‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 28 sur 114 · CHAPITRE II S · texte numérisé non relu

CHAPITRE II S

d'entendre l'un et l'autre. » Voilà de bonne sagesse antique.

Dans le voisinage du Kaisersaal se trouve la chambre d'élection (Wahlzimmer). Des sièges rangés autour d'une table en maroquin jaune semblent attendre les électeurs du saint-empire ; leurs armes sculptées au mur marquent leur place. Mais une forte odeur de solitude et de moisissure remplit ce lieu. Le visiteur inattendu fait s'enfuir une légion de rats occupés sans vergogne à ronger les pieds de la table impériale. Un sourd murmure occupe l'oreille. C'est le bruit des vers qui râpent silencieusement le bois vermoulu des lambris et des meubles.

Une troisième salle aux murs épais de deux mètres garde dans son réduit, non pas un trésor, mais une relique, une relique politique, la fameuse Bulle d'or, rédigée par le jurisconsulte italien Barthole, promulguée partie à Francfort au mois de janvier 1356, partie à Metz le jour de Noël de la même année, « par Charles IV, empereur des Romains, toujours auguste, roi de Bohême, assisté de tous les princes électeurs du saint-empire, en présence du révérend père

en Dieu Théodore, évêque d'Albe , cardinal de la sainte Église romaine, et de Charles, fils aîné du roi de France, illustre duc de Normandie, et dauphin de Viennois. »

Cette pièce, dont l'apparition fut de son temps un immense événement, n'est après tout qu'un formulaire réglant, beaucoup moins au point de vue politique qu'au point de vue de l'étiquette et du cérémonial, les rapports réciproques des électeurs et du chef de l'Empire. Elle a suffi pourtant, dans ce siècle d'anarchie, à la gloire de son auteur et aux besoins de l'empire d'Allemagne. C'est en 1805 seulement qu'elle a disparu dans le naufrage de l'Autriche après Austerlitz. L'original se garde à Francfort avec un déploiement de précautions farouches qui fait sourire : qui veut du mal, bon Dieu! à cet innocent parchemin ?

La Bulle d'or est écrite en latin, sur vingt feuillets environ, rattachés par des brins de soie jaune et noire, à l'extrémité desquels pend un sceau ou bulle d'or (de là son nom) un peu plus grande qu'un louis de France. D'un côté, l'empreinte représente l'Empereur sur son trône et ces mots pour légende :

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