INSUFFISANCE DE LA PRODUCTION DU BOIS D^OEUVRE
de la valeur en argent a crû, cela tient seulement à Taugmentation du prix du bois. Cet excédent a été, en 1898, de 1.500.000 mètres cubes, soit 2 millions de mètres cubes en grume.
Une cause de destruction des bois de ce pays est la fabrication de la pâte à papier. On peut utiliser les jeunes bois pour cette fabrication, ce qui incite les exploitants à les abattre, alors qu'autrefois, lorequ'il fallait seulement satisfaire à la demande des bois de charpente, on se contentait d'abattre les arbres âgés ayant atteint toute leurs dimensions.
Tandis que l'exportation de pâte à papier était en 1875, de 8.500 tonnes, valant 944.000 francs, elle a monté en 1898, à 315.000 tonnes, valant 24 millions et représentant 1.400.000 mètres cubes de bois en grume. Cette énorme production explique la destruction des forêts.
b) L'Autriche-Hongrie. — Excédent des exportations en 1898 : 198 millions de francs, soit 6.800.000 mètres cubes de grume.
L'augmentation de l'exportation a crû très vite depuis 1888, soit 77 p. 100. Ce fait tient à l'augmentation croissante de la demande des pays importateurs, l'Allemagne notamment.
On peut prévoir qu'étant donnés Taccroissement de la population et celui de l'industrie, dans ce pays, ce chiffre d'augmentation ne se maintiendra pas, c'est pourquoi il ne faut pas compter indéfiniment sur les bois de l'Autriche.
c) La Suéde. — Ce pays possède de belles et importantes forêts, soit 18.200.000 hectares représentant 40 p. 100 de la surface du territoire.
L'excédent d'exportation a été en 1898, de 6.400.000 mètres cubes, équivalant à 9 millions de mètres cubes en grume et valant 198 millions de francs.
C'est une belle réserve forestière, mais le chiffre d'exportation ne parait pas devoir s'accroître si l'on s'en tient au revenu régulier de ces forêts ; la population, dont la densité augmente, a besoin dune grande quantité de bois pour le chauffage que nécessite la rigueur du climat et pour l'industrie qui se développe de plus en plus.
L'industrie très prospère de la pâte de bois produisait en 1888, 30.000 tonnes pour l'exportation, et 181.000 tonnes
valant 21 millions et demi de francs, en 1898. La fabrication de 1898 a exigé 1 million de mètres cubes.
(l) La Finlande. — C'est un pays couvert d*iraporlantes et belles forêts, elles s'étendent sur 22 millions et demi dliectares, soit les six dixièmes du territoire qui n'a que 2 millions et demi d'habitants.
Les exportations ont été en 1898, de 3.300.000 mètres cubes équivalant à 89 millions de francs.
L'exportation de la pâte de bois s'est élevée en 1898, à 42.200 tonnes, elle n'était que de 3.600 tonnes en 1877.Malgré cette richesse forestière, la Finlande n'est pas la réserve de bois qu'elle pourrait être, cela tient à l'énorme consommation que font de ce produit les habitants pour leur propre usage. On remarque que par le fait de l'exploitation, la proportion en gros bois diminue déjà.
e) La Russie. — Ce pays, à l'exclusion de la Finlande, possède beaucoup de forêts, eu égard surtout à la faible densité de la population. La surface des forêts est à celle du territoire, dans la proportion de 32 p. 100. Cette proportion est de ÎO p. 100 pour la Suède et de 60 p. 100 pour la Finlande.
L'excédent d'exportation des bois d'œuvre a été, en 1897, de plus de 130 millions.
M. Mélard insiste sur ce fait qu'il ne faut pas trop compter pour l'avenir sur le bois de ce pays. En effet, le peuple russe est certainement appelé à un immense avenir et ses besoins en bois d'œuvre s'accroîtront avec sa population. Pendant 20 ou 30 années encore, cependant, au fur et à mesure que s'amélioreront les voies de communication, le chiflFre d'exportation s'accroitra, mais pour baisser sans doute bientôt après.
Ce pays a, d'ailleurs, tout intérêt à conserver avec soin ses forêts, qui seules coupent une plaine immense s'étendant de l'Océan Glacial à la n^er Noire.
/) Les Etats-Unis. — Le taux de boisement est seulement de 25 p. 100, il répond à 200 millions d'hectares de forêts. On peut prévoir le moment où la population, encore peu dense, aura besoin de tout le bois produit par les Etats, pour son usage propre.
L'excédent d'exportation pour 1898 a été d'environ 100 millions de francs, mais cetle production correspond à une destruction imprévoyante des forêts.
INSUFFISANCE DE LA PRODUCTION DU BOIS D'oEUVRE 1089
g) Le Canada. — Ce pays représente une magnifique richesse forestière. Il possède, en effet, 320 raillions d'hectares de forêts, soit 37 p. 100 de sa surface totale ; la population y est seulement de 5 millions d'habitants.
Mais il faut compter que les forêts les plus septentrionales sont beaucoup moins belles que celles qu'on a exploitées tout d'abord en remontant le Saint-Laurent.
L'excédent d'exportation pour 1898 a atteint une valeur de 127 millions de francs.
Ce pays a exporté, en outre, pour 6.276.000 francs de pâte de bois, en 1898, contre 415.000 francs seulement en 1890.
Le Canada contribue à alimenter l'Angleterre, les Etats- Unis, l'Europe continentale, l'Amérique du Sud; sa clientèle s'étend d'année en année à l'Extrême-Orient, l'Australie et les lies du Pacifique.
Malheureusement l'exploitation y est généralement imprévoyante ; les incendies causent de grands dégâts, et l'on a dA, de plus, défricher bien des régions pour l'établissement des centres de population.
969. Pays en deliors de FEiirope. L'Asie. — En Asie, la Chine, qui s'ouvre à nos industries et où l'on construit des chemins de fer, a une production de bois tout à fait insuffifisantc.
L'Afrique.— L'Egypte a importé, en 1897, pour 12.800.600 francs de bois d'oeuvre. L'Afrique australe (Cap, Transvaal, Orange, etc.), où l'industrie est active (mines, etc.) et où la population augmente sans cesse, importe des bois de Suède.
Amérique du Sud. — La République Argentine, pays d'avenir, a importé pour 26.500.000 francs de bois d'œuvre et en a exporté seulement pour 500.000 francs.
Australie. — C'est un pays très peu boisé (4 p. 100) qui importe annuellement pour 20 millions de francs de bois d'œuvrc, et ce chiflfre s'accroîtra avec le développement de la population et de l'industrie. L'Australie détruit cependant ses forêts.
9&8. Oonelaslons. — « En résumé, dit M. Mélard, plus de la moitié de la population de TEurope a un déficit dans sa production.
1090 CHAPITRE XI. — LA phodijction du bois dans le monde
Ailleurs les excédents sont menacés : en Norvège, par Tépuisement des forêts ; en Autriche-IIongrîe, en Russie, aux Etats-Unis, par Faccroissement des besoins intérieurs dus à l'augmentation de la population et au développement industriel.
Il ne reste donc que trois réserves forestières d'un certain avenir : la Suède, la Finlande et le Canada.
C'est absolument insuffisant en présence des demandes toujours plus grandes des vieux Etats de l'Europe ou des jeunes nations des régions australes. On marche vers la disette.
La hausse des produits forestiers, à laquelle il faut s'attendre pour les belles marchandises, ne fera que précipiter l'échéance fatale.
La production ligneuse, dans laquelle le temps intervient comme facteur principal, est, en effet, soumise à des règles économiques très différentes de celles qui régissent la production industrielle ou agricole.
En thèse générale, toute augmentation des prix payés par le consommateur a pour résultat de surexciter la production.
Quand il s'agit de produits ligneux, toute majoration des prix incite les propriétaires imprévoyants à réaliser les capitaux forestiers accumulés par les générations précédentes ; d'où il résulte qu'à toute augmentation de la demande correspond une destruction et, par conséquent, une diminution de la production.
La situation présente est donc pleine de périls et il est urgent d'en saisir l'opinion publique.
Il faudrait que, partout où il en est temps encore, on arrêtât les destructions inconsidérées des forêts, soit par des mesures législatives strictement appliquées, soit en faisant comprendre aux propriétaires que leur intérêt bien entendu consiste à n'exploiter que la production de leurs forêts et à en respecter le capital.
Il faudrait écarter définitivement ce préjugé encore trop répandu que mettre un pays neuf en valeur consistée détruire ses forêts.
La production des bois d'œuvre devrait être le but de toutes les opérations do culture et d'aménagement. Jadis on prétendait que cette production était interdite aux simples particuliers à cause du faible taux auquel fonctionnent les
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capitaux engagés dans les futaies ; mais aujourd'hui que rintérêt des valeurs de tout repos ne dépasse plus 3 0/0, et descendra peut-être encore, il semble qu'un particulier puisse avoir profit à élever sur les taillis des réserves qui assurent à son épargne un intérêt au moins égal, ou à produire dans les sapinières des bois de sciage qui lui donnent 2 à 3 p. 100 du capital engagé, abstraction faite de l'augmentation, cependant bien certaine, du prix du bois.
L'augmentation de la valeur du bois d'oeuvre conduira sans doute aussi à en éviter le gaspillage, à être plus soigneux dans la manière de diriger le débit, à n'utiliser comme bois de feu que ce qui est absolument impropre aux usages industriels.
Il faudrait aussi que la production forestière ne fût pas accablée d'impôts. Il y a en France des forêts dont l'impôt direct est égal à 20 ou 25 p. 100 du produit brut, et cependant, malgré cette large participation aux dépenses publiques, ces propriétés ne sont Tobjet d'aucune surveillance de la part de l'autorité, et leurs possesseurs sont obligés d'y entretenir et de payer des gardes particuliers.
Enfin, il n'est pas dans l'Europe occidentale ou méridionale de pays où l'on ne trouve des milliers et même des millions d'hectares de terres incultes ou dont l'utilisation agricole a cessé d'être rémunératrice. Tous ces terrains devraient être boisés. Les Etats devraient prodiguer des encouragements, non seulement par des exemptions d'impôts, mais encore par des délivrances gratuites de graines et de plants, et mettre à la disposition des propriétaires, pour les guider, leur personnel forestier expérimenté. Ils ne devraient pas hésiter à acquérir une partie de ces surfaces. Les achats de terrains situés en montagne, sur le bord des torrents, sont certainement très utiles et il n'y a pas lieu de les ralentir, puisqu'ils répondent à un grand intérêt général ». Le rôle de ces forêts en bordure des torrents est plutôt un rôle de protection contre l'envahissement des eaux, qu'un rôle de production de la substance ligneuse. Les achats en question doivent être faits en outre « dans les plaines, sur les plateaux bas ou les plateaux de moyenne élévation. C'est )à qu'il importe d'installer soit des forêts de chênes, soit des sapinières. On disait autrefois : « Il faut défricher les plaines et reboiser les monla-
gnes ». C'était une profonde erreur. Les forêts sont aussi nécessaires en plaine qu'en montagne ; la plaine produit du bois que ne donne pas la montagne, et toutes les plaines ne se prêtent pas à la culture agricole.
Pour prendre toutes ces mesures, il n'y a pas un instant à perdre. La production forestière ne s'improvise pas ; il faut un siècle et demi pour obtenir des bois de sciage, et la disette des bois d'oeuvre se fera peut-être sentir avant cinquante ans ».
Ilh PARTIE. - BOIS D'EUROPE
t6â. IVorrèsc — La Norvège exporte ses bois dans le monde entier. Us sont connus pour leur qualité et leur bon marché. Malheureusement ce pays, qui était jadis à demi couvert de forêts, se déboise de plus en plus et le taux actuel de boisement n'est plus que de 21 p. 100 (voir page 1086).
Les causes de déboisement sont surtout : le besoin de conquérir sur la forêt des terres pour l'exploitation agricole et les pâturages, la consommation locale qui s'accroît avec la population, les besoins de plus en plus grands de Texportation ; notons surtout les exigences considérables en arbres, déjà âgés, de la fabrication de la pâte de bois (voir page 1087). De grands incendies ont, en outre, dévasté plusieurs fois ces forêts. Les contrées les plus boisées sont : les préfectures de Jarlsberg, d'Akershus, de Smaalenene ; celles qui le sont le moins sont les préfectures de Finmarken, de Tromsœ et de Stavanger.
La majeure partie des forêts appartient à des particuliers.
Les essences les plus répandues sont le pin sylvestre et le sapin élevé {Abies excelsa)^ soit à Tétat pur, soit à l'état de mélange.
On se sert dans le pays du pin et du sapin comme bois de construction et on exporte aussi une quantité considérable de ces bois renommés pour leur qualité supérieure. Avec les racines du pin on fait, dans certaines localités, du goudron qui est consommé sur place. On utilise Técorce du pin pour le tannage. Le pin existe un pou partout. Il atteint l'altitude de 1.000 mètres, vers le 60° degré de latitude nord, à 61* il
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De dépasse pas 950 mètres ; au centre de la Norvège ou le trouve à 900 mètres. A mesure qu'on s'avance au nord, Tallilude limite s'abaisse ; elle n'est plus que de 200 mètres environ vers 70 degrés.
Le sapin, qui n'est peut-être pas spontané, mais introduit, pousse surtout à Test où il constitue, le long des cours d'eau, de vastes forêts, soit seul, soit mélangé au pin. Plus on s'avance au nord, plus il devient rare et il finit par ne plus constituer de forêts ; il y existe seulement à l'état isolé ; c'est ainsi qu*on le rencontre vers 69 degrés, dans l'est du Finmark. D'une façon générale son altitude limite est de 80 à tOO mètres au-dessous de celle du pin.
Le bois de ces conifères, qui ont crû très lentement, est de très bonne qualité. Toutefois il ne faut pas oublier que la lenteur de celte production du bois deviendra bientôt la cause de sa rareté, si Ton ne réglemente pas avec une grande prudence l'exploitation et si l'on ne procède pas avec prévoyance, et sans tarder, au reboisement. Au sud du pays, le sapin est bon pour la coupe dès 70 à 80 ans, mais il faut attendre 150 ans environ pour le pin. Dans les régions septentrionales, le sapin, pas plus que le pin, ne peut être exploité avant Tàge de 200 ans. On trouve encore, en fait de résineux : Tif et le genévrier (Junipents commtmis)^ mais ces arbres ont fort peu d'importance au point de vue de l'exploitation.
Les feuillus sont rares, on trouve les essences des régions froides, celles qui croissent encore chez nous aux altitudes limites de la végétation arborescente, tels que les bouleaux. Le bouleau des montagnes entre pour les 90/100 de la surface totale des forêts du Finmark. Cet arbre peut atteindre 20 à 25 mètres de hauteur sur 1 m. 50 de diamètre. On utilise son bois pour le chauifage principalement, ainsi que pour la fabrication d'ustensiles de ménage et des douves. On recouvre les maisons de campagne avec la première écorce blanche, que l'on emploie d ailleurs pour de nombreux usages.
Il existe> aussi des trembles dont le bois sert à fabriquer des allumettes, des saules et osiers, des aulnes, l'orme et le noisetier. Plus rares encore sont : le frêne, le platane et le tilleul.
Si l'on descend tout-à-fait au sud, on rencontre sur la côte et en remontant un peu le long de celle ci vers l'ouest : le
chêne pédoncule et quelquefois le rouvre. On les exploite en faillis pour la production du tan qui donne lieu à une exportation de quelque importance.
Les bois, coupés en hiver, sont transportés vers les rivières flottables, après avoir été achetés. A la fonte des neiges, c'est-à-dire au printemps, ils sont mis à flotter après avoir été estampillés à la marque du propriétaire ; c'est ainsi qu'ils arrivent à la côte, vers les ports d'embarquement.
Il y a fort longtemps que ce pays exporte une partie de ses bois; sa marine marchande fut d*abord insuffisante pour en assurer le transport qu'effectuaient des navires hollandais : ceux-ci amenaient ces bois^ principalement à l'état de poutres, en Hollande.
Les bois de Norvège sont actuellement exportés (par ordre de valeurs décroissantes) à l'état de : bois rabotés, bois sciés, bois de mines, bois équarris, douves et caisses, bois à brûler.
Les exportations se font surtout en Angleterre, puis en France, en Allemagne et en Belgique et dans un grand nombre d'autres pays, mais à un moindre degré.
L'industrie de la pâte de bois a pris un énorme développement en Norvège. En 1875, la production de pâte de bois était de 8 millions 1/2 de kilogrammes, valant 683.000 couronnes ; en 1898 la production s'est élevée à 315 millions de kilogrammes valant 17.300.000 couronnes.
Ce pays a exporté, en 1899, pour :