‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 86 sur 114 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

est Ludovicus, domini Johannis van Beethoven et Helense Keverichs , conjugum, filius légitimas; patrini : Dominas Ludovicus van Beethoven et Gertrudis Mullers dicta Baums.

Des fragments de correspondance, des notices écrites par d'intimes amis de Beethoven, permettent aujourd'hui de connaître pleinement le caractère de l'homme dont le génie s'est révélé avec tant d'éclat par ses oeuvres'. Mais il s'en faut qu'on sente en les lisant le charme et la sympathie qui se dégagent des lettres de Mozart. Vous vous rappelez l'aimable simplicité, la candeur infinie du jeune homme de Salzbourg. Que Beethoven est différent! Nulle douceur, nulle confiance , nul abandon ; un caractère farouche, inquiet, je n'ose dire atrabilaire; il le fut pourtant. Il y avait en lui, quoiqu'il s'en défende, un bon fonds de misanthropie. Sa vie cependant fut de bonne heure au-dessus du besoin. Il ne connut guère cette pauvreté qui persécuta le père de Mozart et Mozart lui-même.

« Mes compositions, écrivait-il lui-même, me rapportent beaucoup, et je puis dire que

i Notice biographique sur Beethoven, par le D r Vegeler et F. Ries; traduite de l'allemand, par Legentil.

j'ai beaucoup plus de commandes que je n'en puis faire. J'ai six ou sept éditeurs pour chacune de mes œuvres, et j'en aurais beaucoup plus si je le voulais : on ne marchande plus avec moi. »

Mais, après une enfance attristée par les désordres de son père, Beethoven fut tourmenté par une santé débile. Une surdité précoce l'affligea. Ce mal fut le fléau, ou, comme il dit lui-même, « le spectre » de son existence.

Voyez ses lettres : elles sont remplies des lamentations de ce grand homme infirme.

Un démon envieux, ma mauvaise santé, a jeté une méchante pierre dans mon jardin : le sens de l'ouïe s'affaiblit chez moi chaque jour depuis trois ans... J'ose dire que je passe ma vie bien misérablement. Depuis deux ans j'évite presque toutes les sociétés, parce qu'il est impossible de dire aux gens : Je suis sourd. Si mon art n'était pas la musique, cela irait encore; mais dans mon art c'est un supplice atroce... Pour te donner une idée de cette surdité incroyable, je te dirai qu'au théâtre je suis obligé de me placer tout près de l'orchestre pour entendre ce que dit le chanteur... Chose étrange! il y a des gens dans la conversation qui ne s'aperçoivent pas de mon infirmité: comme je suis distrait, on met tout sur le compte de la distraction... J'ai déjà souvent maudit mon existence, mais Plutarque m'a conduit à la ' résignation : je veux, s'il est possible, braver mon sort...

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