souvent fait dépouiller complètement de

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