‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 76 sur 114 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

deuil! ù perte amère! ô destin des batailles! On dit que l'ennemi, le jour des funérailles, Ne songeant qu'à sa gloire et non à son drapeau, Vint, près de nos soldats, pleurer sur son tombeau.

Ah! (jue le voyageur, visitant ces contrées, Vienne s'asseoir un jour sur ses cendres sacrées; Pensif et recueilli, qu'il médite longtemps Les tragiques vertus des hommes de ce temps, El sente dans son cœur je ne sais quelle gloire Qui s'exhale toujours d'une grande mémoire*.

Remontons en bateau et continuons au gré de l'eau notre voyage jusqu'à Cologne.

Les rives du Rhin au-dessous deCoblentz, quoique fort agréables à voir, manquent d'un grand attrait : la nouveauté. La nature, ou se répète, ou s'amoindrit. Il n'y a pas un crescendo de beauté. C'est un malheur. La ressem-

' « Près de Coblentz, sur une riante colline, est une pyramide simple et modeste, couronnant le sommet d'un monticule verdoyant : sous sa base repose un héros... Rapide et triomphant fut son jeune essor. Tous Tout pleuré, amis el ennemis, et l'étranger qui s'arrête ici pour méditer peut, à bon droit, prier pour le repos de son esprit généreux , car il fut le meilleur champion de la liberté. 11 fut de ceux, trop peu nombreux, hélas! qui n'ont point franchi les justes bornes qu'elle assigne aux guerriers qu'elle arme de son glaive. Son âme demeura sans tache; c'est pourquoi les hommes ont pleuré sur lui. »

(Lord Byron, Chitde Harold, cb. m, stances .'iii el 57).

blance des sites qui se succèdent engendre nécessairement la monotonie. La multitude des ruines gothiques, trop prodiguées sur le bord, achève de lasser le regard. Le Danube, qui a plus de grandeur, plus de solitude, une distribution plus sobre et plus discrète de monuments anciens, échappe davantage à ce défaut. Pour occuper dans l'estime des Allemands le rang qu'ils décernent au Rhin, il ne lui manque que d'être plus décrit et mieux chanté.

Engers, sur la rive droite, Weissenthurm , sur la rive gauche, sont deux villages rivaux, presque ennemis, à cause d'un débat qui les divise. Chacun revendique la possession du fameux pont de César, si longuement décrit dans les Commentaires. Engers fait valoir des débris de fondations romaines dans le lit du fleuve. L'autre invoque la tradition locale. Aucun ne manque de ruses ingénieuses pour accommoder à ses prétentions le texte de César. Qui videra ce grave procès? C'est un de ces mille problèmes que l'antiquité nous a légués , et qui attendent encore leur solution.

Près de Weissenthurm s'élève le monument du général Hoche, érigé par son armée après sa dernière victoire sur les Autrichiens. L'inscription est d'une simplicité antique :

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