CHAPITRE V
accueil. L'esprit et le corps s'y plaisent par je ne sais quoi d'engageant et d'inexprimable, qui est dans l'air, dans l'aspect, dans les habitudes de la contrée. Enfin son université, qui est la seconde de l'Allemagne, en fait une demeure attachante et studieuse. Aussi les Anglais, qui s'y connaissent, viennent-ils en grand nombre passer la belle saison à Bonn. Ils s'y établissent en famille. Un certain nombre de jeunes Anglais y séjournent toute l'année et suivent, comme étudiants, les cours de l'université. Ils apprennent sans effort cette difficile langue allemande, qui paye de tant de jouissances les peines qu'elle a coûtées.
Quand donc suivrons -nous cet exemple?
Nous sommes, pour ce qui est des langues vivantes, déplorablement en arrière sur tous les peuples de l'Europe. Nous nous croyons encore au temps où le français était la langue universelle des savants et des lettrés. C'est une illusion. Non, le français ne suffit plus ni pour le négoce, ni pour l'industrie, ni pour la pratique de la vie, ni pour le progrès des études libérales. Les calculs de fortune passent, à tort ou à raison, pour tenir quelque place dans les plans des pères de famille. Quand donc comprendront-ils quel merveilleux instrument de
richesse la possession des langues vivantes met aux mains des enfants? Nous avons une école française en Grèce qui a beaucoup fait pour le progrès de l'archéologie. Pourquoi n'aurionsnous pas des écoles en Angleterre et en Allemagne pour l'étude approfondie de l'anglais et de l'allemand? A ne considérer que ce dernier, Bonn serait pour une telle école un lieu parfaitement choisi. Son site, son université, sa proximité avec la France, tout semble la destiner au rôle que j'indique.
Une chose fait plaisir à Bonn, c'est le soin des habitants pour honorer la mémoire des hommes célèbres qui ont habité leurs murs.
On voit ici, plus qu'en nulle autre ville, des plaques de marbre, des inscriptions signalant à la vénération publique les traces de savants et d'artistes, hôtes ou enfants de la cité. C'est avec une certaine émotion qu'un amateur de musique lit ces mots sur une muraille :