‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 74 sur 114 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

calculer ce qu'a coûté de sueurs et d'argent cette construction babylonienne. Qu'on songe que depuis le Mérovingien Dagobert, tous les possesseurs de Coblentz pendant quatorze siècles ont rivalisé de zèle pour augmenter la fortification, hérisser la montagne et creuser plus profondément le précipice. La Prusse, maîtresse d'Ehrenbreitstein depuis 1816, y a jeté pour sa part cent millions de sa monnaie. C'est payer un peu cher le logement de ses canons. Quel magnifique hôpital on bâtirait et on doterait avec le quart de cette somme !

De la face méridionale d'Ehrenbreitstein, l'œil jouit d'un des plus beaux panoramas du monde. La contrée que nous venons de parcourir se dessine en relief dans un cadre magnifique.

D'un côté, le cours sinueux du Rhin à travers les rocs, les forêts et les montagnes; de l'autre, la vue de la Moselle, qui s'égare dans de vastes prairies auxquelles succèdent, à l'horizon, plusieurs étages de coteaux hérissés de vignes. Ce tableau est d'une grandeur, d'un éclat et d'une variété inexprimables; je ne pouvais m'en lasser; j'aurais pris racine sur ce bastion, si un coup de tambour n'eût annoncé l'heure de la retraite. Un fantassin, coiffé d'un casque à la romaine surmonté d'une pointe en cuivre doré,

me mit poliment dehors, et je redescendis vers la ville.

Quoique je l'eusse déjà bien parcourue, je fus bien aise d'y revoir un petit monument qui date de l'empire français, et dont j'avais beaucoup ouï parler. C'est une fontaine, de mince apparence, élevée sur une place, en face d'une église dédiée, je ne sais pourquoi, à Castor. Une colonne de pierre qui surmonte la fontaine porte ces mots, écrits en français et très imparfaitement gravés :

AN MDCCCXII

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