‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 71 sur 114 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

cercle, attendaient les sept électeurs, dont le blason était sculpté sur le dossier du siège. Ils s'y rendaient en habits magnifiques. L'archevêque de Mayence disait à haute voix : « Le saint-empire romain est vacant ! » L'élection accomplie, le même archevêque proclamait le nom de l'Empereur. Aussitôt quatre hérauts, tournés aux quatre vents, le transmettaient à la foule, et, sonnant de la trompette, semblaient vouloir le transmettre au monde. La bannière impériale était plantée sur le Kœnigsstuhl, et le peuple se séparait en criant : Vivat/ aux princes, et Largesse/ aux trésoriers.

Le Kœnigsstuhl primitif n'existe plus. Celui qui attire aujourd'hui les curieux est un facsimilé érigé en 1843 par le roi de Prusse. On veut qu'il soit en partie formé des débris pieusement conservés de l'ancien; on soupçonne les aubergistes de Rhense d'avoir accrédité une fable qui fait vivre leurs cuisines durant six mois de l'année.

Je rase, sans y faire long séjour, les sombres bases du Stolzenfels. C'est un château gothique, magnifiquement situé sur une pyramide de rochers, et réparé à grands frais. Ses tours carrées penchent sur un abîme, et l'ombre de ses créneaux couvre le Rhin dans la moitié de son

lit. Une grande fresque appelle le regard sur la façade extérieure. Misérable sort de la peinture murale dans nos climats : celle-ci est déjà effacée. L'intérieur, richement décoré, satisfait la curiosité plus que le goût. Une salle des Chevaliers renferme une précieuse panoplie : des épées de Tilly, de Bliïcher, de Kosciusko, de Murât et de Napoléon y sont suspendues. Une série de peintures représente les vertus de la chevalerie. Ce ne sont pas de froides allégories : l'artiste les a fort heureusement caractérisées au moyen de quelques traits tirés de l'histoire d'Allemagne. Le roi de Bohême Jean l'Aveugle, tué à Crécy, symbolise la Bravoure; Rodolphe de Habsbourg, la Justice; Frédéric II et sa fiancée Isabelle, l'Amour; Godefroi de Bouillon, la Piété ; Philippe de Souabe, entouré de ses ménestrels, sur une barque qui descend le Rhin, ligure le goût des arts. Cette dernière image s'a'ppliquerait facilement à l'Allemagne ellemême, je ne dis pas à cette Allemagne violente et batailleuse qui est sortie des derniers événements, je parle de l'ancienne Allemagne, dont les poétiques générations descendaient ces rives et saluaient en chantant les traces de leurs aïeux ?

Nous voici devant le port de Coblentz.

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