‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 60 sur 114 · CHAPITRE IV iig · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV iig

4° Qu'il forme une mousse légère.

Voilà du raffinement. Pour mon compte, je tiendrai quitte du « petit murmure » et de la « mousse légère », si j'ai le « goût agréable » et la « couleur claire ». Ce dernier point n'est pas indifférent. C'est un des attraits de ce nectar, de resplendir en topazes ou en rubis limpides dans le verre. La vue en est réjouie, et cette allégresse prépare celle du cœur.

C'est l'opinion des Allemands, dont il est la liqueur préférée. Ils ont pour leur vin national un amour où il entre autant de poésie que de sensualité. Ils le fêtent par des chansons d'un ton vraiment élevé, et bien au-dessus de nos couplets bachiques. L'Allemand traite volontiers toute chose avec gravité. Ses chansons à boire sont sérieuses , autant que les nôtres sont goguenardes, et pour peu de chose on voit le verre trembler dans la main du chanteur. Mais s'il s'agit du fleuve national et du jus de ses vignes , tout buveur devient poète, toute chanson se fait hymne.

Couronnez de fleurs le gobelet rempli jusqu'aux bords, et qu'on le vide avec gaieté. Est-il, amis buveurs, est-il au monde un pareil vin?...

Aux bords du Rhin, aux bords du Rhin! C'est là que mûrissent nos vignes! Réni soit le Rhin! c'est sur ses

rives qu'elles se dorent et nous versent cette liqueur sacrée '.

En quittant le Rheingau , le Rhin pénètre dans une contrée plus sévère.

De Bingen jusqu'à Coblentz, le lit du fleuve est profondément encaissé dans les montagnes. A droite le Taunus, à gauche le Hundsrtick se rapprochent et tendent à se rejoindre.

Quelque horrible déchirement a dû se faire , aux temps antédiluviens, dans les entrailles de ces énormes masses. Le Rhin occupe le fond d'un précipice : des murailles de rocher se dressent à pic sur chaque rive; une aride végétation de sapins et de ronces couvre ses bords , et leur sombre verdure communique à ses eaux la couleur du bronze. Çà et là quelque avide et hardi vigneron a défriché le sol ingrat, et des vignes y tordent leurs troncs nerveux. La roche vive, blessée par le pic du mineur, rongée par l'eau, mordue par la bise et les frimas, déchiquetée de mille manières, offre des veines sanglantes ou bleuâtres. Le jour et la nuit se rencontrent sans se mêler clans les cavités de leurs flancs. Ici un gouffre d'ombre, là une surface inondée de lumière.

i Mathias Claudius. — Voir aussi Schenkendorf, Chanson 'les fleuves allemands.

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