‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 32 sur 114 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Bientôt après avaient lieu les fêtes du couronnement. Dans le principe, et d'après les textes de la Bulle d'or, c'est à Aix-la-Chapelle et près du tombeau de Charlemagne qu'on devait couronner l'Empereur. Mais, à partir du xvi e siècle, l'usage prévalut de le faire à Francfort. Ces fêtes étaient l'orgueil et le triomphe de la cité. Toute la chrétienté s'y faisait représenter par des princes et des ambassadeurs, avec assaut de luxe et de magnificence. Ce jour- là, toute la ville offrait un spectacle ; mais l'intérêt était surtout appelé sur le Rœmer et sur la place qui l'entoure. Là mille coutumes de l'âge féodal, scrupuleusement observées, même quand le sens en eut péri, excitaient la curiosité des uns, la cupidité des autres.

D'un côté s'élevait une fontaine jaillissante surmontée d'un aigle d'or à deux têtes , versant de ses deux becs du vin blanc et du vin rouge dans un double bassin doré. En face s'élevait un monceau d'avoine. D'un autre côté, une construction en planches servait de cuisine. Un seul mets y rôtissait, mais gigantesque : c'était le tronc fabuleux d'un bœuf tournant à une broche énorme devant un brasier homérique.

Des gardes placés tout autour avaient peine à contenir avec leurs hallebardes l'impatience et l'appétit de la foule.

Le cortège impérial sortait du Dôme pour rentrer au Roemer. L'Empereur s'avançait à cheval au milieu des princes de l'Empire.

L'archevêque de Trêves marchait seul en avant, comme le plus ancien électeur. Derrière lui venaient sur une seule ligne l'électeur de Brandebourg, portant le sceptre de Charlemagne ; le duc de Saxe , portant l'épée impériale ; le comte palatin, avec le globe du monde. Ensuite venait l'Empereur avec la couronne de Charlemagne, deux ou trois fois trop grande pour son front, et rembourrée comme un bourrelet d'enfant, burlesque coiffure, qui fit éclater de rire Marie -Thérèse au couronnement de son époux. A gauche de l'Empereur, l'archevêque de Cologne; à droite, celui de Mayence. Enfin le roi de Bohême fermait le cortège.

L'Empereur descendait de cheval, et la porte du palais se refermait sur lui. 11 apparaissait au balcon gothique du Rœmer pour saluer la foule. Aussitôt le duc de Saxe, comme maréchal

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