CHAPITRE V
est l'auteur. En écrivant celte phrase, le comte de Saint-Priest n'a pas osé la signer de son nom. On devrait, pour son châtiment, réparer cette omission.
N'importe, l'inscription est d'une moralité instructive. Si jamais la fortune remet Coblentz entre nos mains, loin de renverser cette fontaine, on devrait la restaurer et planter une belle grille alentour. Elle rappellerait aux successeurs de Jules Doazan , tentés de l'imiter, cette maxime d'un sage : « (Ju'il ne faut appeler heureux ni un homme avant sa mort, ni une entreprise avant sa fin. »
A quelques minutes de Coblentz , sur les bords de la Moselle, une pyramide en pierre de taille, entourée de végétation, s'élève à la mémoire de Marceau, de Marceau blessé à mort près de ces lieux, et, comme autrefois Turenne, enseveli dans sa victoire. Les quatre faces du monument portent ces mots ' :
Ici repose Marceau, né à Chartres, d'Eureet-Loir, soldat à seize ans, général à vingtdeux. Il mourut en combattant pour sa patrie,
1 Voyez dans Gœpp (les Hommes de guerre, t. I) la description du monument et les inscriptions des quatre faces.
le dernier jour de l'an IV de la république française.
Qui que lu sois, ami ou ennemi de ce jeune héros, respecle sa cendre.
On lit sur l'urne funéraire :
HIC CINERES, l lîlul E NOMEN '.
Lord Byron, qui a conduit son Childe Harold sur ces rives, a fait du guerrier français un bel et juste éloge :
Honneur à loi, Marceau! — ta jeunesse guerrière Fut trop vite arrêtée en sa noble carrière; Tu n'avais pas rempli ton destin tout entier Quand le trépas jaloux t'étouffa sans pitié.
Immortel combattant d'une cause immortelle, La Liberté t'aimait, le sachant grand comme elle; Car pour la soutenir et pour fonder ses droits, Tu ne sortis jamais de la borne des lois.
En des jours de colère et de haine farouche, Tu conservas sans tache et ton cœur et ta bouche; Belle àme immaculée, ô soldat sans remord, Ceux qui t'ont survécu t'envièrent ta mort.
i « Ses cendres sont ici, son nom partout. »