‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 16 sur 114 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

la montagne, agréable aux voyageurs à cause de ses sites et de ses admirables ruines, abandonnée l'hiver à cause de ses frimas. Mais son université lui prête une vie particulière. Cette université est une des plus anciennes et des meilleures de l'Allemagne; elle remonte au xiv e siècle : le nombre de ses élèves varie de sept à neuf cents. Sa bibliothèque, pillée pendant la guerre de Trente ans par les Bavarois , transportée à Rome, puis rendue au Palatinat, contient encore cent cinquante mille volumes, sans compter de précieux manuscrits, au nombre de deux mille. L'enseignement des sciences naturelles et celui du droit y sont particulièrement estimés. Trois de ses professeurs jouissent d'une réputation européenne : ce sont MM. Kirchhof et Bunsen, bien connus pour leurs travaux sur l'analyse chimique du soleil, — et l'illustre Gervinus, le Villemain de l'Allemagne, qui lui doit un beau monument d'histoire littéraire.

Neuf cents étudiants sont assez à l'étroit dans une ville emprisonnée entre le fleuve et la montagne. Heidelberg n'a pu s'étendre que dans le sens de la longueur; mais il l'a fait

d'une façon démesurée. Aussi donne-t-il à celui qui parcourt sa grande rue quelques instants d'illusion. Les maisons ressemblent aux figurants de théâtre. Une ligne de soldats représente une armée. Une rangée de boutiques à droite et à gauche, pendant deux kilomètres, figure toute la ville : percez au travers, vous tombez dans le Neckar ou vous buttez contre le rocher.

Pas de vieux édifices : la guerre les a tous détruits. Un seul logis du xvi e siècle, mais il est charmant. C'est, dans toute la façade, une profusion de volutes et de balcons ciselés, de vitraux encadrés d'arabesques , de cariatides fantasques, de riches ferrures, de médaillons et de bustes qui s'envoient des sourires ou des baisers. Deux inscriptions sont gravées sur cette belle façade : l'une est un hommage à Vénus; l'autre un souvenir de la Bible. Voici la dernière :

SI JEHOVAH NON ^DIFICAT DOMUM , FRUSTRA LABORABUNÏ ^EDIFICANTES EAM.

« Si Jéhovah ne bâtit une demeure, on s'efforcera vainement de la bâtir. »

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