‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 33 sur 114 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

du palais, s'élançait à cheval, tenant d'une main un vase d'argent du poids de douze marcs, de l'autre une racloire. Il courait au tas d'avoine, y poussait son cheval à plein ventre, remplissait sa mesure, en faisait tomber le tropplein au moyen de sa racloire, et rentrait : cela voulait dire que les écuries de l'Empereur étaient pourvues.

Alors venait le tour du comte palatin, comme écuyer tranchant. Il arrivait à cheval, un plat d'argent à la main du poids de douze marcs, courait vers la cuisine, coupait une tranche de bœuf, et revenait au palais : la table de l'Empereur était pourvue.

Le roi de Bohême, archiéchanson héréditaire, paraissait avec une coupe d'argent du poids de douze marcs, qu'il remplissait à la fontaine de la place : l'Empereur pouvait boire à volonté.

Le dernier personnage était (et pour cause) le plus attendu et le mieux reçu de la multitude. Deux vastes poches gonflées jusqu'au col pendaient aux côtés de la selle. « Vive monseigneur le trésorier impérial ! » s'écriaient les mille voix de la foule. Au même instant les sacs

s'ouvraient, et une pluie d'or et d'argent ruisselait sur la place, où des milliers de mains tendues essayaient de la recueillir. Plus d'un pouvait montrer le soir sur son front l'empreinte de la monnaie qu'il avait dans sa poche.

Le dernier écu distribué, l'Empereur disparaissait du balcon. C'était comme un signal. Les archers s'écartaient, le peuple se précipitait, le pillage de la place commençait. Le vin, l'avoine, l'aigle et le bassin doré appartenaient au public. C'était une confusion immense, une mêlée inouïe, un combat bouffon, quand il ne devenait pas tragique. Au lieu d'un sac d'avoine ou d'une outre de vin, celui-ci n'emportait plus qu'une toile vide et criblée de trous. Cet autre s'enfuyait avec une cruche pleine, et ne tenait, au bout de trois pas, qu'une anse brisée.

Mais le plus fort de la bataille était autour du bœuf rôti. C'était la pièce d'honneur. Deux corporations, en présence depuis la veille sur le champ de bataille, se le disputaient à armes peu courtoises. Les vainqueurs soupaient du fruit de leur victoire, et la dépouille de l'animal ornait la maison du plus brave.

..... ..'..'. ti

Page 1