‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 68 sur 114 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dans sa robe sombre et en lambeaux, ceinte de murailles trouées, et coiffée de clochers en oo-ive, elle semble un de ces vieux survivants du passé qui assistent, sans y rien comprendre, sans y rien sacrifier, aux mœurs des temps nouveaux.

Auprès d'Oberwesel est un écho, le plus folâtre et le plus goguenard des échos. Demandezlui dans la langue indigène : « Quel est le bourgmestre d'Oberwesel : Wer ist Bilrgermeister im Oberwesel ?

L'écho répond : « Esel (un âne), » et les rochers de la rive répètent sept fois de suite la plaisanterie.

Nous voici dans la contrée la plus fabuleuse des bords du Rhin. L'imagination d'un peuple poétique s'est plu à prêter une âme, un langage à ces lieux. Chaque pierre sur la rive, chaque écueil dans le fleuve, portent un nom et racontent une histoire. Si nous en croyons les légendes, un être vit et respire sous la forme immobile du rocher. Je ne pense pas que depuis l'âge d'or de la poésie grecque pareil enfantement de fables et de symboles se soit produit. Beaucoup de ces fables sont dépourvues de la grâce dont les Grecs paraient leurs mythes.

Beaucoup sont des copies et des réminiscences.

Plus d'une sont charmantes : celle de Lorely, par exemple.

Lorely est la fée des eaux du Rhin vert et profond. Un rocher porte son nom. Sa crête rugueuse surgit dans un site solitaire et sauvage. C'est dans ses flancs de marbre qu'habite la jeune déesse. Elle vient pendant les nuits tremper ses pieds dans le flot calme qui les effleure. Le voyageur, à ce nom, se rappelle et murmure la ballade de Henri Heine, douce comme le chant de la sirène :

Je ne sais pas quelle tristesse M e gagne aux approches du soir.

— D'un vieux conte de ma jeunesse, Je me souviens sans le vouloir.

Le nuit s'étend sur la campagne, Le Rhin s'endort, et sur les eaux Le souffle frais de la montagne Fait soupirer les verts roseaux.

C'est l'heure où de sa grotte obscure Lorely paraît sur le bord, Belle, et tordant sa chevelure Eblouissante comme l'or.

Sa voix sur un rythme magique Module un chant plein de douceur :

Etrange et suave musique Qui charme et déchire le cœur :

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