‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 17 sur 114 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Inscriptions et logis sont l'œuvre d'un calviniste et d'un Français. Il s'appelait Charles Beslier, et se réfugia à Heidelberg l'année de la Saint-Barthélémy. Sa pieuse épigramme a protégé la maison contre la ruine, pas assez cependant, puisqu'elle sert maintenant d'auberge, à l'enseigne de chevalier Georges. Une seule rue dans ce style ferait de Heidelberg le joyau des bords du Rhin, la rivale de Nuremberg.

Revenons aux étudiants, qui sont la fortune et la gaieté d' Heidelberg.

L'étudiant, tout frais émoulu du gymnase, n'est pas depuis huit jours à l'université qu'un changement radical s'opère dans toute sa personne. Le vêtement bourgeois lui fait honte. Il abandonne sa défroque, et revêt la joppe grise, à collet vert, ornée de brandebourgs et de boutons ciselés. Il boucle sa ceinture, ébouriffe avec art sa chevelure, jette au feu la coiffure des philistins, et pose sur le sommet de son crâne une toque de couleur, si menue, si légère, si extravagante, qu'il n'est pas étonnant de la voir, pour un rien, voler par-dessus les moulins. Le

bas de sa jambe s'enferme dans des boites hérissées d'éperons; sur sa poitrine, comme le grand cordon d'un ordre, descend un ruban de couleur variée. 11 frise sa moustache, caresse sa barbe, admire sa tenue, et, d'un pas conquérant, se dirige vers la brasserie. Tci l'attend une autre fête.

On a signalé l'arrivée du nouveau venu. « Le renard! le renard! » s'écrie-t-on. Le renard (der Fuchs) est le sobriquet dont on taquine l'étudiant novice. C'est le béjaune du temps de nos pères. Renard et béjaune n'ont rien à se reprocher.

A ce mot, on s'assemble, on se groupe, on reçoit gravement L'étranger ; on l'introduit dans le cercle des buveurs, on lui donne un verre plein, une pipe allumée, et, avant qu'il soit revenu de sa surprise, on chante pour sa réception la fameuse chanson du Renard, spécimen de gaieté burlesque, dont voici, avec quelques adoucissements, la traduction :

« Qui vient là-bas de la montagne?

— C'est un postillon.

— Qu'apporte ce postillon?

— Il apporte un renard.

Page 1