RODRIGUE B0R6IA, CARDINAL
son être humain. En même temps que le brillant avenir qu'iEneas Sylvius déroule sous ses yeux, une terrible question se dresse devant lui. S'il est secrètement marié, de quel droit imposera-t-il ce sacrifice à celle à qui il a juré sa foi? Si ses attaches sont criminelles, il sent que Tétat ecclésiastique exige de lui une réforme, et il se sent peut-être faible. Quelles réflexions se pressèrent dans son esprit ? Quels combats se livrèrent dans cette âme ? Il est impossible de le dire ; seulement, l'année 1457 n'avait pas achevé son cours, qu'iEneas Sylvius vit la réalisation de son désir.
Rodrigue partit pour Rome.
Il allait se rencontrer là avec son frère atné, don Pedro-Luiz. Aussitôt après son élévation au pontificat, Calixte III avait nommé gouverneur de la ville le comte de Tagliacozzo, de la famille des Orsini. Tagliacozzo ne jouit pas longtemps de cet honneur ; sa mort, arrivée l'année suivante, fut le signal d'une lutte sanglante entre Napoléon Orsini et le comte d'Aversa, qui se disputaient la possession du château de Monticelli, dans les environs de Tivoli. Cette rivalité fut une source de grandes souffrances pour le peuple. Calixte, pour y remédier, nomma au poste vacant de gouverneur de la ville son neveu et le fit en même temps capitaine des armées pontificales (1).
A cette époque de la Papauté, c'était un double fardeau que la Providence imposait au Pape. Or, si ce pape ne sait pas, comme Jules II, revêtir une cotte d'armes et commander une armée, à qui confiera-t-il
(I) Platina, Vtta pont, in Calixt, III.
le commandement des troupes pontificales ? Quel capitaine deviendra son homme d'action ? Qui protégera son trône ? Qui maintiendra dans la Cité Sainte Tordre, que la rivalité de quelques familles nobles menace perpétuellement? Des esprits chagrins, peu admirateurs d'ailleurs des pontifes guerriers, comprendrontils que le Pape se tourne alors du côté de sa famille pour y trouver un homme que l'habitude de la vie lui a montré capable de le seconder ? Voilà le principe de ce népotisme ! L'histoire dit que don Pedro-Luiz était un de ces fiers paladins sans peur et sans reproche comme en possédait alors le pays d'Aragon, mais dont la noble race ne se rencontre presque plus nulle part sur la terre. Sous sa main de fer, Rome rentra dans le calme; mais les grands ne lui pardonnèrent point l'énergie qu'il déploya. Ds maudirent le nom de Borgia, et les lettrés de nos jours se font complaisamment les échos de leurs rancunes.
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LES UUROIA