CHAPITRE IV
ques-uns terribles 1 . Des églises plus ou moins antiques, de forme agréable, modestes comme il sied à des clochers de village , se présentent au centre du hameau. Alentour se presse, sans beaucoup d'ordre, un groupe de maisonnettes tapissées de vignes, couvertes en briques, avec des cordons de granit bleu aux portes et aux fenêtres.
Rarement une auberge manque à l'appel en ce pays sillonné de voyageurs, et rarement sur son enseigne manquent V Ancre d'or ou le Cygne traditionnels. L'aubergiste, épanoui sur le seuil, se montre, doucement ému, au bruit de la cloche qui signale notre passage ; il suppuie en espérance le gain de la journée.
Tout le village accourt au même signal, ayant même intérêt. L'étranger qui met pied à terre n'est- il pas un oiseau de passage dont chacun se promet une plume? Enfin les marmots de l'endroit se jettent dans les barques amarrées sur le bord, afin de danser avec elles dams le remous du bateau.
Ces barques forment une flottille respectable,
i C'est dans la chronique d'Éginhard, à la date de 815, que l'on trouve la première trace historique des dcbjrdements du Rhin. Napoléon avait créé des magistrats du Rhin, spécialement chargés de prévenir le retour de ces fléaux.
qui est la marine des bords du Rhin. De petits chantiers de construction en montrent d'autres qui sont inachevées. De grands filets sèchent au soleil sur les pierres. La pêche nourrit ici de nombreuses familles. C'est une tâche lucrative quand le pêcheur prend dans sa nasse quelqu'une de ces carpes si prisées des gourmets, ou quelque saumon qui s'est aventuré plus loin que ses confrères.
Un autre genre de pêche est celle de l'or.
Le Rhin en roule une très faible quantité, que ramassent à grand'peine quelques malheureux orpailleurs. On dit qu'on les voit, aux eaux basses, fouiller les bancs de sable laissés à découvert par le fleuve : labeur ingrat et piteuse ressource, s'il est vrai que pour réunir une masse d'or du poids d'un kilogramme il ne faut pas remuer moins de sept millions de kilogrammes de sable. On a calculé que ce travail de pionnier, exercé par une personne active pendant une année , rapportait de cent à cent vingt-cinq francs. L'or ainsi recueilli sert à frapper une monnaie, naturellement assez rare, et qu'on nomme ducats du Rhin.
.Mais la vraie, l'immense richesse du Rheingau , après l'exploitation du voyageur, est celle de la vigne. Un vieux poète raconte que, deux