CHAPITRE III
« Ici repose la dépouille illustre de la reine Fastrade, que la froide mort a tranchée dans sa fleur. Fille de noble race et épouse ici-bas d'un roi puissant, le Ciel vient de l'appeler encore à un plus glorieux hyménée. La meilleure partie de son âme nous reste: c'est le roi Charles, à qui le Dieu clément accorde de longs jours * ! . . . » Un cloître attenant à la cathédrale est un second cimetière servant à recueillir les morts qui n'ont pas leur place dans le premier. Ici chaque dalle est une tombe; chaque tombe porte, gravée en creux, l'image d'un prêtre à demi effacée par les pieds des passants, et c'est grand'pitié, si l'on songe que beaucoup ont une valeur artistique, presque toutes une valeur historique. La cour du cloître est jonchée de marbres et de statues, couchées, penchées, brisées, souillées par l'herbe et les ronces. Des ménagères, amies du bedeau, y font sécher leur lessive, et suspendent leurs guenilles à des reliques vénérables par plus de neuf cents ans d'antiquité.
Un poète a son monument parmi ces ancêtres du clergé de Mayence. Il s'appelait Henri de Meissen, et vivait au xiv e siècle. Il était en
i Epitaphium Faslrmlx régime, ap. D. Bouquet, V, p. 146. — Traduit par Vétault (Charlemagnc, p. 329).
même temps chanoine et Minnesœnger, ou chantre d'amour. Mais ses chants, consacrés aux femmes, et surtout à la Vierge Marie, étaient d'une pureté sans tache. Son. siècle lui donna le beau surnom de Frauenlob, ce qui veut dire louangeur des femmes. Une antique miniature le représente chantant sur un violon les louanges d'une dame en couronne d'or, figurée dans ses armoiries. Un chœur de musiciens demeurent attentifs et muets autour de lui. Deux pages étendent un tapis sous ses pieds 1 . Il servit d'arbitre dans un grand débat qu passionna longtemps les poètes d'outre-Rhin.
Des deux mots allemands qui désignent la femme, Weib et Frau, il s'agissait de savoir lequel était le plus noble , le plus digne d'usage. Frauenlob prononça en faveur de Frau pour deux raisons : l'une, d'étymologie : Frau, ditil, est tout près de Freude, qui veut dire Joie; l'autre, d'archéologie et de sentiment: le premier homme qui parla allemand fut Mennor, fils d'Adam. S'étant marié, il fit rougir de plaisir sa jeune fiancée en l'appelant Frau' 1 . Comment résister à cet argument?
i Manuscrit dit de Manesse, n° 4232, fonds allemand. (Bibliothèque nationale.) 2 Oct. d'Assailly, Les Chevaliers\poètes.