‹ Les bois industrielsChapitre 66 sur 136 · BOIS D^ASIE · texte numérisé non relu

BOIS D^ASIE

t9A. Grèce. — Les forêts couvrent 819.680 hectares, soit un taux de boisement de 13 p. 100.

L'excédent des importations de bois (près de 8 millions en 1900) sur les exportations s'élève annuellement à près de 3 millions.

Ii95. Autres pays. — Pour les autres pays, les chiffres les plus récents connus sont consignés dans le tableau précédent.

IVe PARTIE. - BOIS D'ASIE

Ii96. Canease. — Le Caucase, qui est sous la domination des Russes, est couvert, au niveau de sa région montagneuse, par des forêts où Ton trouve des bouleaux jusqu'à une altitude de 2.501 mètres, le pin sylvestre jusqu'à 1.900 mètres et quelquefois le hêtre, le /elkowa à feuilles crénelées, très voisin des ormes, avec un bois ressemblant à celui de cette essence, mais supérieur à lui, dit-on (v. p. 211). Dans la région littorale deTAclibasie, depuis le bord de la mer Noire jusqu'à la crête de la montagne, la végétation est luxuriante et les forêts de haute futaie dominent. On y trouve, au fur et à mesure qu'on s'élève en altitude, des chênes, des ormes, le buis et le noyer, puis des hêtres et enfin des conifères, notamment XePiniis orientalis et YAbies Nordmanniana (voir page 210). L'abondance des conifères devient moindre dans la direction de la mer Caspienne; ils ne sont plus représentés à Test que par le Pinus sylveslris. Les forêts du Caucase sont activement exploitées dans plusieurs régions (voir Russie, p. 1102).

C'est la région forestière située au bord de la mer Noire qui offre les meilleures conditions pour une exploitation sérieuse à cause du prix peu élevé des transports.

9*9*9. AAle-Mlucare. — iSyrIe. — Palestine. — Région de l'Bnpbraie et du Tigre. — Toute cette région constitue TAsie turque, elle appartient à la zone de la flore méditerranéenne. Dans TAsie-Mineure le climat méditerranéen se borne à la région cAtière ; l'intérieur est occupé par un plateau qui revêt l'aspect et le caractère d'un désert dans sa plus

grande étendue. Sur la côte se trouve une belle végétation arborescente où dominent le palmier-datte, l'olivier et les arbres fruitiers. La Cilicie, la région d'Alep, le Liban etTAnti- Liban, Tile de Chypre, possèdent des forêts de conifères.

Parmi les conifères de ces pays, il faut citer: le pin pignon; le pin d'Alep ou P. de Jérusalem. Cette dernière espèce, qui croit aussi en France (Provence), en Algérie, et dans la région méditerranéenne en général, n'a le plus souvent que 10 12 mètres de hauteur sur 1 mètre de tour (voir page 895) ; le cèdre a rendu célèbre les montagnes du Liban, qu'il couvrait autrefois d'épaisses forêts, mais ces arbres y ont aujourd'hui presque complètement disparu sauf en quelques points; les plus belles forêts de cèdre sont encore dans le ïaurus ; le Pinus laricio (voir page 893) qui s*élève sur les l montagnes jusqu'à 1.620 mètres tandis que le cèdre atteint

, l'altitude de 1.950 mètres; l'Epicéa d'Orient [Picea orienta-

; /w), arbre qui peut atteindre une trentaine de mètres; le sapin

de Nordmann (Abies Nordmannianà)^ qui peuple de vastes forêts en Asie-Mineure et atteint 30 mètres de hauteur; le ; sapin de Cilicie {Abies cilicica)y qui croit dans les montagnes

[ du Taurus, à une altitude de plus de 2,000 mètres (v. p. 213);

des genévriers qui atteignent une taille de 8 à 10 mètres, • comme le Jiinipcrus fetidissima ou excelsa qui s'élève à des

^ altitudes considérables; des cyprès, etc.

; ' Parmi les bois feuillus, il faut citer, outre l'olivier : des chênes

I de plusieurs espèces, tels que Quercus Aegilopsy Q. Velani, etc. ,

le beau platane d'Orient, le caroubier, le pistachier, Pistacia terebinthnsy donnant la térébenthine ou mastic de Chio, qui s'écoule par des incisions faites aux tiges ; des frênes de petite taille {Fraxinus Omiis), le grenadier, le mûrier, le figuier sycomore, etc., et beaucoup d'arbustes qui constituent le maquis. I Le déboisement par la main de Thomme sévit dans toutes

ces régions, plus qu'en aucune autre contrée.

•18. Periie. — Les montagnes de la Perse présentent sur le versant de la mer Caspienne des régions touffues d'arbres à feuillage; les essences résineuses y font défaut si l'on ne tient pas compte de quelques ifs isolés. Les chênes, comme le chêne à feuilles de châtaignier par exemple, et les juglandées

BOIS d'asie 1121

dominent; on trouve aussi le charme oriental {Carpinus orientalis), qui s'élève à 2.490 mètres d'altitude ; il faut signaler encore le parrotia de Perse [Pairotia persica C. \. Meyer, Saxifragacées), arbre de taille assez faible dont le port et le feuillage rappellent le hêtre. Le bois se rapproche de celui du charme, mais il lui est supérieur, notamment en dureté Tvoir p. 211).

Sur le flanc méridional del'Elbourz, on ne trouve plus que la flore des steppes qui est celle qui caractérise la plus grande partie de la Perse. Au bord des rivières, dans le Khorasan, on rencontre des peupliers, saules et platanes. Sur le Zagros, massif montagneux de Touest, existent des forêts de chênes.

li9S. Sibérie. — Certaines régions de la Sibérie sont couvertes d'immenses forêts. Dans la région méridionale, sur les pentes de TAltaï, se trouve une végétation forestière des plus compactes qui a reçu le nom de « tcherny » (noir), à cause de la couleur sombre du feuillage des conifères qui la constituent.

Les monts Salansk, qui lui font suite, possèdent des forêts analogues; on trouve de plus sur le versant nord, qui se présente avec Taspect de collines plates, les « targhi » ou forêts marécageuses. La végétation forestière se continue sur les monts Daoursk ; et enfin, les monts lablonovi, n Monts des pommiers », au nord-est sont couverts de pommiers sauvages et de forêts de pins.

En sortant de la région montagneuse, on trouve:

1<* La zo7ie du stid. Elle s'étend jusque vers eO** de latitude nord (latitude de Saint-Pétersbourg). Les étés y sont très chauds et les hivers rigoureux. Les arbres atteignent une belle taille et une grande épaisseur, mais leur bois manque, en général, de solidité.

2° La zone moyenne qui va jusqu'au cercle polaire. C'est la région des forêts par excellence. La température y est très basse en hiver, soit en moyenne — 22 à — 34<^, mais les étés restent très chauds, et la température se maintient à 20** environ et s'élève parfois jusqu'à 30*^ à l'ombre. Les forêts s'y déploient de l'est à Touest, à travers toute la Sibérie, sur une longueur moyenne de 1.000 kilomètres donnant au pays un aspect monotone. Les essences y sont peu variées, comme cela se produit dans les forêts des hautes latitudes: on y trouve soit

des pins et des sapins mélangés, soit des mélèzes et des cèdres. Ces forêts sont bien plus utilisées pour la chasse que pour l'exploitation du bois;

«S** La zone du nord. Elle est extrêmement froide et l'on n'y trouve plus que de rares broussailles et des arbustes rabougris.

Les bois arrivent au premier rang des produits d'exportation de la Sibérie. Cette exportation n'est cependant pas ce qu'elle pourrait être, par suite de la direction des cours d'eau qui remontent vers l'Océan glacial, lequel n'est ouvert à la navigation qu'une partie de Tannce.

Le chemin de fer transsibérien modifiera quelque peu cet état de choses; cependant, étant données les distances énormes à parcourir^ il se trouvera dans l'impossibilité de porter au loin les bois résineux d'une valeur marchande ordinaire qui dominent dans cette région, et les pays de l'Europe occidentale ne pourront que faiblement compter sur ces produits.

tSII. Cblne. — La partie septentrionale de la Chine ne possède que de très rares forêts parce que le lôssqui recouvre le sol se prête mal à leur croissance ou parce que les habitants les ont coupées. Dans la Chine méridionale le lôss fait presque entièrement défaut, et les pentes des montagnes sont couvertes d'une abondante végétation, notamment dans la région côtière de l'ouest où le climat est chaud et humide. A l'est les forêts se trouvent refoulées par la culture ou par la consommation du bois. La flore y rappelle celle de la région méditerranéenne.

La Chine, qui s'ouvre au commerce de TOccident et qui construit des voies ferrées, tend à devenir un très important client pour les bois. Elle en reçoit déjà de Bornéo, du Japon, des Etats-Unis, du Canada.

Citons quelques essences de ce vaste empire :

Comme au Japon, on trouve dans la Chine méridionale beaucoup de végétaux appartenant à la flore méditerranéenne (voir p. 1078); plus au nord (Yunnan, Setchouen, Mandchourie, etc.) sur les montagnes élevées, on rencontre la plupart des arbres qui caractérisent notre zone forestière : hêtre de Siebold, érables, frênes, chênes, tilleuls, ailante, puis des Légumineuses ctdesHosacées arborescentes. Les bambous et

Ëois D^sie 1123

les palmiers, au sud de la zone, rappellent la flore tropicale.

Il faut citer encore le cedrela de la Chine {Cedrela Sinensis, de Jussieu). C'est un grand arbre qui ressemble à Tailante. Son bois présente un aubier blanchâtre et un cœur rosé ; il est dense, dur et élastique et d'une résistance considérable. C'est un bois de premier ordre se rapprochant de l'acajou, qui appartient d'ailleurs à un arbre de la même famille. Il peut servir à la menuiserie et à Tébénisterie. On tente d'en introduire la culture en Europe (v. p. 210).

Le kœlreuteria paniculé du nord de la Chine a un bois qui ressemble à celui du frêne.

VElœococca (Euphorbiacées) donne, dans les provinces méridionales de la Chine, de V huile de bois (1).

L'huile de bois (huile d'Elœococca) est employée par les Chinois pour la peinture et le vernissage des bateaux et de leurs accessoires, des bojseries, l'imperméabilisation des étoffes, la fabrication de qiastics et de caoutchouc factice. L'importation de cette substance, en Allemagne, en Angleterre et aux Etats-Unis, est de 660.000 kilos, elle est nulle en France par suite des droits élevés qui frappent ce produit. Il n'est pas douteux que, s'ils venaient à baisser, les industries de la peinture, des vernis et du caoutchouc factice, y attacheraient rintérêt qu'il comporte.

On trouve, depuis la Cochinchine jusqu'à Shanghaï, et dans les lies, depuis Haïnan jusqu'au sud du Japon, entre 10*^ et 34® de latitude nord, le Cinnumomum camphora ou camphrier, dont le bois, divisé en morceaux et distillé dans un alambic plus ou moins primitif fait avec des tubes de bambou et un condensateur en bois, donne le camphre. Ce produit est exporté en quantité considérable. D'autres végétaux, comme le Blumea balsamifera (Composées) du sud-est de la Chine, donnent aussi un camphre, mais plus grossier et utilisé sur place.

Les arbres conifères sont très répandus, on peut citer ; le Sciadopytis verlicillata, le cyprès funèbre, le podocarpe de Chine et le Gingko biloba, ces deux dernières espèces ont des

(\) L'huile de bancoulier du Tonkin(i4/eMri7e« corrfa^a), Euphorbiacées, présente une grande analogie avec celle « huile de bois », mais elle possè'de un pouvoir siccalif plus prononcé encore ; son emploi dans la fabricalion des vernis gras est tout indiqué.

feuilles larges et non en aiguilles ; le faux«mélèze de Kaemp-* fer, au nord-est ; Tépicéa de Menziès.

Au sud de la Chine se trouve la Corée dont le 1/3 du sol est couvert de forêts, malheureusement pillées pour le chauffage des habitants. Cette région appartient à la zone de la flore tropicale.

tSl. Inde» an^laliies et Cejlmn. — L'Inde ne suffit pas à sa propre consommation en bois. Les statistiques (1895-96) évaluent à 76.500 milles carrés la surface des forêts de ce vasle pays dont la superficie totale est de 5.147.340 km*. Ces forêts cadastrées sont réservées par l'Etat. Elles se décomposent ainsi :

Provinces centrales 19.258 milles'

Bombay 12.986 —

Birmanie 14.068 —

Bengale 5.876 —

Madras 13.130 —

Provinces du nord-ouest . . . 3.822 —

Assam 3.681 —

Pendjab 1.681 —

Berar 4.179 —

Le long de THimalaya se déploient de magnifiques forêts qui ne couvrent cependant que 1/20 de la surface du sol; elles ont été longtemps exploitées sans mesure, ce qui a eu des conséquences déplorables. Le gouvernement anglais se préoccupe de mettre un terme au pillag(^, et une administration forestière, dont les fonctionnaires se formaient, au début, à notre école de Nancy, a pris sous sa protection la restauration des forêts.

On remarque particulièrement, sur les flancs de FHimalaya, des chênes tels que : Qnercus dilatata Lindley et Quercus incana Roxburgh ; des pins comme le pin élevé {Pinus ^arce/^a Wallich) qui peuple de vastes étendues sur le versant sud-ouest, à une altitude moyenne de 2.000 à 2.500 mètres, il peut atteindre 50 mètres de hauteur; des sapins, comme VAbies Webbiana Lindl. ; des mélèzes, comme le mélèze de Griffith (Larix GrifpthnWookev)^ etc.

La flore des régions plus méridionales se rapporte à celle de la région dite méditerranéenne (voir p. 1078).

BOIS d'asie 1123

Sur la c6tc ouest, et jusqu'à la chaiue de montagnes qui sépare la région humide de la péninsule du reste du continent région soumise d'ailleurs à l'influence des moussons du sud-ouest, on trouve de nombreuses espèces d'arbres à feuilles persistantes.

Ils appartiennent surtout aux familles suivantes : les Guttifères, les Diptérocarpées, les Méliacées, les Anonacées, les Burseracées, les Sapotacées, les Euphorbiacées, les Urticacées et les Palmiers. Beaucoup de ces essences donnent des bois particulièrement durs et de grande valeur; ce sont surtout les Diptérocarpées, les Calophylles, les Cédrélacées, les Isonandra (gutta-percha) et les Artocarpées (arbre à pain).

Le long de la côte de Coromandel (province de Karnatic), soumise aux moussons d'hiver ou du nord-est, le climat est plus sec, et les forêts d'arbres à feuilles persistantes sont constituées d'individus à taille plus restreinte et à bois dur appartenant surtout aux familles des Ebénacées, Sapotacées, Myrtacées, Capparidacées. Il faut citer, parmi les bois produits, ceux de l'ébène {Diospyros ehenum)^ des Mimtisops, du Tamarin j du Neem et du Jaman.

Les forêts d'arbres à feuilles caduques occupent la plus grande partie de la péninsule; on y trouve le Teck, le sdl {Shorea robusia), le Santal rouge (Pterocarpus santalinus) qui est un bois de teinture, le santal proprement dit [Santa' lum album), bois odorant des régions du Mysore, de Coimbelour et pays voisins; VAnjan {Hardioickia binata), le bois le plus lourd des Indes; les Terminalia qui produisent les myrobolans ; le bois de Satin ; les plaqueminiers(Z)/o5/;yro^ acacia alhizzia)^ etc.

Il faut signaler encore l'arbre appelé padouk (Pterocarpus dalbergioides), qui est, après le teck, un des bois les plus remarquables des Indes. Il abonde dans les lies Andaman et on fonde sur lui les plus grandes espérances. Celles-ci sont justifiées car ce bois a fait ses preuves pour l'artillerie, la carrosserie ; il pourra rivaliser avec l'acajou pour l'ébémsteric. Il est plus durable et plus beau que le teck, il ne se gondole pas; son poids est un peu plus élevé, soit 15 ou 20 livres de plus par pied cube (1).

(1) Pour avoir une connaissance plus étendue de ce sujet il faudrait consulter Touvrage d'un ancien inspecteur général des forêts de l'Inde, M. Rib-

1126 CHAPITRE Xf. — LA PRODUCTION DU BOIS DANS LE MONDE

Birmanie, — Les forêts de teck de la Birmanie méritent une mention spéciale. Nous nous étendons d'ailleurs longuement sur cette essence et le bois qu'elle produit (l).

L'amirauté anglaise, qui emploie ce bois surtout pour ses bateaux, refuse le teck du Siam, celui de Birmanie étant considéré comme de meilleure qualité. Il n'en est pas moins vrai que le teck du Siam est utilisable dans la plupart des cas.

Le teck croit naturellement, et dans de bonnes conditions, entre 25® et 15<> de lat. N., dans toutes les parties de la Birmanie, y compris les Etats Shans et abstraction faite des territoires à Touest de l'Irraouaddy, des terrains alluvionnaires des deltas et de quelques districts au S.-O. de Mandalay. Les arbres poussent parfaitement dans les différentes forêts du pays, dont ils ne constituent d'ailleurs pas l'essence unique, ni même dominante ; ils y atteignent parfois, dans les terrains à base granitique, plus de 17 pieds de circonférence. Si quelques-unes des forêts birmanes sont presque épuisées aujourd'hui (celles de TAtaran, au S.-E. de Moulmein, par exemple), d'autres conservent encore une très grande valeur et sont renommées pour leur richesse, celles de Pyimnana surtout qui se placent au premier rang par l'abondance et la qualité de leurs produits, ayant fourni, en 10 ans, plus de 300.000 pièces de bois de teck à la consommation industrielle (2).

Les ressources forestières de la Birmanie furent d'abord gaspillées par l'administration birmane ; le premier acte de l'administration anglaise fut, dès 1826, de déclarer les forêts propriétés domaniales. Puis, en 1857, on installa des pépinières de tecks sur l'Irraouaddy, un peu au-dessous de Prome, sur 60 hectares. Les résultats furent favorables, aussi ces nourriceries ont-elles été multipliées depuis. La conservation des forêts de teck coûte très cher au gouvernement qui doit entretenir de nombreux agents ; néanmoins, elles produisent un revenu considérable.

bentrop, intitulé : Forestry in British India. In-8®, 245 pages avec cartes coloriées. Imprimerie officielle. Calcutta, 1900.

(I) Chap. iX. Etude spéciale des bois utiles et des essences qui les produisent, n* partie, bois exotiques, art :210. p. 987.

\i) La végéiaiiony l'exploitation tt la culture des tecks en Birmanie (R. Colon., 29 juillet 4897, pp. 423-124).

Page 1