CHAPITRE IV
pour les maîtres du Johannisberg, s'il est vrai qu'en faisant ce cadeau à s'on ministre, en 1815, l'empereur d'Autriche se soit réservé un dixième de la récolte. Le reste est disputé à prix d'or par les gourmets couronnés ou millionnaires. On parle encore d'un tonneau acheté au prix de dix-huit mille florins par les souverains coalisés de Prusse, de Russie et d'Angleterre.
Les premières vignes plantées sur le Johannisberg datent du xi e siècle, et l'honneur en revient à l'archevêque de Mayence, Rulhard.
Elles furent tout de suite en réputation. Un monastère s'élevait alors à la place où se voit le lourd et déplaisant castel des Melternich. Les moines commis à la garde de la récolte passaient pour en apprécier suffisamment le mérite. Le moyen âge exerce sa malice à leurs dépens. Un fabliau les représente .pendant une visite de l'évêque. « Des bouteilles et des verres, dit l'évêque; goûtons le vin de cette année. Mais d'abord une pieuse oraison; vos bréviaires, mes frères. » Les moines fouillent vainement sous leurs robes; pas un seul bréviaire. « Buvons, néanmoins, reprend l'indulgent prélat; nous prierons- de mémoire. Un tire-bouchon! Qu'on m'apporte un tire- bouchon pour ouvrir cette liole ! » Aussitôt dix, vingt, cinquante lire-
bouchons se présentent à l'appel. Ils étaient plus nombreux que les bouteilles.
Sur tous les bords du Rhin les vendanges sont le signal de fêtes rustiques. On promène la première grappe sur un char, escorté de vignerons en goguette. Au Johannisberg, la vendange a lieu quinze jours plus tard que partout ailleurs. On attend que les grappes commencent à pourrir pour les porter au pressoir. L'usage était jadis de ne vendanger que sur un ordre écrit et signé de la main du maître. Une année, celui-ci perdit la mémoire, et laissa passer l'automne sans expédier l'ordre nécessaire. Novembre venu , il visita ses vignes. Le raisin y pendait encore intact. On le cueille à la hâte , on le jette dans la cuve. Le vin se trouva surpasser celui des années précédentes. On érigea en pratique cette découverte du hasard.
L'Anglais Forster, qui me prête tous ces détails, homme compétent dans la matière, dont il paraît posséder mieux que la théorie, exige du vin du Rhin les quatre qualités suivantes :
1° Qu'il soit clair;
2° Qu'il ait un goût agréable ;
3° Qu'il fasse entendre, en tombant dans le verre, un petit murmure;