CHAPITRE VI
son berceau : ni la chute de l'empire, ni l'invasion barbare, ni le christianisme, ni la féodalité ne purent les en effacer. Pendant plusieurs siècles, elle appela ses nobles « patriciens », ses magistrats « sénateurs»; ses bourgmestres « consuls »; ses huissiers « licteurs ». Elle eut même son capitole. Les costumes restèrent aussi bien que les mœurs, et, sur les bannières municipales, on vit longtemps ces initiales empruntées aux usages romains : SPQC, Senatus populusque Coloniensis.
Sortie sans trop de dommage de la période sanglante et confuse des invasions normandes et des luttes carlovingiennes, Cologne fut placée par Othon le Grand sous l'administration des archevêques-électeurs.
Bruno, le frère même de l'Empereur, fut son premier prince. Deux siècles après, échappant au sceptre épiscopal, elle se fait déclarer ville libre et impériale. Sous ce titre, elle arrache à la faiblesse ou à la cupidité de ses maîtres d'incroyables privilèges. Au xiu u siècle, elle jouissait du droit exorbitant de faire décharger toutes les marchandises qui passaient par ses murs pour aller outre, et de les conduire à leur destination sur ses propres bateaux. Le Rhin étant presque l'unique voie de
communication dans une contrée privée de routes, on conçoit facilement quelle quantité d'or afflua dans les murs de Cologne. L'établissement de la Hanse allemande accrut encore sa fortune, en protégeant, étendant et renouvelant son commerce. La France, l'Angleterre, la Suède, la Russie, Brème, Hambourg et Lubeck furent ses associés ou ses tributaires. Elle joua sur le Rhin le même rôle que Ratisbonne sur le Danube, mais sur une échelle encore plus grande. Elle servit d'entrepôt entre deux mondes, transmettant au Midi les matières brutes du Nord, et renvoyant au Nord les denrées précieuses du Midi. L'Espagne, le Portugal, l'Italie surtout, y établirent des comptoirs. Les marchands italiens apportaient avec eux les semences des arts qui fleurissaient dans leur climat. Sous l'impulsion de ses évoques et grâce à ces communications lointaines, Cologne vit se former dans son sein une école de peinture, qui fut la première dont s'honora l'Allemagne. La statuaire et l'architecture n'étaient pas moins cultivées, et d'habiles artistes commencèrent à bâtir ces innombrables églises qui, au siècle dernier, atteignaient le chiffre de deux cents. La splendeur de ses fêtes , la fortune et la gaieté de ses