‹ Les bords du RhinChapitre 12 sur 30 · DE MAYENCE A FRANCFORT · texte numérisé non relu

DE MAYENCE A FRANCFORT

et IsLStola^ si bien adaptées et si bien cqusues qu'elles fussent, ne lui allaient nullement. On admirait le sceptre et le globe impérial ; mais, on ne pouvait pas se le dissimuler, on eût mieux aimé les voir sur une haute taille en harmonie avec ces ornements.... Tout le peuple s'était tourné du côté du Rœmer, et des cris de Vive l'empereur! qui furent poussés alors , nous firent comprendre que l'empereur et le roi se montraient au peuple dans leurs ornements au balcon de la grande salle. Non- seulement ils devaient s'offrir en spectacle , mais un spectacle étrange devait se passer sous leurs yeux. D'abord le maréchal héréditaire, beau et svelte, s'élança sur son cheval ; il avait quitté son épée ; dans la main droite il tenait un vase d'argent à anse , et dans la main gauche un râteau. Il poussa son cheval dans l'enceinle sur le grand tas d'avoine, galopa dans le milieu, y remplit le vase au delà de la mesure , fit le niveau , et rapporta le tout avec beaucoup de grâce. — Le grand chambellan poussa son cheval dans le même endroit, et en rapporta une cuvette avec un pot à l'eau et un essuie-main. L'écuyer tranchant héréditaire divertit encore davantage les spectateurs , en allant chercher un morceau du bœuf rôti. Un plat d'argent k la main , il franchit à cheval aussi les barrières jusqu'à la grande cuisine en planches, et revint bientôt avec un plat couvert , pour se diriger vers le Rœmer. Ce fut ensuite le tour de l'échanson héréditaire , qui dirigea son cheval vers la fontaine et alla y chercher du vin. Ainsi la table impériale fut fournie S et tous les yeux se fixèrent sur le trésorier héréditaire, qu'on s'attendait à voir jeter de l'or. Il montait aussi un beau cheval auquel on voyait suspendues et atta-

1 . Gœlhe oublie que dans la première des cérémonies qu'il examine , il esl question d'avoine, et qu'il n'a pas expliqué la signification de celle cérémonie, laquelle n'a aucun rapport avec la table dn monarque. C'est là simplement une distraction , qui pourrait passer pour une épigramme chez un écrivain moins respectueux que le grand Gœlhe pour les puissances. Est-il besoin de dire que

chées aux deux côtés de la selle, au lieu de poches à pistolets, deux bourses magnifiques aux armes de rélecteur palatin. A peine avait-il fait quelques pas , qu'il mit la main dans ces bourses, et sema libéralement k droite et à gauche les pièces d*or et d'argent, qui brillaient dans Tair comme une belle pluie de métal. Mille mains s'agitèrent en ce moment pour attraper les dons ; mais k peine les pièces furent-elles jetées, que la foule se baissa et combattit violemment pour se disputer celles qui avaient pu arriver jusqu'au sol. Ce mouvement se répétant des deux côtés , h mesure que le distributeur avançait, était très-divertissant pour les spectateurs. Finalement le tumulte fut porté à son comble, quand il jeta les bourses elles-mêmes, et que chacun essaya de saisir ce lot précieux. Les majestés s'étaient retirées du balcon, et l'on se préparait k faire une concession au peuple qui, en pareil cas, aime mieux piller les dons que de les recevoir tranquillement et avec reconnaissance. A une époque plus rude et plus grossière, c'était la coutume de mettre au pillage l'avoine , la fontaine et la cuisine , immédiatement après le prélèvement du maréchal héréditaire , de l'échanson et de récuyer tranchant. Mais cette fois , pour empêcher tout accident , on mit autant que cela fut possible de l'ordre et de la mesure. Toutefois les vieilles et malignes espiègleries reparurent, par exemple celle de faire un trou dans un sac d'avoine qu'un individu avait chargé sur son dos. Un combat plus sérieux s'engagea cette fois comme d'habitude pour le bœuf rôti. On ne pouvait se le disputer que par une lutte collective. Le débat allait avoir lieu, suivant la coutume, entre deux corporations , celle des bouchers et celle des encaveurs. Les bouchers croyaient avoir les droits les mieux fondés à la

cette cérémonie signifiait que les écuries de Vempereur étaient bien garnies? Ce symbolisme tout matériel est singulier et caractéristique. Le souTeraio^ pour la foute, est celui qui ne manque de rien , ni pour ses chevaux , ni pour lui-même , pour sa table surtout.

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