‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 84 sur 114 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

places et les avenues. On y lisait ces mots de

bon augure :

SEYD WILLKOMMEN !

« Soyez les bienvenus ! » Je m'appliquai le sens de l'inscription, et j'entrai résolument dans un jardin où se pressait la foule. Je n'y avais pas fait trois pas, qu'une fusillade bien nourrie me partit dans les oreilles et fit sauter, moi d'un côté, mon chapeau de l'autre. J'étais tombé, sans le savoir, au beau milieu d'un tir national, sur le terrain même des opérations. La première émotion passée, le coup d'œil fut assez divertissant. Une trentaine de grands gaillards, qui se disputaient toutes les nuances du blond, se livraient avec entrain à la poursuite des cibles. Leur chapeau de feutre vert à la tyrolienne, leur panache de plumes de coq, leur veste de velours aux boutons ciselés, leur ceinture en cuir de daim, dont la plus modeste ne portait qu'un poignard et un pistolet, leur culotte fauve et leurs grandes bottes éperonnées, remplissaient d'une satisfaction visible les héros de la fête. J'aurais pu me croire en plein Tyrol , si deux ou trois boutiques de fripiers établies dans un coin ne m'eussent ôté toute illusion sur l'origine de cette couleur locale. De bons bourgeois

que j'y vis entrer en habit vert-pomme, reparurent bouclés et sanglés dans le costume de Robin des bois.

Dans un pavillon construit pour cet usage étaient exposés les prix destinés aux vainqueurs. J'en fis l'inspection, et je fus conduit à penser que l'intérêt n'entrait pour rien dans l'émulation des tireurs. Tout le contenu du pavillon ne valait pas mille écus. Un panier de vin de Champagne était, je crois, le prix d'honneur. L'accessit avait droit à un paquet de cigares.

La fusillade résonna toute la journée et une bonne partie de la nuit. Il fallait bien célébrer les vainqueurs. Les girouettes et les cheminées de la ville firent les frais de cette petite guerre. Dans cent ans, quand on montrera ces cicatrices innocentes, noircies par le temps, quelque bourgeois farouche dira en tordant sa moustache : « Voyez -vous ces trous-là? Morbleu!

c'est la mitraille des ennemis. »

En fête ou non, avec ou sans artillerie, Bonn est un agréable séjour. Non pas que cette petite ville de vingt mille âmes soit d'une gaieté folle, ni qu'elle offre rien de bien curieux. Ses monuments sont médiocre; mais ses promenades sont ravissantes, ses environs enchanteurs. La vie y est facile, l'habitant de bonne humeur et de bon

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