CHAPITRE V
Le Drachenfels, l'une des roches qui forment le groupe des Sept-Montagnes, offre dans sa légende la fable et le christianisme luttant ensemble. Il a été chanté en beaux vers par l'auteur de Childe-Harold. Aussi est-ce un des sites les plus chers aux touristes anglais. Voici ces strophes, si harmonieuses dans l'original, et dont la traduction d'un maître a conservé l'accent intime et pénétrant :
Le roc de Drachenfels, surmonté d'un château, s'élève sur le Rhin large et sinueux, dont les flots se gonflent entre ses rives couvertes de vignes, les collines revêtues d'arbres en fleur, les champs où l'on récolle le blé, et les villes disséminées de côté et d'autre et dont on voit de loin les blanches murailles. Et c'est là un tableau que je contemplerais avec une double joie, si lu étais avec moi.
Les jeunes paysannes aux yeux bleus, portant des fleurs entre leurs mains, des fleurs printanières, errent en souriant dans ce paradis. Au haut du vallon, paré de guirlandes de pampre, sont les rocs à la pointe abrupte, les nobles arceaux en ruine, les manoirs féodaux avec leurs murailles grises parsemées de plantes vertes. Mais ce qui me manque sur ces bords du Rhin, c'est ta douce main à serrer dans la mienne.
glanées sur les bords du Rhin. Les noms de tous les poètes allemands s'y trouvent, depuis Goethe jusqu'à Uhland.
Le fleuve écume et coule, et à tout instant, à ses nombreux détours sur ce sol enchanté, on découvre quelque nouvelle beauté. L'homme le plus ambitieux pourrait borner ses vœux à passer ici sa vie entière, et pas un lieu sur la terre ne me paraîtrait si favorisé par la nature et ne me serait si cher, si ton regard, en suivant mon regard, répandait son charme sur ces rives du Rhin 1 .
Nous voici parvenus à Bonn.
La situation de cette ville est des plus heureuses ; bâties en étages sur les pentes d'une colline, ses dernières maisons sont battues par l'eau, ses plus hautes dominent une magnifique perspective. Mais, pour aller de la base au faîte, il faut gravir de pénibles échelles. Il y a des rues si escarpées, qu'au premier faux pas on doit rouler du haut en bas, sans espoir de s'arrêter. Les voitures n'accomplissent pareille escalade que par un miracle d'équilibre.
Le jour de mon arrivée, Bonn était en fête :
portes, maisons, fenêtres, tout y était pavoisé, jusqu'aux chapeaux des étudiants, qui traînaient après eux des comètes de ruban. Des mâts vénitiens coloriés en spirale comme des mirlitons, des arcs de triomphe de verdure décoraient les
i Strophes traduites par M. Marinier.