S4 LES BORDS DU RHIN
narques de la finance ont eu peine, dit-on, à troquer leur cloaque pour une des plus belles habitations de Francfort, et leur mère a voulu y mourir.
La rue des Juifs est sans contredit le plus curieux, le plus parlant débris de l'ancien Francfort ; mais ce n'est plus qu'un tronçon du Ghetto, de cette cité dolente où, depuis le coucher jusqu'au lever du soleil, une loi cruelle tenait le Juif enfermé sous les verrous des chrétiens. Qu'on se hâte de l'aller voir; car chaque année le marteau des démolisseurs y fait de nouvelles brèches, et de cela comme du reste il n'y aura plus bientôt que le souvenir.
Si l'on va de la rue des Juifs au quai du Mein, on découvre un autre tableau du passé.
Là sont encore debout de vieilles tours féodales aux murs carrés percés de meurtrières, aux flèches en faisceaux qui se découpent nettement sur le ciel. Un pont étroit et montueux joint les deux rives. Ses pierres en diraient long, si elles pouvaient parler; car elles datent de loin, et leur âge se compte par générations.
Sur le bord se presse une flottille de chalands