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CHAPITRE I

les suivantes. La première année se passe en festins, en jeux, en réunions de plaisir. L'étudiant nouvellement émancipé use et abuse de sa liberté.

Aimer, boire et chanter, telle est la vie humaine.

Ce vers d'un de nos poètes épicuriens était inscrit sur les murs d'une chambre d'étudiant à Bonn. On dirait qu'il leur sert à tous de devise, et que les trois points qu'il renferme soient trois articles de sagesse auxquels ils conforment leur vie.

Aimer? Laissons en blanc ce chapitre.

Boire? C'est une science dans les universités, une science hérissée de termes et de formules comme celles de Cujas et d'Hippocrate. L'étudiant doit savoir, sans s'y tromper, ce que c'est que boire des évêques ou des docteurs; totalis ou partialis ; floricos ou hausticos; sauf ou bien lauf. Mais le plus souvent il boit par mass (pinte, mesure); d'où ce jeu de mots qu'en Allemagne on boit rnœssig (par pinte, ou modérément). Luther connaissait bien ce faible de ses concitoyens pour la bouteille. « Nous autres Allemands, disait-il, nous sommes de véritables

panses à bière, compagnons joyeux, faisant goguette et ripaille, buvant, buvant toujours. » Et ailleurs : « Chaque pays a son démon : l'Italie a le sien; la France a le sien; l'Allemagne a le sien : c'est la bouteille. Nous boirons, j'en ai peur, jusqu'au jugement dernier. »

Chanter est pour l'Allemand un mode de son existence; pour l'étudiant, à plus forte raison. S'il y a une métempsycose, ces gens-là deviendront cigales, comme les mortels du bon Platon. L'université peut être définie : un lieu où l'on acquiert un peu de science et beaucoup de chansons. N'est-ce pas l'aveu que renferme le couplet suivant ?

(Ju'un tyran me dise : — Verse-moi à boire! — je verserais.

— N'aime plus! — avec douleur je cesserais d'aimer.

— Brise ta lyre! — Non! lui dirais-je résolument.

— Brise ta lyre, ou meurs! — en chantant j'expirerais '.

i Si tyrannus jubeat : — Vinum dato ! — (tarera.

— Non amato ! — œgre non amarem.

— Frange lyram! — pertinax negarem.

— Lyram da, seu morere! — cantans expirarem.

(Couplet de chanson allemande.)

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