CHAPITRE VI
se fonda pour sa reconstruction; elle eut des agents, une caisse, un journal. Les souscriptions affluèrent; l'édifice fut sauvé. Le travail ne s'est pas ralenti depuis cinquante ans; les travaux touchent à leur terme, et peut-être, au moment où paraîtront ces pages, seront-ils inaugurés. Ce sera une belle fête pour les amis de l'art religieux. Fribourg a sa flèche, Strasbourg sa façade, Reims et Amiens leurs sculptures, Notre-Dame de Paris son bel ensemble; je ne sais pas quelle basilique pourrait disputer la palme à Cologne pour la beauté du vaisseau intérieur, et surtout du chœur. Ce dernier paraît comme l'idéal accompli du tabernacle chrétien. Des colonnes, minces comme des fuseaux, montent jusqu'aux voûtes, où le chapiteau s'épanouit en fleurs. Tout le reste est une splendide verrière, dont les lancettes sont teintes, sur toute leur face, d'un riche coloris d'azur, de pourpre et d'or. L'artiste qui a construit cette magique muraille s'est souvenu de la parole du Psalmiste : « Mon Dieu! vous êtes vêtu de lumière; » et il lui a fait une demeure éclatante.
Les nefs latérales renferment une abondante collection de tombeaux d'archevêques. Comme ceux de Mayence, ils ont le tort d'avoir des
épitaphes beaucoup trop fastueuses. « Amas d'épilhètes , mauvaises louanges , » disait la liruyère. Si sa maxime est vraie, c'est surtout du style funéraire. La tombe de Conrad de Hochsteden est l'objet d'une vénération particulière. Il est le premier fondateur du dôme. « L'an de Notre-Seigneur 1248, l'évoque Conrad se trouvant surabondamment riche en or, en argent et en pierres précieuses, et croyant son trésor inépuisable, entreprit la construction du dôme, de cet édifice immense et coûteux, auquel on travaille encore en ce moment. » Ces lignes sont tirées de la Chronique de Cologne pour l'année 1499 '.
Un autre évêque s'est fait sculpter un tombeau en forme de bastille , fortifiée et crénelée aux quatre angles. Il repose au pied de ces tours en costume moitié guerrier, moitié religieux. Chaque archevêque régnant a son caveau
i La fondation du dôme est de 12'i8; l'achèvement du chœur, de 1320. Un moine à veHéités poétiques exprima ces deux dates mémorables dans six vers latins gravés sur le portail, et qui sont un véritable rébus.
Anno milleno bis C quater X dabis octo,
Quùm colil assumplam ckrus populunque Mariam,
Pnetul Conradus ab Hochsteden generosus
Ampliat hoc temphtm, lapidera local ipsequc primuin .
Anno milleno ter C viuknaque junoe,
Tune novus illf chorus cœpil resonarc sonorus.