‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 18 sur 114 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

— Votre serviteur, Messieurs; Messieurs, votre serviteur.

— Que fait monsieur votre papa?

— Il lit Cicéron.

— Que fait madame votre maman?

— Elle fait la chasse aux puces.

— Que fait mam'selle votre sœur?

— Elle tricote des bas pour papa.

— Fume-t-il du tabac, le Renard?

— Un peu, mes bons Messieurs.

— Allons, une pipe pour lui.

— Oh! là, là! j'ai mal au cœur.

— Eh bien ! qu'on se soulage.

— Ah ! me voilà remis.

— Voilà comme de renard on devient franc étudiant. »

L'étudiant porte le sobriquet de « renard »

jusqu'à son premier duel. 11 ne fait pas bon le regarder de travers, ni lui marcher sur le pied. Ce jeune renard ne demande que bataille. Il faut qu'aux vacances prochaines il puisse montrer dans la maison paternelle, et surtout aux yeux de certaine belle qui sera sa femme, la brèche faite à son sabre, et l'innocente égratignure dont il a le visage balafré.

Veut-on assister à l'innocente comédie d'un duel entre étudiants? Rien de' plus simple. On

se réunit par groupes au lieu du rendez -vous. Un cercle à la craie est tracé sur le sol, les adversaires y sont placés : malheur à qui des deux le franchira ! Un vieil étudiant barbu , debout sur une chaise, dirige toute l'affaire. Deux seconds s'avancent, coiffés d'une casquette à longue visière rabattue en forme d'abat-jour, une longue rapière à la main. Leur rôle est de détourner les coups dangereux, et de ne laisser passer que les égratignures : heureux quand l'épée des combattants ne vient pas leur chatouiller les oreilles. Quant aux duellistes, leur accoutrement est bizarre. Un épais plastron de cuir leur couvre les flancs ; ils ont des brassards aux bras, le cou et la tête nus. Les gens d'ici ont, paraît-il, la tête plus dure que les côtes. Ils reçoivent deux épées, et, sitôt le signal donné, se mettent à ferrailler. A la première goutte de sang, les médecins s'avancent, les témoins se consultent, et neuf fois sur dix déclarent que l'honneur est satisfait.

On demandera quelles sont les occupations sérieuses de l'étudiant, à moins que le duel ne compte parmi ces dernières. A quoi je réponds qu'il faut distinguer entre la première année et

Page 1