ÉPILOGUE
pratiqué le mépris de tout ce que les hommes avaient respecté et aimé jusque-là. Vraiment, on a fait ces lettrés trop majestueux et trop nobles, ils ne doivent inspirer que le dégoût. Ces idolâtres de l'antiquité crurent avoir trouvé la grâce de Catulle, la causticité de Martial ou le rire d'Heraclite, quand ils ont remué tout ce qu'il y a d'ordures dans l'âme d'un homme créé à leur fantaisie et dont le type est leur œuvre. La Renaissance fut le règne de l'ironie. Jamais peut-être on ne sut à une autre époque mieux parer une médisance, enchâsser une calomnie, mettre en œuvre un mensonge. « Qu'on nous donne, dit quelque part Audin. qu'on nous donne un homme de ce temps d'une vie irréprochable, et à l'aide de quelques pages écrites en prose ou en vers à Florence ou à Naples. il sera facile de prouver que cet homme était chargé de tous les péchés du monde. » Chaque trait de bile exhalé en beaux vers traversait le Rhin et devenait un arrêt historique.
Pendant près de trois cents ans les catholiques ont accepté les mensonges accrédités par des âmes passionnées contre les Borgia et leur ont servi d'écho. Chose étrange ! il en est encore qui croient à des accusations dont les incrédules ont depuis longtemps fait l'objet de leurs plaisanteries. Ils pensent qu'on a exagéré sans doute, mais que la calomnie du moins repose sur quelque fondement. A ces âmes abusées disons simplement : Lisez les documents dont ce livre est tiré et vos yeux seront dessillés.
L'heure de la justice a enfin sonné pour les Borgia. Il faut même le reconnaître, ce n'est pas le clergé quia