‹ Les bords du RhinChapitre 8 sur 30 · MAYENCE · texte numérisé non relu

MAYENCE

Mayence , le Moguntiacum des Romains , doit son origine à Drusus, beau-fils d'Auguste, qui y établit un camp retranché, sur remplacement où se trouve maintenant laci-

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tadelle. Il y mourut , et ses légions lui élevèrent dans leur camp un monument colossal, dont les restes subsistent encore aujourd'hui. Mayence fut, au moyen âge, une d«s plus puissantes villes du Rhin ; mais , si l'on excepte la cathédrale et l'église Saint-Étienne , c'est une ville toute moderne, commerçante, moins animée que Cologne, sans présenter le même intérêt aux amateurs d'antiquités.

Les désastres que Mayence eut à subir ont contribué à son rajeunissement : Custine s'en empara en 1792, et, l'année suivante , les Prussiens l'assiégèrent. Gœthe , qui assistait au siège, nous en a conservé le récit, écrit jour par jour. Nous extrayons de ce journal le tableau émouvant que Goethe nous a laissé de la sortie des troupes françaises , après la capitulation : « Derrière la cavalerie prussienne s'avançait la garnison française. Rien n'était plus étrange que la façon dont s'annonçait ce défilé : c'était d'abord une colonne de Marseillais , petits , noirs ^ bariolés , déguenillés , semblables à une armée de nains , que le roi Edwin aurait laissés s'échapper du flanc de la montagne. Ensuite venaient les troupes régulières, dont la physionomie sévère et sombre n'annonçait ni l'abattement ni la honte. Mais ce qui nous frappa le plus , ce fut le défilé des chasseurs à cheval : ils gardèrent le plus profond silence jusqu'à ce qu'ils fussent en face de nous * ; alors leur musique entonna la Marseillaise. Ce Te Deum révolutionnaire a toujours quelque chose de sombre et de solennel , lors même qu'il est chanté avec moins d'âme. Mais cette fois ils prirent la mesure très-lentement , la réglant sur le pas de leurs chevaux. C'était un spectacle saisissant et terrible , un coup d'oeil vraiment imposant , que de voir s'avancer ces cavaliers , grands et amaigris, dont la physionomie était grave comme le chant lui-même. Pris sé-

h . Gœlhe était à une fenêtre d'une maison devant laquelle passaient les Iroapes françaises.

parement, on eût pu leur trouver quelque chose de la figure de Don Quichotte : en masse, ils inspiraient le respect le plus profond.

« Il y eut encore un groupe dont l'attitude nous frappa. C'étaient les commissaires français. Merlin de Thionville , en uniforme de hussard , se faisait remarquer par sa barbe et son air farouche : à sa gauche était un personnage de même aspect. Quand il parut, le peuple cria avec rage à bas le Jacobin^ et paraissait disposé à se jeter sur lui. Merlin de Thionville arrêta son cheval , rappela sa dignité de représentant du peuple français, leur dit qu'un outrage à sa personne ne resterait pas impuni : il leur conseilla de se calmer, « vu que nous aurons l'occasion de nous revoir , » ajouta- t-il. La foule se tut aussitôt, et le défilé continua paisiblement. »

Hayence fut bientôt repris par les Français, et devint, en 1797, le chef-lieu du département du Mont-Tonnerre.

C'est aujourd'hui une des villes de la Hesse, une des pla^ ces fortes de la. Confédération germanique; sa garnison se compose d'Autrichiens , de Prussiens et de Hessois.

La cathédrale est en grapde partie entourée de maisons qui ne permettent guère d'en saisir l'ensemble. Commencée au X* siècle, elle a été bien des fois incendiée et restaurée : le bombardement de la ville par les Prussiens en 179? y causa de grands dégâts, eten 18i3, après la bataille de Leipsick, 6000 Français, qui y furent logés, la dévastèrent à l'intérieur. Elle a depuis été complètement restaurée. C'est un édifice singulier ; chaque siècle , depuis le i*, a contribué à sa construction. En la considérant à l'extérieur, à mesure que le regard monte, on peut remarquer ses diSëren tes époques d'architecture , roman, ogive, renaissance, pompadour. Cette église n'a pas de façade. Elle se compose de deux absides romanes se faisant face, et ayant chacune leur transept. On dirait, selon l'exacte et expressive dé-

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finition de Victor Hugo, deux églises soudées Tune à l'autre par leur façade. L'intérieur est d'un aspect qui surprend : les deux autels se faisant face , ces murailles blanchies auxquelles sont appliqués des monuments noircis, des pierres tumulaires, des sculptures curieuses, tout cela compose un ensemble d'un effet original. Les mo' numents qui se trouvent dans la galerie du nord sont à la fois plus nombreux et plus complets; ce sont des tombeaux d'archevêques pour la plupart. Quelques-uns sont d'assez mauvais goût. On remarquera , dans une des chapelles latérales, une sculpture représentant le Christ en croix, et au-dessous, le Christ au tombeau. Une table de pierre, qui recouvrait le tombeau de l'impératrice Fastrade, femme de Charlemagne, enterrée dans l'église de Saint- Alban, fut, après la destruction de cette église au x« siècle, apportée dans la cathédrale et scellée au mur.

Un cloître est joint à la cathédrale : il contient également un grand nombre de monuments , parmi lesquels on distingue celui du ménestrel Henri de Meissen, auquel ses poésies, consacrées k célébrer les vertus des dames, ont valu le surnom de Frauenloh (panégyriste des femmes). Il mourut au XIV* siècle.

Sur la place du Marché, voisine de la cathédrale, se trouve une jolie fontaine de la Renaissance (4526). De cette place, en suivant la large rue qui la traverse, on arrive à la place du Tliéâtre, où s'élève la statue de Gutenberg, œuvre de Thorwaldsen. Le costume que lui a prêté le sculpteur dessine parfaitement les formes, mais semble bizarre. L'attitude est simple; la tête est belle, mais elle a moins d'expression que celle du monument de Gutenberg à Strasbourg. Un bas-relief représente Gutenberg donnant ses instructions à un ouvrier ; un autre le montre au travail , revoyant des épreuves. Gutenberg est né à Mayence vers l'an 4400. Sur la face antérieure se lit une inscription latine dont

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voici la traduction : « A Jean Gansfleich de Gutenberg, patricien de Mayence, ses concitoyens ont élevé cette statue, avec les souscriptions recueillies dans toute l'Europe. 1837. »

En suivant toujours la même rue , on arrive au Marché aux bestiaux (Thiermarkt), grande place plantée de tilleuls, où se trouvent de vastes édifices , Thôtel du gouverneur, et des casernes* En tournant à gauche , on monte vers l'église de Saint-É tienne 9 placée sur un des points les plus élevés de la ville, et entourée de verdure. C'est un bel édifice du XIV* siècle. Du haut de sa haute tour octogone , la vue s'étend sur Mayence et sur les environs à une grande distance. Dans l'intérieur , on voit quelques tableaux assez remarquables de l'ancienne école allemande.

Un cloître tient à l'église : il se compose de quatre galeries gothiques, dallées de pierres tumulaires, qu'ornent des figures en relief, usées sous les pieds des passants. Une porte , dans le goût Louis XV, ramène dans la rue, derrière l'église.

A l'extrémité opposée de la ville, près du Rhin , se trouve l'ancien château électoral, construit au xvii* siècle. Il sert tout à la fois d*entrepôtet de musée. Le musée contient quelques tableaux des grands maîtres , une riche collection de médailles et d'antiquités romaines. La bibliothèque de la ville , qui est située dans le même local , possède des livres imprimés par Gutenberg, de 1459 à 1465L

On remarquera, çà et là , dans la ville , quelques maisons curieuses du xvi* siècle , ornées de figures , et qui rappellent les constructions flamandes de la même époque.

Mayence est relié à l'autre rive par un pont de bateaux auquel sont attachés dix-sept moulins coloriés en vert, en jaune, en bleu , en noir. Gastel ( Drusi Castellum ), situé sur la rive droite , est le point de départ de deux diemins de fer, l'un menant à Wiesbade, l'autre à Francfort.

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iviesbade.

Celte jolie ville, capitale du duché de Nassau, est bâtie au. milieu des montagnes du Taunus , dans une situation délicieuse. Ses eaux thermales, déjà connues au temps des Romains , y attirent chaque année un grand nombre d'étrangers. Sur le Heidenberg (montagne des païens), situé près de la ville, on a découvert des antiquités romaines ; de fortes murailles, les ruines d'un château qu'on dit avoir appartenu à Néron , enfin des restes de bains romains, attestent que , sous les Césars , les conquérants avaient en ce lieu un établissement important. Des médailles , des urnes , des armes , qu'on y a trouvées en grand nombre , sont conservées au musée de la ville; ce musée se trouve dans la palais ducal.

Tyiesbade, comme tous ces bains célèbres oh l'on va sous prétexte de rétablir sa santé, offre toutes sortes de plaisirs , dont le jeu peut-être est le plus séduisant. On évalue à près de 300000 florins l'argent que perd annuellement le public à Wiesbade. C'est au Kursaal , le rendez-vous des étrangers , que se fait cette exécution. On aura beau répéter d'ailleurs aux joueurs que leurs chances de perte sont beaucoup plus grandes que leurs chances de gain, calculer même que, comme à Bade, sur dix joueurs il y en a à peine un qui gagne; cette morale, quoique fondée sur l'arithmétique, n'empêchera aucun joueur de succomber à la tentation. Aussi les salles de jeu sont-elles, ici comme à Bade, toujours remplies d'une foule affairée , observant avec anxiété les caprices de la fortune. Wiesbade présente d'ailleurs d'autres séductions plus raisonnables ; ses environs sont charmants , et les montagnes du Taunus fourniront à plus d'une excursion pittoresque. Mais ces excursions ne sont le plus souvent qu'un prétexte que l'on se donne pour s'excuser de sacrifier à la mode ou de céder à l'appât du jeu , en s'installant dans une de ces

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belles et bruyantes villes de bains , et ce n'est pas à Wiesbade que Ton va d'ordinaire , quand on aime sincèrement la nature. Wiesbade est un salon , un théâtre, une salle de jeu. Si beaux que soient ses environs, c'est encore là, de toutes les séductions de cette charmante ville, la moins réelle et la moins sérieuse.

Toute la contrée voisine ,. aujourd'hui si paisible, et en général la vallée du Rhin , était au commencement de ce siècle le théâtre des exploits sinistres d'un bandit qui a laissé un nom comme José Maria et Fra Diavolo , Schinderhannes. Il était le chef d'une vaste association de brigands , recrutés surtout parmi les hommes que les longues guerres de la Révolution avaient arrachés à leurs habitudes paisibles : Schinderhannes n'était pas un bandit vulgaire ; c'était presque un chef de partisans; il délivrait des passe-ports, et ses laissez-passer étaient toujours une sauvegarde respectée. Il avait la réputation d'un brillant séducteur, et il jouissait dans le pays d'une certaine popularité, surtout auprès des femmes. Il fut arrêté à Francfort, chez un chirurgien, où il était venu se faire panser d'une morsure à la main droite : un propriétaire , dépouillé par Schinderhannes , avait remarqué que son chien avait mordu au poing le chef des bandits ; il fit sa déclaration au bourgmestre , et la police avertie donna l'ordre secret aux chirurgiens de déclarer immédiatement tout homme mordu à la main qui réclamerait leurs services. Schinderhannes, amené à Mayence, comparut devant le jury de cette ville, alors française (1803); il fut guillotiné. Il était alors âgé de vingt-cinq ans.

Cathédrale de Worms.

DE ÎIAYENCE A MANNHEIM

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