EPILOGUE
Un écrivain qui a repris tout récemment en sousœuvre les accusations du protestant Grégorovius contre Alexandre YI s'exprime ainsi : « Alexandre VI, coupable assurément, est devenu pour ainsi dire un bouc émissaire : toutes les passions et les rancunes se sont réunies contre lui, rancunes et passions des Milanais^ si opposés à la politique du Pape et si libres en leurs propos qu'en 1494 un ambassadeur écrivait : « Ici on profère publiquement de telles injures contre « le Pape, que peut-être à Ferrare on ne se les permet- « trait pas contre le traître Torta » : rancunes et passions des barons romains Colonna . Gaetani . Orsini. etc.. si rudement menés par le Pontife et empressés à traduire par de sanglantes accusations les ressentiments et les haines qu'ils avaient au cœur. De toutes parts on s'est acharné contre la mémoire d'Alexandre VI, sans reconnaître ce qu'il y a eu d'acceptable, de louable même dans sa vie, et on a créé ainsi autour de son nom une légende de forfaits (1). »
Pour colorer sa révolte, la Réforme avait besoin de nous tromper: elle n'y manqua pas. Elle avait besoin de noircir le successeur de saint Pierre, car sans cela comment justifier ses insultes contre la Papauté ? Disons-le toutefois, elle eut peu de choses à inventer : la Renaissance lui avait préparé les voies. « La Renaissance est l'œuf, la Réforme est l'oiseau qui en est sorti », a dit le railleur Erasme. Nous avons parlé ailleurs du paganisme des lettrés ; ajoutons seulement qu'avant l'apparition de Luther ils avaient professé et
(1) R questions historiques, avril 1881, p. -124.