PAR LES BATEAUX A VAPEUR
Le trajet de Mannheim à Strasbourg par eau est fort long, fort monotone; bien peu de voyageurs suivent cette route
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qui n'offre, dans toute son étendue, qu'un point, très-intéressant sans doute , Spire , mais oix Ton peut se rendre en une demi-heure , en prenant le chemin de fer à Ludwigshafen. Néanmoins , comme nous sommes obligé d^être complet , et que la fantaisie singulière d'aller de Mannheim à Strasbourg par eau, nous étant venue à nous-même, peut venir également à d'autres, nous devons indiquer rapidement les principaux points de ce parcours.
En descendant le Rhin de Strasbourg à Mannheim , le voyage est encore tolérable; il se fait en huit heures environ. En montant, il est beaucoup plus long, -et je n'ose me hasarder à en déterminer la durée , me souvenant de ce qui m'est arrivé. Gomme il y a toujours très-peu de voyageurs en remontant , le bateau en prend à son aise : quand je fis ce trajet, nous n'étions que trois passagers, et en approchant de Kehl, le capitaine, pensant sans doute que trois passai gers ne valaient pas la peine quSl àe pressât, jugea k propos de jeter l'ancre sur une île du Rhin , et de nous faire ainsi passer dans l'immobilité une nuit entière : il paraît que cela arrive ou du moins arrivait de temps en temps.
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Spire était, du temps des Romains, un poste militaire appelé Noviomagus ou Augusta Nemetum, Sa grandeur date surtout du XI* siècle, époque à laquelle l'empereur Conrad II fonda la cathédrale oii lui el ses successeurs furent ensevelis. Son fils et son petit-fils, Henri III et Henri IV, achevèrent l'édifice. Ce dernier, excommunié par le pape Grégoire VII, et détrôné, à l'instigation du saint-père, par son fils Henri V, mourut à Ingelheim ; l'excommunication le suivit après sa mort , son cadavre resta sans sépulture, et ce ne fut qu'au bout de cinq ans que le pape permit son inhumation dans la cathédrale de Spire. La légende raconte que son fidèle serviteur, Kurt, était resté pendant ces cinq années gardant
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les restes mortels de son vieil empereur; il les accompagna à Spire, où il mourut peu de temps après, objet de vénération pour tous ceux qui savaient respecter le dévouement «t la fidélité. Au moment delamortdeKurt, ajoute la tradition, toutes les cloches de Spire se mirent d'elles-mêmes en branle, et sonnèrent comme pour un empereur! En revanche, quand le fils impie, quand Henri Y mourut à son tour, bourrelé de remords, les cloches sonnèrent encore d'elles-mêmes; mais ee n'était pas le glas des funérailles, c'était le tintement clair et lugubre qu'elles avaient coutume de faire entendre quand elles annonçaient l'exécution d'un malfaiteur : la justice de Dieu allait saisir le parricide.
Neuf empereurs furent enterrés à Spire. En 1693, l'armée de Louis XIV, qui envahissait le Palatinat , détruisit la ville par l'incendie, et, chose qui parut plus abominable encore, viola les tombeaux des Césars; c'était le 12 octobre 1693 que s'accomplissait cette profanation! Cent ans plus tard, en i793, les tombes royales de Saint-Denis étaient dévastées k leur tour. Mais l'analogie lugubre ne s'arrête pas là , l'expiation offre encore un rapprochement sinistre, étrange : l'intendant français qui donna l'ordre de détruire les tombeaux de Spire s'appelait Hentz ; le conventionnel qui présida à la dévastation de Saint-Denis s'appelait Hentz également ^
La cathédrale de Spire est la plusjvaste église de l'AUe-
4. H n*ai garde d'omettre cette antithèse historique, que Ton trouye partoaU Le rapprochement est saisissant, mais un peu embelli. 11 7 avait bien un conventionnel qui s'appelait Hentz , mais je ne trouve nulle part ( que dans les Guides du Rhin) que lui, ou tout autre conventionnel, ait présidé i ceUo dévastation. De plus, Tinlendant de 4 603 s'appelait Lafond , et non Hentz. En outre, on ajoute d'ordinaire que la dévastation de Spire et celle de Saint-Deaia s'accomplirent le même jour, 4 2 octobre. Mallieureusement pour la beauté de Tantithèse , la dévastation de Saint-Denis eut lieu les 6, 7 et 8 août 4793. C'est le 3 1 juillet précédent que la Convention décréta que les tombeaux des
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magne» après celle de Cologne. Elie était jadis surmontée de six tours ; elle n'en a plus que deux.
La façade présente un aspect singulier ; c'est une construction massive , robuste , terminée aux deux angles par deux pyramides : on croirait voir un monument égyptien.
L'intérieur vient d'être restauré avec une intelligence parfaite et une somptuosité pleine de goût. Ici point de ces tons criards qu'on a souvent prodigués ailleurs. Tout est harmonieux et repose la vue. Au-dessous d'un ciel bleu étoile se montrent, entre les colonnes, de remarquables fresques, qui viennent d'être terminées sous la direction de M. Schraudolph^ Au-dessous de chaque fresque est le verset de la Bible qui l'explique.
Le chœur contient deux statues : celle de droite représente Rodolphe de Hapsbourg, assis, la couronne en tête; elle est de Schwanthaler. Une inscription nous apprend que « le roi Louis de Bavière a érigé ce monument en l'année 1843 au roi des Romains, Rodolphe, père d'une de ses aïeules. »
La statue de gauche, dont le piédestal en marbre noir repose sur quatre lions ailés , est l'œuvre d'Ohmacht , et représente Adolphe de Nassau; elle lui a été élevée en 1824 « au lieu où il fut enseveli , » pardon descendant, Guillaume deNassau .
Le transept contient deux inscriptions dont voici, la traduction :
A droite : « Louis I", roi de Bavière , comte palatin du
rois seraient transportés au nrasée des monaments français. U n*y aurait donc ici d'avéré que les deux dates 1693 et 4793? Pas même cela; car la destroctioD des tombeaux de Spire se fit en deux rois, en mai 1689 et en octobre 4694. On voit qu'il ne reste pas grand'chose de ce rapprochement drar matiqne; c'est dommage.
I . H. Jean Schraudolph a eu pour collaborateurs MM. Claude Schraudolpb, Mayr, Hoesl, Susmaier, Kocb, Bentel, Mader ei Saumann. Les ornementi sont de M.Joseph Sdiwartzmann.
Rhin, a fait décorer le chœur de peintures, qui ont été exécutées, de Tannée i845 à Tannée 1850, par Jean Schraudolph. »
À gauche : « L'empereur Conrad II a posé la première pierre de cette église en Tannée <030. L'empereur Henri IV en a achevé la construction en Tannée 1061. »
, Au fond de Tabside, dont les murailles sont décorées de figures de saints sur fond d'or, se trouve le siège de Tévéque; au plafond, le couronnement de la Vierge et les douze apôtres; au-dessus du maître-autel, les quatre évangélistes.
r Ce qui ravit les regards , c'est Tharmonie parfaite de tpute cette ornementation. Peut-être, de toutes les cathédrales célèbres , celle-ci est-elle la seule qui présente à l'intérieur une telle unité. Ailleurs » à côté d'une admirable chapelle du xiii* siècle, les yeux sont blessés par quelqu'un de ces chefs-d'œuvre de mauvais goût que le xvii' ou le \fm* siècle ont installés dans toutes les vieilles basiliques, loi rien de pareil. C'est mieux qu'une restauration intelligente, c'est une création véritable, qui fait le plus grand honneur au prince qui Ta ordonnée, aux artistes qui l'ont accomplie*.
Le sacristain vous offrira de vous montrer deux chapelles qui ne présentent rien de bien curieux; mais il faut des-
4. Ici, comme ailleurs, nous donnons simplement notre opinion, non comme bonne , mais comme nôtre. Nous devons dire que notre admiration n*est point partagée par tout le monde, et nous croyons convenable de citer l'ppinion tout à fait opposée d'un juge infiniment plus compétent que nous en ces matières, M. Lassus. Le très-habile architecte écrivait en octobre 4853, en parlant de cette restauration : « C'est certainement le plus complet travail de ce genre qui ait été exécuté depuis le moyen âge ; mais le résultat est-il satisfaisant? D'abord, la première impression est on ne peut plus désagréable : il règne, dans l'ensemble des murs et des piliers, une couleur locale d'un vert pistache fort peu harmonieux. Puis tous les sujets se trouvent régulièrement el sèchement encadrés dans des compartiments d'un régularité désespérante ; c!e8l à croire que l'on voit une suite de tableaux accrochés à la muraille et encadrés dans leurs bordures. Très-souvent aussi les ornements sont Térilable-
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cendre dans la crypte ou église souterraine. L*escalier qui y conduit est à gauche dii chœiir. .
Ces voûtes sombres contiennent un grand nombre de débris mutilés , de colonnes jetées çà et là , de pierres tumulaires , quelques-unes assez récentes et de mauvais goût. Au fond de la crypte se trouve la pierre qui recouvrait le tombeau de Rodolphe de Hapsbourg; elle a été exécutée de Bon vivant et par son ordre. Rodolphe y est représenté couché, les pieds appuyés sur un lion. Le nez et les mains sont cassés.
Un caveau , où l'on ne pénètre point , contient les restes des empereurs ensevelis dans cette cathédrale.
Un jardin entoure ce majestueux édifice. A droite (en renant de la place) est une masse de pierres qui représente ^tt a représenté la montagne des Oliviers (der Œhlberg), le Shrist et les disciples endormis. La plupart des figures l'ont plus de tête. Cette construction est entourée de cobnnes brisées à la hauteur d'une trentaine de pieds. Ce k)nt les restes d'une chapelle élevée au commencement du JT* siècle; elle se trouvait au milieu d'un cloître qui a été iétruit.
Plus à droite, à l'extrémité du jardin, on voit une vaste 5uve d'un seul bloc de grès {Domnapf^ écuelle de la caithé*
neat hon d'échelle atec le monument ; j'en citerai comme eiemple les pein« tures des grog pilastres placés au milieu des pignons du transept , et surtout les énormes enroulements de la première voûte du sanctuaire. Les compariments du dôme accusent un besoin de symétrie et de répétition des Tenétres lien peu en harmonie avec les idées anciennes. Enfin, l'aspect général de cet ensemble de peintures murales est lourd , dur et triste à la fois. Maintenant, l est certain qu'il y a eu une grande somme de talent dépensée dans l'exécuion de cet œuvre importante ; mais si nous devions juger toute l'école djo Hunich d'après les peintures de Spire, nous dirions nettement que cette école k complètement perdu le sens décoratif; bien plus, nous affirmerions qu'elle le repousse, pour se lancer i la poursuite du réalisme et de l'imitation maléiielle. » (JnHales archéologiques.)
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drale). Elle âe trouvait ^adis devant Téglise et marquait la limite qui séparait les possessious de Tévéque et celles de la ville. Après leur élection , les évéques la faisaient remplir de vin , et le peuple la vidait à leur santé.
Au fond du jardin se trouve une tour dont le bas est réputé d*origine romaine. On l'appelle la tour des Païens ( Heidenthûrmchen ).
Une partie du jardin forme une terrasse d'où la vue s*éteûd sur la campagne voisine.
A gauche, on remarque une galerie fermée par une grille, et qui porte cette inscription : Monumenta antiquitatù Romanœ. On y voit des statues, des bas-reliefs; quelquesunes de ces antiquités sont bien conservées.
Derrière la cathédrale, une inscription, placée sur un vieux pan de miir, porte qu'à cette place s'élevait jadis le château impérial donné à l'évêque Jean I", en il 00, par l'empereur Henri IV, et détruit en 4689.
Après avoir étudié toutes les merveilles de cette magnifique cathédrale, il ne nous reste plus grand'chose à admirer à Spire. Dans la même rue Maximilien se trouve l'iiôfel de ville, et, à l'extrémité de la rue, une tour carrée, au toit allongé, badigeonné en gris, avec un cadran bleu et or; c'est une ancienne porte de la ville, dont le bas, selon la tradition, est de construction romaine.
On montre encore, près de l'église prolestante, une muraille, seul reste de l'ancien palais des empereurs, le Retscher, oîi se tinrent vingt-neuf diètes , et où, en 1529, les réformés s'unirent pour signer l'acte de résistance qui leur a valu le nom de protestants.
Spire , qui comptait jadis trente mille habitants , n'en renferme plus aujourd'hui que dix mille.
De Spire à Kehl , le Rhin n'offre que des rives plates et un grand nombre d'iles d'un aspect insignifiant. Sur la rive droite se trouve Philipsbourg , jadis forteresse importante ,
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souvent assiégée par les Français ;' qui ne connaît les jolis vers de Voltaire?
Bellone va réduire en cendres Les courtines de Philipsbourg Par cinquante mille Aleiandres Payés à quatre sous par jour.
Voltaire assistait à ce siège (juillet i7U). Le maréchal de Berwick y fut tué d'un boulet de canon. Sur la gauche, un peu plus loin, Germersheim, dont les fortifications datent de 1034. C'est là qu'en 1291 mourut l'empereur dont le nom revient le plus souvent, avec celui de Barberousse, dans les récits des bords du Rhin , Rodolphe de Hapsbourg. L'embouchure de la Lauter, près de Lauterbourg, paraît sur la rive gauche. C'est la frontière de l'Alsace; de là jusqu'à Strasbourg , la rive gauche est française. Elle n'est guère plus intéressante pour cela , et nous ne pouvons y signaler, jusqu'à Strasbourg, que le fort Louis, dont les fortifications, construites par Vauban , ont disparu depuis 1795. Elles ont été détruites par les Autrichiens.
De Mayence à MAHHhelm et à Forlb»eh p»r le ehemln de fer du PalatliiAt.
Le chemin de fer de Hayence à Ludwigshafen (Mannheim), ouvert au mois de mai 1854, a son embarcadère à l'extré* mité sud de Mayence, aux bords du Rhin, qu'il longe, quelquefois de très-près, jusqu'à Oppenheim. Les localité.^ qu'il parcourt sont insignifiantes, si l'on excepte Oppenheim et Worms , dont nous avons parlé précédemment ( voir pages 119 et 123), et que nous recommandons de visiter, ainsi que Spire. Le trajet de Mayence à Ludwigshafen se fait en deux heures environ.
La voie traverse d'abord une plaine, le plus souvent marécageuse à gauche ; à droite s'élèvent des collines pierreu-
ses, formëes de ces quartiers de roches rouges dont sont bâtis presque tous les édifices des bords du Rhin. Sur ces collines se trouvent des vignobles cultivés avec beaucoup de soin , et qui donnent des vins estimés. Laubenheim^ Bodenheim^ Nierstein (stations) sont des vignobles célèbres. Nous arrivons h Oppenheim.
En sortant de cette ville , le convoi longe le cimetière des Israélites, et, s'éloignant du Rhin, traverse une plaine insignifiante. Nous laissons sur notre droite, à quelque distance du chemin de fer, le village de Guniersblum (station), appartenant aux princes de Leiningen (ou de Linange), dont les possessions , formant jadis un comté souverain , sont comprises aujourd'hui parmi les États médiatisés de la Confédération germanique, et contiennent environ 87 000 habitants ; elles sont réparties entre plusieurs branches de cette maison. C'est dans la plaine qui s'étend entre Guhtersblum et Oppenheim que Conrad le Salique fut élu empereur, en 1024.
Nous ne tardons pas k apercevoir WormSy que sa cathédrale signale de loin.
De Worms à Ludwigshafen , l'horizon est h peu près le même que celui que l'on découvre, entre ces deux villes, du pont des bateaux à vapeur : à l'est le Mélibocus et les montagnes voisines, à l'ouest le mont Tonnerre. Les stations où l'on s'arrête dans ce parcours sont peu importantes; nous ne mentionnerons que FranJcenthalj ville industrieuse, bâtie au xvi* siècle par des calvinistes des Pays-Bas, fuyant les persécutions atroces que les Espagnols faisaient peser sur leur pays. Nous atteignons Ludwigshafen ; les voyageurs qui s'arrêtent à Mannheim descendent des wagons, ainsi que ceux qui vont à Spire, dont le chemin de fer s'embranche à une des stations suivantes avec la voie qui conduit à SaarbrucketàForbach.
Le trajet de Ludwigshafen h Spire ne présente rien de
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particulier; il parcourt une plaine coupée de bois de sapins.
Pour nous» nous continuons notre route vers la France.
Le chemin de fer traverse une vaste plaine, en se rapprochant des montagnes de la Haardt , qu'il atteint près de Neusiadt. C'est une ville ancienne située au pied de hauteurs couvertes de vignes dans la partie inférieure, et de bois à leurs sommets. La vieille église de Neustadt , partagée fraternellement entre le culte catholique et le culte protestant, est un bel édifice du xiv* siècle, qui contient les tombeaux de plusieurs comtes palatins.
A partir de Neustadt, le chemin de fer s'engage dans une vallée pittoresque , riche en sites sauvages : pour frayer un passage aux wagons , on a été obligé de tailler presque partout les rocs rouges et de multiplier les tunnels ; on n'en compte pas moins de onze entre Neustadt et Kaiserslautern. On pourrait comparer ce trajet à celui que nous avons fait au commencement de notre voyage entre Liège et Yerviers , si la nature plus austère, les villages moins riants, les maisons moins proprettes, ne nous avertissaient que nous sommes dans une contrée beaucoup moins fréquentée par le beau monde, et à laquelle la mode et le voisinage de quelque bain célèbre n'ont point encore fait perdre ses plus sévères beautés.:
A Lamprecht (station) la vallée s'élargit, puis se resserre de nouveau : le chemin suit le Speyerbach , petit ruisseau qui va se jeter dans le Rhin à Spire (en allemand , Speyer),
Avant d'arriver k Frankenstein (station), le chemin passe par un tunnel percé dans un bloc de rochers que surmonte un vieux château en ruine. L'aspect de ce burg détruit, vers lequel la locomotive lance en passant ses jets de fumée ^ est d'un effet étrange : l'industrie a conduit sa sape sous la féodalité. Il est vrai qu'ici , où l'on ne néglige jamais les intérêts de l'art et de la poésie » on a eu soin de donner à
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rentrée du tunnel un aspect moyen âge en harmonie avec le vieux burg placé immédiatement au-dessus.
Le paysage devient moins pittoresque en approchant de la station à'Hochspeyer. Un long tunnel (le dernier des onze) nous ramène au milieu d'une nature sauvage, de forêts de pins d'un vert sombre , entremêlés de rochers et de sables rouges. A notre droite , l'horizon s'agrandit tout à coup , et nous découvrons dans une vaste plaine les clochers de Kaiserslautern.
Cette ville, une des plus importantes du Palatinat, a joué un rôle dans les guerres de la Révolution. C'est là que Hoche fit son début comme général, en 1793 , et ce début fut malheureux. Il fut battu par le duc de Brunswick. « Le comité de salut public, dit M. Thiers, lui écrivit les lettres les plus encourageantes, et, pour la première fois, donna des éloges à un général battu. « Vu revers n'est pas un crime, » lui écrivait-il , « lorsqu'on a tout fait pour mériter la victoire ; « ce n'est pas par les événements que nous jugeons les hom- « mes, mais par leurs efforts et par leur courage, etc. » A quelques jours de là Hoche avait repris les lignes de Wissembourg et débloqué Landau.
Landstuhl (station) , situé sur la droite à l'entrée d'une vallée , était la résidence du fameux Frantz de Sickingen. « C'étoit, dit Fleuranges, un bien gentil çompaignon.... homme de grande honnesteté, et estoit le plus beau languaigeur que je pense en ma vie avoir veu, et de telle sorte qu'il n'y avoit gentilhomme en Allemaigne, prince, ni homme de guerre , qui ne luy voullust faire plaisir*. » Il devint un des plus intrépides champions de la réforme. L'électeur Palatin et l'électeur de Trêves l'assiégèrent dans son château, dont on aperçoit les ruines au-dessus de Landstuhl , et l'y tuèrent en 1528.
\. Mémoires du jeune adventureu»,
Homhurg : on aperçoit au-dessus de la ville , sur la hauteur, l'ancien château en ruine des ducs des Deux-Ponts.
A Bexbach, nous quittons le territoire de la Bavière pour entrer sur celui de la Prusse.
Neunkircheniïous apparaît au milieu des nuages de fumée que vomissent ses usines. Les forges et les fabriques de coke se succèdent presque sans interruption jusqu'à Forbach. Il suffit de jeter les yeux autour de soi pour reconnaître combien ce pays est riche en mines de houille. C'est de là que l'on tire presque tout le charbon de terre employé par le chemin de fer de Paris à Strasbourg et à Forbach.
La dernière station prussienne est Sarrebruck^ ville fondée au X" siècle, possédée successivement par les évêques de Metz, les ducs de Nassau, et par la France de 1794 à 4815. C'est aujourd'hui une ville industrielle assez importante.
A partir de Sarrebruck, nous voyons se succéder sur notre gauche une suite d'étangs. A l'endroit où ils cessent, nous atteignons le sol français. La première station française est Forbach:
Nous avons conduit le voyageur de Mayence à Strasbourg et à Forbach par le Rhin et la rive gauche du Rhin.
Nous revenons maintenant à Mayence , et nous prenons à Castel le chemin de fer qui nous transporte à Francfort , et de là traverse le pays de Bade ; nous suivons désormais la route de terre qui, parcourant les sites les plus riches, nous mène successivement aux villes importante^ ou curieuses placées sur la rive droite du Rhin , de Francfort à Bàle.
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La rue des Juifs i Francfort.
DE MAYEKGE A FRANCFORT.
Le chemin de fer, que l'on prend à Castel , traverse successivement diverses stations peu importantes. A Hœchst , un embranchement conduit à Soden^ petite ville dont les eaux minérales attirent chaque année un assez grand nom-
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DE MAYENGE A FRANCFORT. 441
bre de visiteurs. Le chemin jusqu'à Francfort longe le Mein, et à gauche s'élèvent les montagnes du Taunus , où Ton peut faire d'agréables excursions.
C'est au milieu de ces montagnes pittoresques, à peu près à la hauteur de Francfort, que se trouve Hombourg^ lieu célèbre par ses eaux et aussi par les réclames dont il couvre périodiquement nos journaux. C'est la résidence des princes de Hesse-Hombourg. Au-dessus delà ville s'élève le château, autour duquel règne un beau parc. Le château contient une collection d'antiquités romaines trouvées à une lieue de là, à Saalbourg, où, selon la tradition, mourut Drusus, beau-fils d'Auguste.
Le Casino de Hombourg (ou Kurhaus) est un beau bâtiment, ouvert en hiver comme en été. En hiver, Hombourg offre un attrait particlilier aux visiteurs : les entrepreneurs du Casino ont affermé une partie des forêts voisines , riches en gibier, et ils délivrent des permis de chasse aux étrangers. Les eaux se prennent en boisson ; on en boit le matin à jeun, depuis un verre jusqu'à une bouteille progressivement. On recommande de se promener une heure ou deux au grand air après avoir bu , et comme l'air de Hombourg est excellent , que d'ailleurs l'exercice est bon partout, on peut croire que cette promenade aide beaucoup les vertus curatives des eaux de Hombourg. Ajoutez à cela les plaisirs de tout genre, bals, concerts , et aussi la roulette. Les environs offrent des sites délicieux : on va de Hombourg au Feldberg, le plus haut point du Taunus, d'où la vue s'étend sur une vaste contrée. On se rend de Francfort à Hombourg par des omnibus qui parcourent cette distance en une heure et demie ou par le chemin de fer du Mein au Weser.
FrftHerort*
Voici une ville qui réunit tous les contrastes ; vieille cité , avec ses rues étroites, obscures, avec ses maisons aux de-
vantures sculptées, ornées de cariatides, de figures étranges, aux étages surplombant sur la rue, avec son Rœmer et ses souvenirs des empereurs, ses antiques églises ; et tout à côté voici de belles et larges rues bordées d'hôtels somptueux , de magasins, de cafés, de restaurants dignes d'une capitale ; un peuple spirituel, railleur, et sensuel; une activité commerciale qui tient du vertige; et en même temps le goût des arts, le culte de Thistoire. C'est la ville des Césars, des Rothschild et de Gœthe.
C'est à Charlemagne que Francfort doit son origine. Un jour, dit-on , au milieu des péripéties si diverses de la longue guerre qu'il soutint contre les Saxons, le grand Charles se trouva repoussé jusque sur les bords du Mein; l'ennemi le présidait ; il fallait passer la rivière ; un épais brouillard en couvrait les rives. On cherchait vainement un gué, lorsque tout à coup d'un bois voisin sort une biche effrayée, portant son petit; elle s'élance dans le Mein , et atteint bientôt l'autre bord. A l'endroit oîi elle avait passé, on découvre un gué; Charlemagne et ses guerriers traversent la rivière, sans que l'ennemi, trompé par le brouillard, puisse suivre leurs traces. £n arrivant sur la rive droite, Charlemagne enfonça sa lance dans le sable, et jura d'y établir un château. Ce château reçut le nom de Franken Furih , le gué des Francs. La ville s'accrut rapidement, et , dès le ix* siècle, elle était entourée de muraille&et de fossés.
Le Rœmer j ou hôtel de ville, est, comme dans toutes les antiques cités, le point où se rattachent les souvenirs du passé , le centre d'où il faut partir pour visiter la vieille ville. C'est un édifice dont la façade se compose de trois pignons, d'un aspect très-simple et assez insignifiant : sa valeur est toute historique. C'est là que , dans ces derniers temps , furent élus et couronnés les* empereurs d'Allemagne. Au premier étage se trouve la chambre où se réunissaient les électeurs : elle sert aujourd'hui aux séances du sénat; car
DE HAYEMCE A FRANCFORT. 443
Francfort, ville libre, a un sénat. Cette salle présente une ornementation moderne très-propre à distraire des souve* nirs qu'elle devrait rappeler, et Ton a besoin de son imagination plus que de ses regards pour y faire revivre la mémoire des graves décisions dont elle fut le théâtre. Une inscription fort sage et d'une application utile dans tous les temps avertit en vieil allemand que « la parole d*un seul homme n'est qu'une demi-parole , et qu'il faut entendre les deux partis. »
Après la salle des Électeurs , on visite celle des Empereurs. C'est là que dînait l'empereur après son élection; c'est à la fenêtre de cette salle qu'il se montrait au peuple assemblé sur la place. Quand, au milieu du xvi* siècle, on élut l'empereur Maximilien II, on songea à décorer la salle qui servait à la cérémonie du repas impérial. On y plaça les portraits des empereurs des temps passés, et on réserva un certain nombre de compartiments pour les futurs Césars , huit seulement; c'était bien peu, mais on n'avait pas plus de place, et l'on projetait d'établir de nouveaux compartiments dans une salle voisine; prévoyance inutile : ces huit places se remplirent pendant le xvir et le xviii* siècle ; François II vint occuper la huitième place en 1794. Ce fut le dernier empereur d'Allemagne; depuis Napoléon, il n'y a plus que des empereurs d'Autriche ; le nombre des places à remplir avait été bien calculé.
Sur la place qui s'étend devant le Rœmer , et que l'on appelle Montagne du Sœmer (Rœmerberg) s'accomplissaient, le jour du couronnement, diverses cérémonies que Goethe, qui en a été le témoin , a racontées dans ses Mémoires :
m Le jour du couronnement arriva enfin le 3 avril 1764 ; le temps était favorable et tout le monde était sur pied. On m'avait réservé , ainsi qu'à plusieurs de mes parents et de mes amis, dans le Rœmer même, à l'un des étages supérieurs, une place excellente d'où nous pouvions tout dominer. Nous nous
y rendîmes de très-bonne heure, et nous regardâmes de ce lieu élevé , comme à vol d'oiseau , lès préparatifs que nous avions examinés déplus près la veille. On voyait la fontaine récenrment construite, avec deux grands bassins à droite et à gauche , dans lesquels Taigle double , sur un piédestal , devait verser de Tun de ses deux becs du vin blanc , et de Tautre du vin rouge. Ici était un tas d'avoine ; là une grande baraque en planches où depuis quelques jours on voyait un bœuf gras tout entier , attaché à une broche énorme , rôtir ou cuire dans son jus sous l'action d'un feu de charbon. Toutes les issues qui du Rœmer aboutissent à cet endroit , et des autres rues au Rœmer, étaient protégées des deux côtés par des barricades et par des sentinelles. La grande place se remplit peu à peu, et bientôt se pressèrent et s'agitèrent les flots de la foule, qui cherchait toujours à se porter du côté où se présentait quelque spectacle nouveau et extraordinaire. Au milieu de tout ce désordre régnait un silence assez profond, et, quand le tocsin sonna, tout le peuple parut saisi de frayeur et de surprise.... » Gœlhe décrit le cortège , son entrée au Rœmer, et continue ainsi : <^ L'empereur et le roi des Romains montèrent l'escalier. Le père et le fils étaient vêtus de même, comme les ménechmes. La parure de l'empereur, en soie couleur pourpre richement décorée de perles et de pierreries , flattait les yeux , ainsi que la couronne, le sceptre et le globe impérial; le tout était neuf, et l'imitation de l'antique était pleine de goût. Le monarque portait son costume avec aisance, et son visage franc et digne annonçait eu même temps l'empereur et le père. Le jeune roi , au contraire , se traînait dans les amples vête* ments et les joyaux de Charlemagne comme dans un travestissement, tellement que lui-même, regardant de temps en temps son père, ne pouvait pas s'empêcher de rire. La couronne , qu'on avait été obligé de rembourrer fortement , faisait, suc &a tête l'effet d'un toit en saillie. La daliiiatique