CHAPITRE IV
seigneurs se disputant un trésor, le roi , pour les accorder, fit jeter toute la masse d'or dans le Rhin. C'est cet or qui, filtrant dans les veines de la terre, colore, dit-il, le jus des vignes qui bordent le fleuve. N'en déplaise au vieux conteur, je croirais plutôt que tout l'or du pays vient de ses vendanges. Il n'y a pas dans tout le pays rhénan de région plus propice au raisin. Aussi cette culture a-t-elle tout envahi. Des pointes de rochers, des pentes et des précipices où c'est un travail de se tenir debout , ont été fouillés, bêchés, fertilisés. A défaut de sol végétal, on a émietté, pulvérisé la roche friable. Les ceps étendent à perte de vue leurs lignes régulières, et tous les contours de la montagne en sont hérissés. De cette nappe de verdure se détachent, par intervalles, de grandes villas à l'italienne, aux toits plats, aux murs carrés, ou bien des castels néo- gothiques, avec des tourelles garnies de créneaux. Ce sont les maisons de plaisance des riches négociants en vins de Mayence ou de Francfort, construites en pleins vignobles, dans le propre élément de leur richesse. Des banderoles bariolées aux couleurs nationales flottent au sommet, et signalent, comme dans un palais princier, la présence du maître. Point ou
presque pas de jardins alentour. Le terrain est trop rare, le produit trop précieux, pour laisser l'agréable usurper la place de l'utile. Un chêne, un mélèze, ne donnent que de l'ombre : ici, à l'automne, chaque pied de vigne se couvre de pièces d'or. Au pied de la terrasse se balance une nacelle élégamment pavoisée. Avoir pignon sur le Rheingau et nacelle sur le Rhin, sont les deux termes de la félicité humaine dans ce pays.
De tous les vignobles que nous côtoyons , le Johannisberg est le plus fameux. Chapeau bas devant le roi des vins du Rhin. Chacun lui doit un hommage. Pourquoi faut-il se contenter d'un hommage platonique! Trois doigts de vin de Johannisberg versés à ce moment ne nuiraient pas au paysage. La colline qui le produit s'élève a cent vingt mètres au-dessus du Rhin. Elle est revêtue des pieds à la tête d'un superbe manteau de vignes, qui se nuance, aux approches des vendanges, des plus riches couleurs de l'automne. Heureux princes de Metternich, a qui ce domaine appartient! 11 n'embrasse guère plus de soixante-dix arpents, produisant de vingt-cinq à trente tonnes. Mais le revenu annuel est de cent mille francs. La charge d'archiéchanson impérial existe encore
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