‹ Les bords du RhinChapitre 7 sur 30 · DE LA VILLE DE GOBLENTZ · texte numérisé non relu

DE LA VILLE DE GOBLENTZ

LE 1«' JANVIER MDCCCXIV.

La première inscription aurait été placée par le préfet de

TEmpire ; la seconde par le Français émigré qui commandait en 1814 la ville pour les Russes, M. de Saint-Priest.

L'épigramme est jolie; mais sans vouloir faire ici du ehau^ vinisme^ je ne puis m'empécher pourtant d'exprimer quelques doutes à cet égard.

Est-il bien vraisemblable «que le préfet français ne sût pas assez sa langue pour rédiger deux lignes dans un français un peu moins étrange, pour laisser écrire sous ses yeux le mot préfecturat avec cette orthographe impossible T II se pourrait qu'un fonctionnaire flatteur se fût un peu trop hftté» en effet , en élevant cette fontaine , de célébrer des succès auxquels d'irréparables revers allaient donner bientôt un si cruel démenti. Mais ne peut -on pas croire que les vainqueurs de 1814 ont complété l'épigramme et rendu le contraste plus piquant en gravant, à la même date, les deux inscriptions? Ce n'est là qu'une simple conjecture; mais enfin , si l'on conçoit qu'un fonctionnaire ait pu faire acte de courtisanerie , ou tout au moins de patriotisme un peu étourdi, il est plus difficile d'admettre qu'il ne sût pas même l'orthographe du mot qui exprimait sa dignité et qui s'écrirait au moins par un / , — si ce terme était français.

Le seul endroit pittoresque de Coblentz , celui qui rappelle un peu les anciens temps , est le pont sur la Moselle. C'est là que se trouve l'ancien château archiépiscopal , construit au XIII* siècle , converti aujourd'hui en fabrique. C'est un grand et robuste édifice avec deux tourelles.

Le reste de la ville contient encore deux églises, celle de Notre-DamBy située dans la partie la plus élevée de Coblentz et dont la sonnerie est remarquable. Commencé au XIII* siècle, cet édifice ne fut achevé que deux siècles après ; il contient quelques anciens tableaux ; — l'église de Saint- Florin y affectée au culte protestant, près de la Moselle. La demeure du sacristain (au nord de l'église) est du xni* siècle. A côté se trouve l'ancien entrepôt {Kaufhattë); au-des-

SOUS de l'horloge se voit une figure d'homme à barbe qui, au coup de l'heure, roule les yeux et ouvre la bouche.

Le château royale construit un peu avant la Révolution , d'après les plans de Peyre, architecte français, servit presque immédiatement d'asile aux comtes de Provence et d'Artois (Louis XVIII et Charles X), et deux ans après, en 1794, quand la ville fut prise par les Français , fut occupé par les troupes du général Championnet, qui y logea trois bataillons.

En sortant de la ville par la porte voisine du château {Mainzer Thor) , on arrive au fort Alexandre , une des formidables forteresses qui défendent Coblentz. Des hauteurs voisines on a une vue magnifique. Au pied du fort se trouve le cimetière, moins encombré de tombes, plus verdoyant et plus frais que nos cimetières français. On y voit quelques tombeaux de personnages connus, entre autres celui du général Thielmann , qui , pendant la bataille de Waterloo, occupa le corps d'armée de Grouchy et Tempécha de rejoindre Napoléon. Sur cette tombe se trouve iin casque, une épée et une croix. — Une pyramide à quatre faces, située à l'extrémité du cimetière, a été élevée par d'anciens soldats français, aujourd'hui prussiens , à ceux de leurs camarades qui reposent dans ce cimetière. On y ajoute de temps en temps de nouveaux noms. J'en ai compté une quarantaine appartenant k différentes armes, et parmi ces noms, il n'y a que deux officiers, deux sous-lieutenants (dont un encore n'est que sous-lieutenant de la garde nationale). Les noms inscrits ont déjà rempli une face du monument et la moitié d'une autre ; je ne sais si la place a été calculée pour ceux qui vivent encore.

De l'autre côté de la ville, en passant le pont de la Moselle, d'autres souvenirs nationaux nous attendent. C'est là, au pied du fort François, que se trouve le monument de Marceau. En sortant du pont , on incline à droite , on suit la route de Cologne en laissant à sa gauche le fort François»

et, à un quart d'heure environ du pont, on trouve, à vingt pas de la route (k gauche), un monument composé d*une pyramide trapue entourée de quelques acacias. Ce monument, qui se trouvait primitivement sur remplacement actuel du fort François, a été transporté k sa place actuelle eh 18i9. Les pierres sont couvertes d'inscriptions racontant les faits d'armes de Marceau. Les restes mortels de son camarade Hoche, qui reposait d'abord auprès de lui, se trouvent encore k l'entrée du fort François, recouverts d'une simple pierre, sans aucune inscription. Chose singulière, le Rhin passe devant les monuments de quatre généraux français de la même époque, de la même destinée , interrompus également par la mort dans leur courte et glorieuse carrière. Les monuments de Desaix et de Kléber sont k Strasbourg , mais leur dépouille mortelle est k l'hôtel des Invalides; Hoche et Marceau, moins heureux , reposent k Coblentz sur la terre étrangère : voilk de quels souvenirs purs et éclatants notre gloire et nos malheurs ont semé ces rives du Rhin.

« Génération admirable! dit M. Michelet, en énumérant ces jeunes et vaillants chefs des volontaires de 92. C'était le jeune, l'héroïque, le sublime Hoche, qui devait vivre si peu , celui que personne ne put voir sans l'adorer. — C'était la pureté même, cette noble figure, virginale et guerrière, Marceau, pleuré de l'ennemi. — C'était l'ouragan des batailles , le colérique Kléber, qui, sous cet aspect terrible , eut le cœur humain et bon ; qui , dans ses notes secrètes , plaint la nuit les campagnes vendéennes qu'il lui Jaut ravager le jour. — C'était l'homme de sacrifice, qui voulut toujours le devoir, et la gloire pour lui jamais , qui la donna souvent aux autres et même aux dépens de la vie, un juste, un héros, un saint, l'irréprochable Desaix. »

Ajoutez k ces souvenirs celui de Turenne, dont le monument k Sasbach , dans le duché de Bade , marque encore la place où la France du xvii* siècle perdit son plus

78 ITINÉRAIRE DES BORDS DU RHIIf.

grand capitaine peut-être et l'un de ses plus vertueux enfants.

Sur la rive droite du Rhin , que l'on passe sur un pont de bateaux , se trouve la forteresse d'Ehrenbreitstein , sur un rocher escarpé. On croit que ce point fut fortifié dès les temps les plus reculés, et il y existait encore, en 4794, une tour de construction romaine, qu'on appelait Tour de César. La forteresse moderne fut prise par les Français en 4799. Les fortifications en furent détruites sous Napoléon et reconstruites après 4815. En vertu des traités de cette époque, la France donna quinze millions pour la reconstruction de cette citadelle, qui ne fut terminée qu'en 4826. On peut visiter ce fort , d'où l'on a une vue superbe, en demandant une carte d'entrée au commandant, dont l'hôtel est au pied de la forteresse. Une autre excursion à faire est un^ visite au château de Stolzenfels, situé k deux petites lieues de Goblentz, sur les bords du Rhin : on s'y rend par une route charmante, qui longe le fleuve. Nous allons parler de ce château, devant lequel passe le bateau à vapeur.

Slolzenrels.

De CoblentB à S«lii«-«e«r.

Goblentz est traversé chaque année par un grand nombre de voyageurs qui se rendent aux eaux dUEms.

Cette petite ville, d'environ 2500 habitants, mais qui re-

çoit chaque année environ 5000 baigneurs, est située le long de la Lahn , petite rivière qui se jette dans le Rhin , un peu au-dessus de Coblentz.

Deux chemins conduisent de Coblentz à Ems : le trajet est d'environ quatre lieues. L'une de ces routes passe au pied du fort d'Ehrenbreitstein , et s'engage dans la montagne. L'autre suit le Rhin jusqu'à Niederlahnstein , à l'embouchure de la Lahn (voy. p. 82), et suit la rivière jusqu'à Ems. Celle-ci est la plus agréable; elle traverse un pays charmant, dont les sites ravissaient Goethe, et dont il a laissé une description animée.

Ems est une ville assez récente , adossée à la montagne , le long de la rivière. Elle possède un grand nombre de sources d'eaux minérales. A ses trois grands établissements de bains, fréquentés par des étrangers venus de tous les points de l'Europe , et où les plus nobles et les plus riches familles semblent chaque année s'être donné rendez-vous, il faut ajouter un établissement de charité , un bain pour les pauvres , oïl l'on reçoit gratuitement un certain nombre de malades.

La maison de conversation, somptueux édifice terminé en 1839, présente tous les agréments ordinaires à ces sortes d*établissements , des bals , des concerts, et surtout le jeu ; on peut s'y ruiner tous les jours fort aisément , de onze heures du matin à une heure, et de trois heures à dix heures du soir.

Toutes les dépenses , excepté celles des hôtels , sont réglées par un tarif : on a fixé le prix des bains , des moyens de transport (chevaux , ânes, fiacres), jusqu'au blanchissage; précaution fort sage, fort utile à l'étranger, mais à Lv quelle la roulette et ses chances font une terrible compensation.

Les environs d'Ems présentent d'agréables promenades. On ne peut guère se dispenser d'aller jusqu'à Nassau ,

DÉ COBLENTZ A MAYENGE. 81

petite ville située à une lieue et demie, sur la Lahn, dont les deux rives y sont réunies par un pont suspendu. Les ruines du château de Nassau et de celui de Stein s'élèvent sur des hauteurs, au-dessus de la rivière. Toute cette excursion, d'Ëms à Nassau, vous fera parcourir les sites les plus pittoresques et les plus variés.

La vallée de la Lahn présente un grand nombre d'autres localités intéressantes qui méritent d'être visitées, et que ceux qui séjournent k Ems feront bien de ne pas négliger. Mais nous ne voulons pas trop nous éloigner du Rhin; nous revenons à Coblentz, et nous y reprenons le bateau à vapeur.

C'est à partir de Coblent^ que les bords du Rhin ofiFrent les sites les plus sauvages et les plus variés ; depuis cette ville jusqu'à Bingen, où les rives s'aplatissent, c'est une suite ininterrompue de merveilles. Le Rhin, plus étroit, surtout à partir de Boppard , coule entre des rochers escarpés, dont les brusques détours semblent quelquefois l'enfermer et lui donnent l'aspect d'un lac. Les villes antiques aux murailles noircies, les burgs sur la cime des montagnes se succèdent sans cesse et laissent à peine au voyageur le loisir de voir et d'admirer.

C'est ici que l'on appréciera sans doute le conseil que nous avons donné à nos lecteurs , de remonter le Rhin et non de le descendre.

Le premier château , que l'on découvre sur la rive gauche esiStolzenfels, résidence princière. Ce n'était plus, en 1825, qu'une ruine, lorsque la ville de Coblentz en fit présent au prince royal de Prusse, le roi actuel, qui le fit restaurer ou plutôt reconstruire. On ne peut disputer des goûts; mais il nie semblé que le premier mérite d'un vieux château est d'être vieux , ou tout au moins d'en avoir l'air. Celui-ci, avec son frais badigeon et ses fresques récentes, ne permet pas la moindre illusion. L'intérieur est orné avec une grande magnificence et contient une riche collection d'antiquités, dn

portraits historiques, des statuettes et des tableaux dus à des peintres contemporains. C'est, comme on le voit, un musée qui mérite d'être visité sans doute, mais ce n'est plus un vieux château.

Vis-à-vis, sur l'autre rive, au-dessus de Niederlahnstein, s'élèvent les ruines du château de Lahneck, détruit en 1688. Ce burg était occupé, au xiv siècle, par douze chevaliers du Temple, qui s'y étaient renfermés après la destruction de leur ordre par le pape Clément V et par Philippe le Bel. On les somma de se rendre; ils refusèrent. On les assiégea dans leur forteresse ; ces douze hommes repoussèrent, pendant plusieurs jours, les assauts furieux des assiégeants. Enfin un assaut tenté de nuit sur plusieurs points réussit : les templiers se firent tous tuer en se défendant ; un seul restait vivant dans la tour du château ; le chef des assiégeants lui offrit la vie s'il voulait se rendre : pour toute réponse , le templier se précipite tête baissée au milieu de ses ennemis, et y trouve la mort qu'il cherchait.

Sur le bord du fleuve, du même côté que le Lahneck , se présente la vieille ville àHOberlahnstein , avec ses antiques tours, qui lui donnent un aspect original. Près de là se trouve une petite chapelle où, en 1400, les électeurs, après avoir attendu l'empereur Wenceslas le Fainéant pendant dix jours, le déposèrent , et déclarèrent vacant le trône impérial. Puis ils passèrent le Rhin, et, réunis au Kœnigsstuhl, nommèrent roi des Romains le comte palatin Robert.

Le Kœnigsstuhl^ ou trône des rois, sur la rive gauche, près de Rhense , est une espèce de temple découvert, où, les électeurs se réunissaient, selon la coutume des vieux Germains , pour délibérer en plein air sur les grands intérêts de l'empire : on y voyait sept sièges pour les sept électeurs , un pour l'Empereur; c'est là, dans cet édifice d'une antiq^ue simplicité , que furent prises les plus graves déterminations. Le Kœnigsstuhl était tombé en ruines pendant la domina-

DE COBLEMTZ A MATENCE. . 83

tion française. Il fut rétabli, en 1843, dans son ancienne forme; dans cette reconstruction, on fît entrer les débris de Tancien édifice. Les territoires des quatre électeurs du Rhin se touchaient en cet endroit : Stolzenfels appartenait à l'électeur de Trêves , Oberlahnstein à l'électeur de Mayence , Braubach k l'électeur palatin , Rhense à l'électeur de Cologne. Tous , à l'exception du palatin , étaient des électeurs ecclésiastiques.

Sur la rive droite se montre Braubach , et au-dessus , le château de Markshourg , situé sur un amas de rochers d'un aspect formidable. C'est une petite ville, aux rues étroites, calme et pauvre. Si on dépasse , en lonjgeant le Rhin , le rocher sur lequel est bâti le château , on monte par un chemin pierreux, entre des vignes, jusqu'à une chapelle située sur le haut du rocher; on a alors sous ses yeux une vallée délicieuse, aussi fraîche, aussi fleurie au mois de septembre qu'elle peut l'être au mois de juin. Des bois l'enferment de tous côtés; un ruisseau circule au milieu des prairies, et, faisant le tour du rocher sur lequel est élevé le Markshourg, va faire tourner des moulins, et se jette dans le fleuve k Braubach. Cette ville possède un autre château, construit au xvi* siècle, au pied du rocher, par le landgrave Philippe : ses vastes salles servent aujourd'hui d'hôtel.

Quant au Markshourg , dont l'attitude si fière attire de loin les regards, c'est le mieux conservé des châteaux du Rhin. C'est aujourd'hui une forteresse qui appartient au Nassau, et qui contient une garnison d'invalides.

Le Rhin fait ici un brusque détour, et baigne la ville de Boppardy située sur sa rive gauche, ville antique , séjour dest légions romaines , où résidait le préfet des batistes {prœfec" tus militum batiistariarum) , le surintendant de l'artillerie d* alors. La ville est entourée d'un mur romain formant un carré long. Les rois francs y eurent un palais. L'église paroissiale est du commencement du xiii* siècle. L'église des

Garmes présente quelques bas-reliefs remarquables. Près de là se trouve un ravin profond, dont au moyen âge la renommée était sinistre : c'était un rendez-vous de bandits, cott-

Le Marksbourg.

ventvs latronum , comme disait l'empereur Frédéric Barberousse , qui s'y connaissait pour en avoir détruit un grand nombre.

Un peu plus loin que Boppard , sur la rive droite , on voit

DE COBLENTZ A MAYEKCE. 85

les ruines de deux châteaux, sur des rochers couverts de vignes , à peine séparés par une fente étroite : des deux châteaux , il reste à peu près la même chose , une tour entière et quelques pans de murs noirâtres. A ces deux châteaux, le Stemberg et le Liebenstein , qu'on appelle d'un seul nom die Brader (les Frères), est attachée une lugubre légende. Deux frères, possesseurs des deux burgs, devenus par leur avarice et leurs violences la terreur de la contrée, se prirent tous deux d'amour pour la fille d'un comte des environs, et, pour décider à qui elle appartiendrait, vidèrent leur querelle par les armis. Tous deux périrent dans le combat. Parfois, à minuit, le voyageur attardé enlend encore sur le rocher le choc de leurs ëpées , qu'il voit étinceler dans l'ombre. Une autre tradition veut que les deux frères se soient réconciliés à ia voix de la jeune fille qu'ils aimaient, et qu'elle se soit retirée dans un monastère. Mais l'aspect désolé de ces ruines s'accorde beaucoup mieux avec la première tradition. Le Rhin se resserre de plus en plus en se rapprochant de Saint-Goar, Avant d'arriver à cette dernière ville, nous voyons apparaître k notre gauche la Souris (die Mans), y'iexxx débrissitué au-dessus du village de Velmich. Cette ruine, dont la couleur se confond avec celles des roches volcaniques sur lesquelles elle est assise, porte aussi le nom de Thurnàerg, La tour qui la domine était , dit-on , posée sur un puits qui descendait au niveau du Rhin : ce trou servait d'oubliettes aux seigneurs du château, qui y faisaient jeter leurs ennemis. Au-dessous du château, dans le village, était un monastère qui possédait une cloche d'argent : cette cloche, ordinairement muette, n'était mise en branle que pour sonner Tagonie et la mort des seigneurs de Thurnberg, Un jour, un de ces seigneurs, un Falkenstein , pensa qu'elle pouvait être bonne à autre chose , et il la fit demander au prieur pour la convertir en écus roulants. Le prieur refusa, Falkenstein , irrité, fit venir le prieur; et celui-ci résistant tou-

jours : « Tu veux garder ta cloche? dit Falkenstein hors de lui; eh bien, soit, tu ia garderas! » Et il la fait attacher au

CTTuTÎT'

Velmich. — La Souris.

cou du prieur, que l'on précipite dans le puits. Le crime commis, le meurtrier tremble; la fièvre le saisit, et sur son lit

DE COBLENtZ A MAYENCE.

de douleur, bientôt , pendant la nuit, il entend dans led entrailles de la terre un son clair qui va toujours en s*aug-

Le GhiiU

mentant : c'était la cloche d'argent qui sonnait l'agonie du criminel. Il mourut dans la nuit.

SB ITINËRAIRE DES BORDS DU RHIIf.

Quant au nom vulgaire de la ruine, la Souris^ il lui fut donné par une fantaisie des maîtres de ce château , qui possédaient aussi un autre château situé devant Saint- Goar, le Chat, On disait que la Souris mangerait le Chat : ce qui ne s*est pas vérifié ; les deux châteaux sont à peu près aussi délabrés Tun que Tautre, et ce n'est pas la Souris, mais Tempereur Napoléon qui a mangé le Chat : cette dernière forteresse a été ruinée par ses ordres en i 806.

De Saliit-C;oar à Blnsen.

Saint-Goar est une petite ville propre, bien bâiie, sans caractère; mais elle est placée au centre même des curiosités les plus séduisantes que possède le beau fleuve, et c'est assez pour qu'elle soit fréquentée.

Cette ville doit , dit-on , son origine au saint dont elle porte le nom , et qui vint, au vi* siècle , s'établir en cet endroit au milieu des pécheurs , les instruisant par ses leçons et ses exemples. Ses reliques firent des miracles, et devinrent un objet de vénération : on y venait de tous côtés en pèlerinage, et malheur à qui passait par là sans s'agenouiller au- * près des reliques du saint! Charlemagne lui-même , a^ant oublié d'y faire ses dévotions un jour qu'il passnit devant la chapelle en descendant le Rhin , le bâtiment qui le portait fut tout à coup enveloppé d'un épais brouillard qui ne lui permit plus d'avancer. Mais une prière à saint Goar dissipa le nuage, et l'Empereur descendit aussitôt sur le rivage pour réparer ce moment d'oubli. Fastrade, la femme de Charlemagne, vint à Saint-Goar en pèlerinage, et sa santé, depuis longtemps perdue , s'y rétablit. Enfin , les fils de Louis le Débonnaire, toujours armés les uns contre les autres, se réconcilièrent auprès de ces saintes reliques , et de tous les miracles qu'elles ont opérées ce n'est point le moins étonnant. A ces pieux pèlerinages ont succédé aujourd'hui des pèlerinages plus mondains. C'est à Saint-Goar que l'on va pour

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visiter l'immeDse forteresse ruinée qui domine la ville , te Bheinfels, On n'en peut bien juger l'étendue qu'en montant sur la hauteur qui la domine, et de là on aperçoit un vaste amas de ruines : c'est là ce qui reste du puissant château qui , après avoir résisté aux armes de Louis XIV, à un long siège, à un impitoyable bombardement, fut, en 1794, pris, sans avoir été défendu, par quelques avant-postes de l'armée de Sambre-et-Meuse. Trois ans plus tard, on fit sauter la forteresse. Les ruines appartiennent aujourd'hui au prince de Prusse.

Vis-à-vis de Saint- Goar se trouve le village de Saint-Goars^ hansen , plus pittoresque que la ville. Il est situé à Pentrée d'un charmant vallon appelé la Vallée suisse , et qui mérite son nom : ses rochers, ses ruisseaux, ses aunes et ses saules en font, en effet, une délicieuse miniature des vallées des Alpes. A l'entrée de la vallée s'élève le Chat , ruiné , comme nous l'avons dit, au commencement de ce siècle. Il avait été construit à la fin du xiv* siècle.

On fera bien de se rendre par terre , en suivant les bords du Rhin , de Saint-Goar jusqu'au point de la rive gauche qui est en face du rocher de Lurley. Cette vaste roche s'élève sur la rive droite, au-dessus du Rhin, qui est, en cet endroit, coupé de récifs; le site est d'un aspect sombre et majestueux. La roche de Lurley est fameuse par son écho; €i pour qu'on en puisse apprécier la sonorité, un ancien soldat français s'est établi dans une cabane sur la rive gauche ; au passage des bateaux à vapeur, il sonne du cor et tire des coups de fusil que l'écho répète plusieurs fois. Il y a des carrières dans les environs, et le son des pioches des ouvriers se fait entendre avec un retentissement singulier quand on est sur le riyage.

Le brave vétéran , qui ainae à causer, vous racontera volontiers son histoire dans un français équivoque : il vous dira qu'il a servi huit ans, qu'il a fait, comme trompette du

ITINËRAIRE DES BORDS DU RflIN.

ii* chasseurs , la campagne de Russie sous le général Sébastian!. Il y a perdu son pied droit, et il est là depuis i8i5. Les bateaux à vapeur lui font une pension qui , jointe à celle qu'il reçoit de la France (182 francs), lui suffit pour vivre. Il travaille aussi l'hiver; malheureusement, en 1843, le Rhin est monté si haut qu'il a envahi sa cabane et l'a forcé de déménager. Ce brave homme a perdu à ce mélier un doigt, en chargeant son carapine.

La cabane du chasseur de Lurley. ^

Quant à l'écho lui-même, il vaut moins que sa réputation, moins surtout que le site admirable où se répercutent les sons. La roche de Lurley a été célébrée dans tant de poésies, qu'il nous faut bien encore raconter la légende qui s'y rapporte. C'était , aux temps anciens , le séjour d'une ondine appelée Lore (d'où vient Lore-ley^ rocher de Lorej. Elle se montrait debout sur le rocher au passage des navigateurs , que ravissaient la beauté de son visage , sa longue chevelure et sa belle robe transparente , dont la couleur était celle

DE COBLENTZ À MAYENCB. 91

des eaux. Facile aux bons , elle les conduisait à travers les écueils de ce passage dangereux; elle y brisait sans pitié les méchants. Mais il ne fallait point tenter de s'approcher d'elle : quiconque poussait la hardiesse jusqu'à grimper sur son rocher perdait bientôt la trace du sentier, s'égarait, et ne retrouvait d'ordinaire son chemin qu'après plusieurs jours de jeûne forcé , en plein air, sur ce rocher couvert de ronces.

Le jeune comte Hermann en devint amoureux ; tous les soirs il allait chanter sous le rocher en s'accompagnant de la guitare, et de temps en temps la belle ondine se montrait à ses regards , l'appelant par son nom et lui disant des mots d'amour. Obligé de partir pour la guerre, il voulut dire un dernier adieu à celle qu'il aimait, et, suivi de son écuyer , il conduisit un soir sa barque sous le rocher. A ses chants , la fée apparut sur la cime , l'appelant du doigt et, par une fascination étrange, attirant les vagues du fleuve qui semblèrent bientôt monter jusqu'à elle. Tout à coup la barque se brise dans les ténèbres en touchant le rocher. Hermann disparaît, et une vague rejette l'écuyer sur le rivage opposé.

Le lendemain , le père d'Hermann , désespéré, accourt au pied du rocher ; la fée est sur la cime : « Où est mon fils ? crie le père. — Il est avec moi , » répond l'ondine , et elle disparaît. On ne la revit plus depuis ce jour, mais on en* tendit souvent en cet endroit des chants d'amour qui semblaient sortir des profondeurs des flots.

Une statue de trente pieds , commandée par le prince de Nassau et représentant l'ondine , doit être placée sur le rocher, dont elle gâtera peut-être l'aspect sauvage; un peu de vague sied bien aux légendes, et, quel que puisse être 1^ talent du sculpteur, il est difficile de croire que le ciseau, qui précise tout, puisse jamais donner à la belle ondine ces formes vaporeuses que lui prête l'imagination.

La partie du Rhin qui baigne lés pieds 4u Lurley est trèsriche en saumons estimés. Des pécheurs , assis dans des bateaux attaches au rivage, soulèvent de temps en temps leurs vastes filets, assez semblables à de grandes araignées; il est rare qu'ils n'y trouvent pas quelques poissons, mais ils rejettent les moindres, et ne gardent que les carpes et les saumons.

Le chemin qui mène de là à Oberwesel est dominé par des masses imposantes de rochers , sur l'un desquels est gravé en grosses lettres ce mot : Germanias-Euh (repos de la Germanie) : j'ignore à quelle occasion cette inscription a été placée là. Au milieu du fleuve , on aperçoit sept rochers dont les croupes dépassent le niveau du Rhin : ce sont les sept Demoiselles , une métamorphose toute mythologique , digne d'Ovide , au milieu du christianisme , en plein moyen âge : voici l'histoire. Un comte de Schœnberg , château que vous apercevez au-dessus d'Oberwesel, avait sept filles, toutes d'une beauté parfaite , mais d'une coquetterie encore plus remarquable que leur beauté; leur principal bonheur était d'enflammer d'amour quelque jeune chevalier, de lui donner des espérances , et tout à coup de reconduire en se moquant de lui. Un beau jour cependant, il y eut insurrection générale parmi les prétendants, et la clameur fut telle, que les demoiselles furent contraintes de promettre qu'à un jour déterminé elles feraient un choix parmi les infortunés qui depuis si longtemps languissaient d'amour pour elles. Au jour fixé , les chevaliers les plus accomplis des environs étaient devant la porte du château, attendant, dans de mortelles angoisses, qu'elle s'ouvrît, et que la voix de leurs bien-aimées vînt enfin prononcer leur sentence. L'heure se .passe; ils attendent toujours, quand on les avertit que les sept jeunes filles viennent de monter sur une barque et qu'elles se promènent sur le Rhin, Furieux, tous se précipitent vers le bord du fleuve pour leur reprocher leur per-

DE GOBLENTZ A MAYENGE.

fidie; les demoiselles les accueillent par des éclats de rire et d'ironiques adieux.... Mais la mesure du crime était comble, comme on dit à TÂmbigu-Comique; tant de perversité devait trouver enfin son châtiment. Un 'tourbillon s'élève au milieu du fleuve, enveloppe la barque, Tengloutit; et quand Teau se fut calmée, on vit apparaître à sa surface sept roches, dures comme l'avait été le cœur de ces cruelles ; elles restent comme un avertissement moral adressé aux beautés qui se

Lurley.

rendent aux eaux de Hombourg ou de Bade avec l'intention d'y faire des victimes : il est vrai qu'en ces lieux de plaisir les vraies victimes ne sont pas toujours celles qui ont eu à se plaindre de la férocité des Lorelys que l'été y ramène régulièrement.

S'il fallait faire un choix entre tant d'admirables sites que présentent les bords du Rhin, nous nous prononcerions pieu t-être pour celui que l'on découvre en arrivant à Oberwesel:

à droite, la vieille ville avec ses tours noircies, et au-dessus le château deSchœnberg; au milieu le Rhin dominé par des escarpements où s*étagent les vignes; Caub sur la gauche, et, au milieu du fleuve, le iPfalz, château charmant, isolé sur un rocher. Rien de plus varié, rien de plus attrayant.

Oberwesel , vieille ville , éprouvée par les guerres , n'est plus qu*une réunion de rues pittoresques où les masures curieuses abondent. Ce qui prouve combien elle est déchue de sa puissance, c'est que plusieurs des tours qui faisaient jadis partie des fortifications se trouvent maintenant isolées en dehors des maisons; la ville elle-même, coupée de jardins et de places vides, est peu animée. Mais ses environs admirables en ont fait le rendez-vous des peintres allemands; ils y viennent comme ceux de Paris vont à Barbison étudier les merveilles de la forêt de Fontainebleau. L'un d'eux , Schrœdter, a laissé, comme souvenir de son passage, une enseigne destinée à décorer l'auberge du Tire-Bouchon iTor (zum goldenen Pfropfenzieher), Mais le maître de l'auberge n'a pas cru devoir exposer ce tableau aux injures du temps ; il Ta fait encadrer et placer dans sa salle k manger. Cette enseigne représente un énorme tire-bquchon , et de chaque côté un soudard en costume moyen âge» appuyé sur une épée à deux mains, et gardant d'un air farouche le précieux tire-bouchon.

Nous ne pouvons nous abstenir ici de mentionner une facétie classique que les étudiants allemands en voyage se permettent régulièrement en passant devant Oberwesel. « Quel est le bourgmestre d'Oberwesel, » crient-ils à l'écho? Et l'écho, repétant les deux dernières syllabes, répond.: « Esel (un âne). »

Oberwesel existait au temps des Romains, qui lui donnèrent le nom de Vesalia. Au moyen âge, ville impériale ou sujette de l'archevêque de Trêves , elle fut souvent dévastée par la guerre , et son dernier désastre , le plus grave , est notre

ouvrage: les Français rincendièrent sous Louis %l\, en i 689. Obemv^esel possède deux églises situées aux deux extrémités de la ville : Tune , au pied du Schœnberg , Tégltse I^otre^Dame, est admirable k-Fintérieur; la magnificence de son jubé, la beauté des sculptures en bois du maître autel, ses tombeaux enfin, méritent l'attention de l'archéologue. On y voit d'anciens tableaux représentant la légende des

Oberwesel,

onze mille Vierges et le Jugement dernier : on les attribue à Pierre Lutern, chanoine de l'église; ils seraient de 1504. Cette église est du xiv* siècle. A côté de cette église , isolée en dehors des maisons , se trouve , sur les bords du Rhin , une vieille porte, qui faisait jadis partie des fortifications.

L'autre, sUuée à l'extrémité nord de la ville, Saint-Mar-^ tin , contient une Descente de croix de Diepenbeck, élève de Rubens. De ce côté de la ville (à l'entrée, en venant de Sainte

Goar) s'élève la tour des Bœufs, Ochsenthurm; elle était jadis surmontée d'un toit pointu, qu'on voit encore dans de vieilles gravures. Enfin une chapelle dédiée à Saint- Werner, adossée au rempart du côté dii Rhin, semble le débris d'une ancienne église. Un chemin de ronde passe sous cette chapelle, qui se trouve ainsi en partie suspendue en Uair.

Le château de Schomberg^ qui domine la ville , est le berceau de la puissante famille de ce nom. C'est là que naquit , en 1615, Frédéric de Schœnberg, devenu en France le maréchal de Schomberg. On sait avec quel dévouement il servit son pays d'adoption tant que Louis XIV respecta la liberté de conscience de ses sujets; Schomberg était protestant, comme Turenne ; mais il ne se convertit pas comme lui , et resta, comme le marin Buquesne , fidèle à sa religion persécutée. Après avoir pris une grande part à la victoire des Dunes, gagné la bataille de Villaviciosa, reçu le bâton de maréchal de France, il quitta tout, lors de la révocation de l'édit de Nantes, pour se retirer à Berlin , près de l'électeur de Brandebourg, qui le combla d'honneurs. Mais, malgré son grand âge , Schomberg marcha oîi semblait l'appeler l'intérêt de la cause protestante, en Angleterre , où le prince d'Orange luttait contre Jacques II. Il périt à la bataille de la Boyne, âgé de soixante-quinze ans. Son corps est à Londres, dans l'abbaye de Westminster.

La petite ville de Cauh , au-dessus de laquelle s'élève le château de Gulenfels , paraît sur la rive droite. Les débris d'ardoises qui noircissent le port révèlent la principale industrie de celte ville; Gaub fournit d'ardoises une partie des bords du Rhin. Vis-à-vis, au milieu du fleuve, se trouve un admirable petit château, d'une forme bizarre, le Pfalz. C'était là que se rendaient les comtesses palatines pour y faire leurs couches. Voici quelle était, dit-on, l'origine de cet usage. Sous le règne de l'empereur Frédéric I", le comte palatin s'aperçut que le jeune Henri de Brunswick était bienvenu de sa

fille Agnès, auquel le père destinait un autre parti. Il crut bien faire en renfermant avec sa mère dans son château de Pfalz i situé au milieu du Rhin : mais Henri y pénétra , dé-

Le Pfalz.

guisë en pèlerin , et épousa secrètement la jeune fille avec l'assentiment de la mère. Au bout de quelques mois, il fallut bien que le père s'aperçût des trop visibles effets de cette

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union. Le premier moment de colère une fois passe, il se calma, et décida qu*Agnès ferait ses couches dans ce château, et après elle toutes les comtesses palatines en souvenir de cet événement. C'était un singulier homme que ce comte palatin , et Von ne s'explique par trop bien cette fantaisie. Ce qui se comprend mieux, c'est qu'ainsi averti que son château n'était pas absolument inaccessible, il en augmenta les fortifications extérieures, qui le rendirent tout à fait inabordable. A l'intérieur du château se trouve un puits profond qui ne communique point avec le fleuve.

C'est en cet endroit que, pendant la nuit du i" janvier 1814 , le premier corps d'armée prussienne traversa le Rhin presque sans combat. Une petite maison qui servait de corps de garde à la douane était seule éclairée sur la rive gauche. Les Prussiens, étonnés du silence qui régnait de l'autre côté du fleuve, craignaient une embuscade, et s'avancèrent avec précaution. Pendant qu'on jetait le pont de bateaux, deux cents soldats prussiens passèrent dans des barques; il était deux heures et demie. Rien ne remuait sur la rive gauche, et tout se fût terminé sans coup férir, si les soldats, auxquels on avait recommandé un silence absolu, avaient pu s'empêcher, en sautant à terre, de pousser un joyeux hourra qui réveilla les douaniers. Ceux-ci firent feu sur les arrivants ; ces coups de fusil attirèrent d'Oberwesel et de Bacharach quelques détachements français qui furent bientôt obligés de se replier. Voilà comment s'inaugura pour nous cette année 1814, qui devait être si fatale à la France. •

Bacharach (rive gauche). — Cette petite ville, très-ancienne, tient son nom d'un autel de Bacchus, ara Bacchiy qui se trouve dans le Rhin , au-dessous du niveau de l'eau , et qui n'est découvert que dans les grandes sécheresses. L'apparition de cet autel est un signe de bonne vendange. Les inscriptions qu'on y entrevoit ont été dégradées par le temps et les eaux et sont devenues indéchiffrables. La ville, composée

DE GOBLENTZ A MAYENCE.

surtout d'une rue lorgue et étroite, était, au moyen âge, célèbre par ses vins ; le pape Pie II {^neas Sylvius Piccolomini) faisait venir un tonneau de vin de Bacharach à Rome tous les ans , et l'empereur détrôné Wenceslas dispensa la ville de Nuremberg de toute redevance envers lui , en échange de quatre tonnes de vin de Bacharach, qui devaient le consoler d'avoir perdu la pourpre impériale. Dans la prin-

Bacharach.

cipale rue se trouve l'église de Saint-Pierre, dont le chœur a été bâti au xii« siècle. On y voit un portail d'un aspect original, rouge avec des colonnetles noires superposées. En suivant la rue qui est à droite de l'église, on gravit une hauteur où se trouvent les ruines de l'abbaye de Saint- Werner : il n'en . reste que le chœur en grès rouge. La toiture en est enlevée ; les fenêtres en ogive sont d'une légèreté et d'une élégance remarquables. Un peu plus bas (en descendant vers la ville)

se trouvent des tombeaux et monuments votifs avec des sculptures curieuses. Ces monuments, ainsi que les vieilles masures dont se compose en partie cette ville , ses devantures ardoisées, ses tours k demi ruinées, ses murailles dont le Rhin baigne le pied au sud de la ville y donnent à Bacharach un aspect original.

Le château de Stahleck, situé sur la hauteur qui domine la ville, est le berceau des comtes palatins. Hermann de Stahleck , qui vivait au xii« siècle, seigneur sage et vaillant, soutenait une guerre furieuse contre TarchevéquedeMayence, lorsque le chapelain du château, gagné par Tarchevéque, fit assassiner le comte. La veuve d'Hermann poignarde de sa main le chapelain , et se précipite du haut des tours du château. Enfin le peuple de Mayence, depuis longtemps victime des exactions et des cruautés de son archevêque, se révolte et le tue. Il y a, comme on le voit, peu de drames qui réunissent autant de meurtres, et dont tous les acteurs finissent aussi tragiquement. Le château de Stahleck fut pris et repris huit fois pendant la guerre de trente ans, et les Français le ruinèrent lors de Tincendie du Palatinat, sous Louis XIV. Ce château était relié à la ville par une enceinte fortifiée qui descendait des deux côtés vers le Rhin, et dont une partie subsiste encore.

Sur la même rive que le Stahleck se trouve à une demi-lieue environ le château de Fursienbergy bourg jadis puissant, qui exerçait un droit de péage sur ceux qui passaient près de là. On raconte qu'au xiii« siècle l'empereur Adolphe de Nassau, revenant de se faire couronnera Aix-la-Chapelle, fut arrêté au pied du château et contraint d'acquitter ce droit. Prise par les Suédois pendant la guerre de trente ans , cette forteresse fut ruinée par les Français en 1689. Elle appartient aujourd'hui au prince Frédéric des Pays-Bas.

Sur l'autre rive apparaît la petite ville de Lorch^ jadis assez importante, et possédant une belle église du xii* siècle ,

DE GOBLENTZ À MAYENCE. 401

à la nef élancée , où se trouvent de remarquables sculptures en bois. Au-dessus de Lorch s'élèvent les ruines du château de Nollingen. Le rocher sur lequel il est posé, et qui domine la vallée de la Wisper, présente une sorte d'escalier formé de roches échelonnées, qu'on appelle l'escalier du Diable. La tradition rapporte qu'au moyen âge un chevalier grimpa à cette terrible échelle pour obtenir la main de celle qu'il aimait.

De l'autre côté du fleuve se montrent, au-dessus de Nieder-Heimbach , petit village aux maisons badigeonnées en rose *, ou couleur vert-pomme, deux ruines , le Heimhurg et le Sonneck^ ce dernier détruit par Rodçlphe de Hapsbourg, qui en fit pendre les habitants, nobles de naissance et brigands de leur métier.

Nous savons que notre rôle très-modeste consiste uniquement à donner au voyageur les indications qui peuvent lui être utiles ; nous nous sommes abstenu jusqu'ici, autant que possible , de lui soumettre nos observations personnelles. Il est cependant une réflexion que nous ne pouvons nous empêcher d'exprimer ici. La manie de reconstruire les vieux châteaux du Rhin gagne de proche en proche , et devient une véritable contagion ; voici qu'on rebâtit la ruine du Sonneck : les maçons y sont en ce moment (juillet 1854). Si cette rage de restauration continue , il n'y aura plus bientôt sur le Rhin de ces vieilles ruines, si pittoresques pour les yeux, si dramatiques par les souvenirs qu'elles rappellent. Je ne sais si les propriétaires de ces châteaux reconstruits et fraichs" ment décorés prennent grand plaisir à jouer au seigneur féodal, à lever la herse et à sonner du cor; mais je sais que l'imagination du simple passant y perd , et je me demande quel intérêt peuvent présenter ces burgs tout neufs, dont toute la valeur est tout au plus celle d'un décor d'opéra, qui n'ont pour eux ni la beauté des ruines noircies par le temps et entremêlées de verdure , ni le mérite d'avoir duré,

i02 ITINÉRAIRE DES BORDS DU RHIN.

d'avoir vu passer les génëratiojas disparues, d'avoir assisté à de sanglantes tragédies. Car la poésie des vieux manoirs se compose surtout de scènes atroces qu'ils ne reverront probablement pas à l'avenir. Dans ces châteaux restaurés , il n'y a ni oubliettes ni instruments de torture; ces murs ne seront plus ni rougis du sang des juifs ou des vilains, ni noircis par l'incendie vengeur allumé par des mains impériales; jamais un Frédéric Barberousse ou un Rodolphe de Hapsbourg ne seront obligés d'escalader ces murailles pour y étouffer dans les flammes les burgraves inoffensifs qui les habitent aujourd'hui. Il y a vingt ans , un grand poète protestait contre le vandalisme qui faisait disparaître les vieux monuments , et poussait ce cri d'alarme , qui heureusement a trouvé de l'écho : Guerre aux démolisseurs! On ne démolit plus aujourd'hui, on reconstruit; c'est quelquefois une autre manière de détruire : car c'est supprimer également tout ce qui fait le charme des vieilles ruines, la poésie du passé et la séduction des souvenirs.

Un peu plus loin s'étendent les ruines du Falkenburg, dont les habitants eurent le même sort que leurs voisins du Sonneck; ce fut encore Rodolphe de Hapsbourg qui se chargea de cette exécution. Le château fut reconstruit au xiv* siècle.

On aperçoit ici sur le rivage un petit édifice , la chapelle de saint Clément. Elle est fort ancienne, mais on n'en connaît pas bien l'origine.

Enfin, sur un rocher qui domine la chaussée, s'élève le château de Rheinstein, bâti de 1825 à 1830 par le prince Frédéric de Prusse sur les ruines d'un ancien château admirablement placé pour rançonner les voyageurs , et qui usait des avantages de sa position. On y percevait un droit sur les juifs qui passaient; de petits chiens, dressés à ce métier, reconnaissaient, dit-on, au flair, au milieu des autres voyageurs, les enfants d'Israël, et signalaient à leur maître ce gibier lucratif. Le château actuel possède une riche collec-

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tion d*armures et d'antiquités. Plus loin , sur un coteau élevé et couvert de vignes, se voit un chalet suisse, qui fait partie du même domaine. «

Yis-à-vis du Rheinstein, on aperçoit sur le rivage le village d^Asmannhausen, renommé pour ses vins rouges.

Près de là, Teau du Rhin bouillonne et semble former une sorte de barrage semblable à celui dés embouchures de fleuves à l'heure de la marée montante : c'est le passage appelé Binger-Loch (trou de Bingen). Nous sommes à l'embouchure de la Nahe, devant Bingen, et, chose assez triste, à la fin de toutes ces merveilles que la nature a accumulées sur les bords du Rhin depuis Bonn : de Bingen à Bâle, les rives sont plus ou moins plates, toujours verdoyantes et couvertes de riches prairies; mais ce n'est plus celte nature sauvage et tourmentée chérie de l'artiste et du poëte. Le Rhin, encaissé jusque-là, s'élargit en une vaste plaine d'eau, sur laquelle sont placés des bateaux portant des moulins et ornés de marionnettes. Arrêtons-nous à Bingen, non sans avoir salué en passant la tour des Rats, Mausethurm , à laquelle se rattache une légende curieuse.

Hatto, archevêque de Mayence, l'avait fait construire. C'était un homme avare , impitoyable , accablant d'impôts ses sujets : dans une disette, il avait accaparé tous les blés , et les vendait à des prix si élevés que bien peu purent s'en procurer. Une émeute s'ensuivit ; Hatto fit enfermer dans une grange ceux dont les clameurs l'importunaient; par son ordre, on mit le feu au bâtiment. Ce fut un spectacle horrible, et pendant que les complices d'Hatto frémissaient eux-mêmes en entendant les hurlements des malheureux dévorés par l'incendie : « Entendez-vous crier ces rats? » disait Hatto en riant. Le lendemain, des cendres de la grange sortaient des milliers de rats , qui tous , s'acharnant sur l'archevêque, le poursuivirent dans ses appartements , grimpant sur son corps , le mordant au vi-

sage malgré ses efforts et ses cris désespérés. Hors de lui, ii se jette dans une barque et va se réfugier dans sa tour, vis-à-vi%de Bingen. Mais Tarmée des rats, qui l'avait suivi le long du rivage, se jette à la nage, aborde à la tour, en ronge les portes qui lui livrent passage, et dévore l'archevêque.

L'édifice où se passa l'événement raconté par la légende est une tour carrée d'un aspect assez insignifiant, et qu'on remarquerait à peine sans la légende qui lui donne quelque intérêt.

Bingen est une ville d'origine romaine, dont l'aspect n'a rien d'antique aujourd'hui. Un pont sur la Nahe, une source située dans ce voisinage , portent le nom de Drusus , et rappellent que les légions romaines ont campé en cet endroit. Bingen appartient aujourd'hui à la Hesse; de l'autre côté de la Nahe commence la Prusse rhénane. L'église, restaurée ou du moins badigeonnée dans ces dernières années , possède des fonts baptismaux qui semblent dater du temps des Carlovingiens. Au-dessus de la ville se trouvent les ruines de. la forteresse qui la protégeait, le château de Klopp. Il n'en reste qu'une tour et une partie de l'enceinte. Ces ruines appartiennent aujourd'hui à un seigneur russe.

Sur une hauteur qui frappe surtout les regards quand on a dépassé Bingen en se dirigeant vers Mayence, et qui semble s'avancer comme un cap sur la plaine et sur le Rhin, se trouve une petite église consacrée à saint Roch. Chaque année, le dimanche qui suit la Saint-Roch (i6 août) y réunit des milliers de fidèles. Du sommet de cette montagne, située à 420 mètres au-dessus du Rhin, on découvre une grande étendue de pays.

On peut, de Bingen, faire une excursion charmante dans la vallée de la Nahe, jusqu'à Creutznachj ville célèbre par ses eaux et plus encore par la beauté des sites qui l'entourent. Les eaux salines de Creutznach sont surtout employées dans les maladies scrofuleuses.

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De l'autre côlé du Rhin, vis-à-vis de Bingen, s'élèvent les restes de VEhrenfels, ruines délabrées d*un édifice bâti au XIII' siècle, et que possédaient les ar.chevéques de Mayence.

De liliifeii k niayeiiee.

Le trajet de Bingen à Mayence par le bateau à vapeur ne dure environ que trois heures, mais il parait singulièrement long : on passe devant des vignobles fort renommés sans doute, mais qui réjouissent médiocrement la vue, surtout après ces spectacles si émouvants et si variés que le Rhin présente depuis Coblentz. Quelques îles verdoyantes, des bancs de sable où jouent et piaillent des multitudes d'oiseaux aquatiques , au milieu desquels quelque héron se tient immobile et grave, comme il convient à un animal monté sur de si longues pattes, voilà le' spectacle assez • monotone que nous offre en général le fleuve à partir de Bingen.

Il y a bien une route de terre , très-peu suivie , il est vrai ; comme pourtant il ne serait pas impossible que quelques-uns de nos lecteurs jugeassent à propos de la prendre, nous devons en dire quelques mots.

Cette route , qui passe à une assez grande distance du fleuve, traverse un pays fertile. Elle a été achevée sous Napoléon , ainsi que le témoigne une inscription placée sur \{n obélisque , à peu près à mi-chemin de Bingen et de Mayence, et qui lui donne le nom de route de Charlemagne.^ C'est à la place où s'élève cet obélisque, à Niedep-Ingelheim , que Charlemagne eut une de ses plus fameuses résidences. Ingelheim est le nom que lui donna l'empereur, en souvenir d'une apparition qu'il avait eue en cet endroit. Une nuit qu'il dormait tranquillement, un ange parut devant lui et lui dit : « Charles , lève-toi ; il faut qu'à cette heure tu sortes , et que tu ailles commettre un vol nécessaire au salut de ton em-

pire. » Charles se réveilla, réfléchit un instant au rêve qu'il venait de faire; puis, n'y attachant guère d'importance, il se rendormit. L'ange reparut deux fois encore , et deux fois , d'une voix impérieuse, lui réitéra Tordre d'en haut. L'empereur se leva assez embarrassé de ce qu'il avait à faire , peu satisfait du métier auquel l'ange le condamnait pour cette nuit; néanmoins il prit ses armes, et sortît.

Il rencontra d'abord un cavalier auquel la légende donne le nom d'Elbégast : c'était un de ces chevaliers insoumis que la justice de l'empereur avait contraints à vivre dans les forêts. Provoqué par lui , Gharlemagne le terrasse, et le relevant sans se faire connaître de lui : « Je vous laisse la vie y lui dit-il , mais à une condition , c'est que vous m'aiderez cette nuit à commettre un vol. — Bien volontiers, lui dit l'autre; c'est yn peu mon métier; mais je vous avertis que je ne vole point les honnêtes gens ; je ne vole que ceux qui ont amassé leurs biens injustement; c'est vous dire, d'ailleurs , que je ne manque point de besogne. — C'est ainsi que je l'entends, dit Gharlemagne; ne connaîtriez-vous point quelque coquin qu'on pût voler sans scrupule et sur l'heure? — Nous sommes justement près de la demeure d'un homme q^ui a passé sa vie à dépouiller les gens de bien, le comte Eggerich; voulez-vous venir chez luit — Allons, » dit l'empereur. Arrivés près du château d'Ëgger^^h , Gharlemagne et son compagnon y pénétrèrent par une petite porte , que ce dernier connaissait ; ils furent bientôt dans la chambre du comte. Celui-ci, qui dormait auprès de sa femme, se réveilla; mais Gharlemagne et Elbégast avaient eu le temps de se cacher derrière le lit , et de là ils entendirent la conversation suivante : « C'est donc pour demain? dit la comtesse à son mari. — Oui , c'est demain qu'il meurt , ce Charles qui nous a ravi nos droits et nos franchises. Il doit chasser par ici ; nous le guetterons et nous le tuerons. — Mais vos compagnons vous seront-ils fidèles? — Ils s'y

sont engagés par écrit; le contrat est là, dans une cassette, au pied du lit. » Après quelques propos de ce genre , le comte et sa femme se rendormirent. Charlemagne et Ëlbégast prirent la cassette, et, sans faire de bruit, sortirent par où iU étaient venus.

Le jour venu, Charlemagne convoqua son conseil; par son ordre, douze potences étaient dressées devant le palais : c'était le nombre des conjurés. L'ordre avait déjà été donné de les saisir. Ils furent amenés devant Tempereur : ils ne purent nier leur crime; tous périrent de la main du bourreau. Ëlbégast, qui avait aidé Charlemagne à accomplir l'ordre de l'ange , fut richement récompensé, et l'empereur donna le nom d'Engelheim (maison de l'ange) au château où le messager céleste lui était apparu.

Voilà tout ce que la route de terre , de Bingen à Mayence , nous fournit d'un peu intéressant : nous reprenons le bateau à vapeur à Bingen.

Les vignobles devant lesquels nous allons passer rappelleront au voyageur les noms fameux des vins qu'il a vus figurer en tête des cartes des restaurants.

Voici d'abord .(rive droite) Rûdesheim, avec ses coteaux en amphithéâtre , son vieux château de Brœmserburg , ses ruines noirâtres entremêlées de feuillage; puis Geisenheim^ petite ville auprès de laquelle s'élève le llothenherg (mont rouge), déjà célèbre par ses vins au temps de la dynastie carlovingienne. La belle église de Geisenheim, édifice du xvi« siècle restauré récemment, élève dans les airs ses deux clochers dentelés, couleur rouge. Enfin , sur un coteau isolé, se montre un château que l'on découvre de loin ; les flancs du coteau sont tapissés de vignes : c'est le Jokannisberg !

C'était jadis une abbaye, remplacée au commencement du xvni' siècle par le château qu'on y voit aujourd'hui. Napoléon en fit cadeau en 1805 au maréchal Kellermann : en 1815, l'empereur d'Autriche en déposséda le maréchal,

envers lequel il n'avait aucune raison de se montrer généreux; on se rappelle que c'est la brillante charge. exécutée par Kellermann k Marengo qui décida le gain de la bataille. L'empereur d'Autriche donna le château au prince de Metternich , qui le possède actuellement.

En comparant l'étendue médiocre de ce coteau au grand nombre de bouteilles de prétendu Johannisherg qui se boivent annuellement dans toute l'Europe , il est impossible de se défehdre d'une sorte de scepticisme douloureux; peu de gens , parmi ceux qui se vantent d'avoir bu du vrai Johannisherg, peuvent se croire sûrs d'avoir eu une fois en leur vie ce rare avantage. Le vignoble occupe une étendue de soixante-trois arpents ; le prince de Mettemich donne, diton, un dixième du produit à- l'empereur son maître : le reste est destiné aux tables les plus somptueuses; et ce vin^ dont jadis les chanoines de Fulda s'étaient réservé l'usage exclusif, est devenu aujourd'hui le vin des souverains. On évalue à 70 000 florins le revenu annuel de ce vignoble.

La qualité du vin tient k ce que les vendanges se font fort tard. On raconte que c'est au hasard que l'on dut de découvrir les avantages de cette tardive récolte. Au temps où ce coteau appartenait k l'abbé de Fulda , on ne pouvait vendanger sans qu'il en eût donné la permission ; une année, il oublia de la donner k l'époque ordinaire, et l'ordre n'arriva que quand les raisins étaient déjk presque pourris. La vendange se fit cependant , et l'on s'aperçut avec étonnement de la qualité supérieure que ce retard involontaire avait donné au vin. Depuis ce temps , on a pris l'habitude de récolter très-tard ce raisin ; on trie même les grappes , et ce sont toujours les plus avancées qui produisent le meilleur vin. ^

N'oublions pas de dire que toutes ces vignes si renommées proviennent , selon la tradition , des ceps de Bourgogne que Charlemagne fit planter sur les hauteurs de Rudesheim,

ayant remarqué que la neige y fondait plus vite qu'en aucun lieu du Rheingau. On voit que notre amour-propre national a quelque chose à réclamer dans la renommée de tous ces crus fameux.

A l'extrémité d'une grande île, se trouve Erbach, trèsancienne ville, près de laquelle s'étendent les vignobles du Markebrunner y dont le vin très-chaud est des plus estimés; — sur la même rive, Eltville, avec son pittoresque donjon, flanqué de tourelles, son antique église, et ses vignobles qui descendent jusqu'au Rhin ; et enfin Biberichy résidence d'été du grand-duc de Nassau.

C'est à Biberich que débarquent d'ordinaire les voyageurs qui se rendent à Wiesbade.

Bientôt apparaît Mayence et son immense pont de bateaux.

Cathédrale de Mayence.

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