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UNE LETTRE DU CARDINAL DE PAVIE MAL INTERPRÉTÉE

Au moment où nous allions confier ces pages à l'impression, M. le comte H. de l'Epinois, dans l'article déjà cité de la Revue des Questions historiques avril 1881), s'est livré, à propos d'une lettre du cardinalde Pavie, à des insinuations également outrageantes pour ce cardinal et son ami Rodrigue. L'Univers a examiné et détruit ces insinuations dans le numéro du 15 mai 1881. L'honorable écrivain de la savante Revue n'a pas compris l'expression tout ascétique de cette lettre. Si nous repoussons énergiquement l'interprétation fantaisiste et la traduction inexacte de M. de l'Epinois, nous reconnaissons toutefois que cette lettre révèle l'existence de petites jalousies, de mesquines rivalités qui se rencontrent quelquefois même de nos jours, parmi ceux qui font l'œuvre de Dieu. M. l'abbé J. Morel, chanoine de Poitiers, a donné de cette lettre une traduction fidèle ; nous nous plaisons à la reproduire ici. Le lecteur, nous n'en doutons pas, admirera l'habileté et la délicatesse avec les-

quelles le pieux et intègre cardinal de Pavie rappelle à l'esprit sacerdotal son ami un peu mondain.

Sienne, 15 novembre 1476.

« Ce que j'entreprends d'écrire sera court, mais aura pour toi et pour moi une très grande importance. Lis de grâce et réfléchis en silence. Que le Seigneur, miséricordieux comme il l'est, nous fasse la grâce qu'en oubliant le vieil homme, nous nous revêtions du nouveau, et que nous exécutions tous les deux les résolutions que nous mettons par écrit. Ce sera l'œuvre je ne dis pas de bons cardinaux, mais de bons chrétiens. Si nous y arrivons, je te donne ma parole que tu n'auras pas à te repentir de l'affection de ton pauvre ami, et moi je ne pourrai pas non plus ne pas me féliciter de la bienveillance d'un Père d'un si haut mérite. Il s'ensuivra un grand bien, digne d'être rappelé souvent entre nous et de rester présent à notre pensée à toute heure. Le premier bien que nous en retirerons sera de ne plus voir circuler dans toutes les bouches tes actions elles miennes. Certains qui prennent plaisir à nos malheurs ne riront plus de nous. D'autres, qui combinent d'arriver plus haut au moyen des discordes qu'ils aperçoivent ailleurs, ne donneront plus pâture à leurs espérances ambitieuses. Ainsi nos âmes seront en paix, n'étant plus sur le qui-vive pour attaquer ou se défendre.

En attendant et moyennant la continuité de nos bons offices, nos affaires profiteront très bien; et ainsi tous ceux qui nous courtisent de près, et ceux qui nous respectent de loin s'en réjouiront, en voyant deux cardinaux qui ne sont pas sans réputation, dont ils s'appliquent à devenir les serviteurs, liés dès longtemps par une antique amitié, d'abord par attachement au Pape Calixte et ensuite au Pape Pie, mener une vie avantageuse à eux-mêmes et aussi avantageuse pour les autres. En somme, Père digne de tous mes respects, comme on le reconnaît plus facilement par la nature que par le raisonnement, en nous aimant toujours, sans interruption, avec des gages d'affection réciproques, il n'y aura rien de si difficile, rien de si agréable à chacun de nous, que l'un ne puisse aisément obtenir de l'autre, en se promettant de le rendre à son tour. A mon

jugement, si nous agissons avec un tel bon sens, nous devons acquérir des avantages merveilleux et les conserver. Fasse Le Seigneur, bon comme il est, que réellement nous nous dépouillions du vieil homme, et nous nous revêtissions

de l'homme nouveau, et que nous exécutions tous lus deux ce que nous mettons en écrit. Quant à moi, je me propose sincèrement de le faire, et cette lettre t'en est la preuve. Pour toi, ton bon sens et ta bonté me sont un gage que nous allons renouer nos anciennes sympathies, et j'ose le dire, celle qui résulte d'une nature absolument la mémo, qui se rencontre en nous deux. Etudions-nous, je t'en prie, à ne plus nous . à notre grand dommage commun et

au profit de la critique de tous les deux. Unissons nos cœurs dans Xotre-Seigneur, et pour le mieux de nos âmes, serrons-les l'une contre l'autre. Pour toi, si tu veux conserver la position que tu as acquise, la bienveillance des collègues t'esL plus nécessaire qu'à qui que ce soit. Pour moi, qui ai si grand besoin de me procurer ce qui me manque, ton patronage m'est par-dessus tout nécessaire. Cette lettre, dictée par le cœur, ne doit pas être vue de tes secrétaires, mais renferme-la dans le tiroir de ta table, à une place d'oii tu puisses la tirer une fois chaque année, et, si tu as le temps et la bonne volonté, relis-la d'un bout à l'autre. Il y a des choses qui se gardent souvent bien mieux par soi-même que par autrui, et nos mains sont toujours plus sûres et plus lidèles à nos affections que celles des employés. Moi, j'avoue que dans les lettres des amis je recherche plus la franchise que le bel esprit. Porte-toi bien. » (Card. Phpiensis, Epist., Ep. 661 .

EXTRAIT du LIBER GHRONICAKUM MUNDI.

(Nuremberg, 1493.)

« Anno mundi GG91. Anno Christi 1492. »

« Alexander sextus papa. Natione hispanus : ex Yalentià

civitate Rliocloricus Boriaantea vocatus, episcopus portuensis. Vacante sede post obitum Innocentii octavi omnium suffragiis hoc auno pontifex creatus, et ad S. Joanuem lateranensem, XXVI die Augusti, coroua papali decoratus. »

« Vir rnagni animi, magneque prudentie. Is in adolescentiàBononie studiis litterarum operani dédit, gymnasiunique illud scholasticum non paucis annis celebraverit. qui adeo virtutum glorià et discipline laude : et adeo singularum et omnium rerum ornamento dotatus est. »

« Calixtus tertius pontifex summus sedatis suo tempore Ytalise rébus, cum novem cardinalem creasset, et Eneam Senensem in cardinalem assumpsisset, duos quoque ex sororibus ejus nepotes cardinales creavit, Joannem cognomeuto Milanum ex sorore nepotem, et Rhodoricum hune Boriam : cujus virtutis et glorise liquidissimum documentum exlitit, cum adhuc adolescens inter reverendissimos cardinales conslitutus, vel etiam cum non multo post vicecancellarii locum sortitus, horum omnium scientià preditus et experientià refertissimus, vere designandus et evocandus fuit qui fluctuantem Pétri naviculam gubernaret. Et si herilis et regia ipsius faciei dignitas pre se ferre videatur, tamen imprimis accedit nobilissima ejus natio hypaniensis, inter ceteras.'uni.verse terre provincias asris salubritate temperata, omniumque rerum copia et bonitateprecipua, virosprogenerans qui et corporis agilitate et ingenii acrimonia et omnium virtutum gloria summi elarissimique semper exiiteiv. Dehinc eximia ejus Valentia civitas que et sui antiquitate et situs pulchritudine et virorum copia, et omnium mercimoniorum génère longe reliquas Hiberie civitates antecellit. Necnon et illustris Boriarum familia que eum peperit. Qui vere nationem patriamque et familiam illustravit. et recolende ac beatissime memorie avunculi ejus Calixti semper emulator. »

« Litteralis discipline, scientiarumque peritia, et optirmi Vivendi ratio. Adest humanitas illa inclita cum autoritatis ratione servata, optimum et salubre consilium : adest et pietatis cultus, et omnium perum cognitio, que tam inclite dignitate expedire aut usui essè possint. »

« Félix igitur tôt virtutibus exornatus, in tam altissimi

magistratus culmine collocatus, a Deo optimo bene nieritus. »

« Spcramus igitur eum universo generi christiano profuturum, et per rabidos itinerum anfractus, perque sublimes et periculosos scopulos transmigraturum, semitam tandem afl'ectatam féliciter occupaturum. Postremo ne longiori sue laudis commemorationi aliquos defatigari contingat, ceteri sequentes ejns acta laude digna persolvant. Hic pontiflcatu suscepto majestatem cum auctoritate augere conatus est. Et si in principio sui pontincatus adversitates sentiat, magna tamen animo concepit. »

« Benignissimus Deus sua gratia donet ut singula ad utilitatem ac commodum reipublice christiane prosequatur. »

(Liber Hartmaxni Schedel Nuremberg ensis artium ac utriusq. medicine doetoris. — Cod. lat. Monacen.)

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