CHAPITRE I
sont de ces villes qu'il faut traverser vite : leurs rues droites, leurs constructions neuves, leurs palais rectilignes n'ont rien à nous apprendre. Elles sont riches, propres, symétriques : que voulez-vous de plus?
Sur la rive droite, à la hauteur de Manheim, une rivière se jette dans le Rhin , aussi verte que lui. C'est le riant Neckar. Remontons-en la rive gauche; elle nous conduira par des sites charmants dans une gorge sauvage, entre trois ou quatre mamelons de montagnes ; des clochers, des toits percent une épaisse verdure : c'est Heidelberg. Comment une ville s'est-elle placée là, tout ensemble si près et si loin de la grande voie de communication tracée par le Rhin? Il se peut que le hasard en ait décidé.
Les premiers qui habitèrent ces montagnes furent des bergers. Ils roulaient leurs cabanes sur ces hauteurs, parmi les myrtilles qui couvraient la contrée, et qui lui ont donné son nom 1 . Survinrent les Romains : possesseurs de la vallée du Rhin , ils voulurent s'emparer des
1 Heidel, myrtilles; berg, montagne.
vallées secondaires, chassèrent les pâtres et bâtirent un fort en pleine montagne, à trois cents pieds au-dessus du Neckar. Quand l'invasion germanique eut balayé les garnisons romaines, ces murailles servirent de refuge aux barbares. Quelque chef fatigué de courir le monde dut s'y établir avec les siens; on se partagea les terres voisines, maigres domaines où la hache fit de la place aux moissons. La vallée étant paisible et mise par sa pauvreté à l'abri des ambitions rivales, des habitations s'élevèrent autour du château fort. Le besoin d'eau, le défaut d'espace, les firent descendre jusqu'au bord du Neckar : Heidelberg fut fondé.
Un jour, c'était vers le milieu du xm e siècle, Conrad, comte palatin, visitant ses domaines, arriva dans ces lieux. Le site lui plut, le gibier abondait, la position était facile à défendre; il s'y fixa. Grâce à lui, à ses hommes d'armes, à ses trouvères, à ses veneurs, à toute sa cour, le hameau de Heidelberg devint un bourg, puis une ville, puis la capitale du palatinat du Rhin, habitée, embellie par l'un des sept électeurs et grands dignitaires de l'Empire. Au xv e siècle,