CHAPITRE IV
temps consumées. Escaliers, corridors, chapelle, en décombres, en ruines sont changés '.
N'importe ! un charme infini accompagne le voyageur dans ces lieux. H n'est pas besoin d'être Allemand pour en sentir la tristesse, la beauté, la mélancolique grandeur; mais on conçoit facilement l'amour passionné que suscitent dans un cœur germanique ces rives du pays natal. On conçoit que l'Allemand s'y attache avec une énergique tendresse en les voyant si belles; en les peuplant, par la pensée, des ombres de ses aïeux, des monuments de son histoire; en y retrouvant tous les sites, tous les souvenirs, tous les fantômes dont la poésie l'entretient, tout enfant, dans son berceau. Toute l'Allemagne est venue rêver, chanter, pleurer sur ces bords.
Tout ce qu'elle a enfanté de poètes et d'artistes sont venus s'abreuver à ces eaux, source profonde de l'orgueil et du génie national.
« Rhin ! disait un minnesœnger, tes montagnes élancent leurs cimes jusqu'au ciel, de concert avec les aspirations du cœur. »
« Oh! viens, disait à Gœthe Bettina, son amie, viens revoir une fois encore ce jardin de ta patrie, ces lieux si beaux, qu'ils remplacent
1 Gœthe, le Château sur la montagne.
pour l'étranger son pays natal ; cette contrée où la nature se montre si gracieuse et si grande. Vois comme elle redonne la vie aux ruines, comme elle revêt le désert d'une charmante végétation qui monte et "redescend le long des murs sombres ! Comme elle y plante bien l'églantier et le merisier sur les vieilles tours où ils semblent sourire ! »
Et un troisième : « Salut à toi, large fleuve, vert et doré tour à tour ; salut à vous, châteaux et villages, villes et dômes; salut à vous, moissons vermeilles dans les vallées fécondes ; collines dont les pampres étincellent au soleil ; forêts, ravines, rochers revêtus de mousse! Où que je sois, où que j'aille, mon cœur est au Rhin 1 . »
Et moi aussi je t'aime., quoique né loin de tes rives, ô vieux fleuve ! je t'aime pour le mystère qui m'a tout jeune attiré vers toi; je t'aime pour le sang de nos pères tant de fois mêlé à tes eaux ; je t'aime pour avoir été français pendant quelques heures de ta longue existence, pour l'espérance cachée dans mon cœur que tu le redeviendras un jour !
i Wolfgang Muller, Lied du Rhin.