LE CARDINAL BORGIA SOUS LE PONTIFICAT
d'innocent VIII
SlévatioD à la paftanté du eardinal Cibo. -- Borgia aurait pu te iêÀTe donner la tiare. — L^électioa d*Innocent VIII est Tœuvre des cardinaux de Borgia et de la Rovére. — Confiance que le Pontife témoigne à Borgia. — Le «ardiaal dédie au Pape son traité cmr la Dignité cardinalice et une Glose sur la Vice-Chancellerie,
— Le fils aloé de Borgia devient duc de Ûandie. — César à Pise.
— C^ébrité de cette ville au moyen Age* ^ Paolo Pofflpilio dédia à Céaar Boi^a ses SyUgbiea, «— Ses compagnons d^études.
— Jean de Médicis arrive à Pise. — Son intimité avec César. — Le fils de Rodrigue est nommé administrateur de !*évêehé de Pampelnne. — A Eome, la cardinal Borgia emploie ses loiatrs h des études théologiques. — « Le Bouclier . de la foi, » — i^e duc de Gandtelég^e en mourant son duché à 'son frère Juan-Franceaeo. — Mort k la flenr de Tige, roàbli se £ut autanr de son nom. — L*Epitaphe de Vanozza. — Fiançailles de Lucrèce k un ■seigneur espagnol. — Rupture de ses premières promesses. — NosTdlet fian^aittea. ^ La Pape tombe malade. — U nomacia Borgia goavemeur de Rome. — Mort d*lAnocent. — La garde du 'Conclave est confiée à l*£spagnol Gonzalez. — Obsèques du Pontife. — Conseils que donne révèqne Leooatti aux cardinaux. — Im peuple aagare qne le nouvean pajpe sera Ëspa^pnoL
Les funérailles de Sixte IV furent célébrées par des troubles* Les partis s'agitaient dans Rome. C'est au milieu du tumulte des factions et du bruit des armes que, le 29 août 1484, le cardinal de Melfi, J.-Baptiste CSbo, fut élevé àr la papauté sous le nom d'Inaocent VIII (1). Le cardinal issu d'une famille noble de
(1) Diarium^ not. Antiportii, in Murxtori," Rer. îtal. Script.^ tonu III, pars u, p. 1084-1091. — Ikfessura, ibid., in Murât.,
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Gènes, avait été marié (1) avant d'entrer dans les oiHires. et deux de ses enfants vivaient encore au moment de son exaltation. Francjois, 1 aîaé, comte d'Anguillera, épousa trois ans plus tard la célèbre Madelena. lille de Laurent le Magnifique, et la princesse la plus accomplie de son temps.
Rodrigue Borgia était alors tout -puissant. Ses collègues Tavaient en très haute estime. Au témoignage dlnfessura il ne comptait d'ennemi dans le conclave que le seul cardinal de Saint-Marc (2). Le peuple aimait sa magniticence. sa libéralité, Ténergie de son caractère. U avait en outre les quatre ou cinq dons qui donnent un ascendant irrésistible, la magie de la faveur constante de quatre i>ontifes, la magie de la naissance. la magie de la richesse et de la distinction de Fesprit. H n*est rien qui ne cède pour le quart d*heure à celui qui possède ces quatre choses. Eh bien, il ne semble pas que Rodrigue ail son^é à en profiler pour se faire donner la tiare. U joue, de conct^rt avec le cardinal de Saint-Pierre. Julien de la Rovère. un rC^e considérable au conclave; ei Thistoire constate que c*est en faveur de son ami Cil». Ambition bien rare ! Le }^mphlet ajoute ici s^>n tomoi^age |vu suspect, et tandis qu*il représente le nouve;au |VM«ife. distribuant ses biens et les bèuériotes vacants aiix cardinjiux oMiiîne rêivmpense de leurs suffrafPfcs,
i.itt, x\n. 7. *£>'i.
À.r»jLL-> î^^n.-i Mkrri. ^©«n. s V'tii: o.'.-v i*îV'*.îV r,>Tï«<»nsJ: . .> •
Le Cardinal Rod. Borgia
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il ne nomme même pas Rodrigue (1). Mais qu'importe ! On n'en flétrira pas moins demain, en termes bien sentis, l'ambition de Borgia et ses intrigues pour arriver à la papauté.
A peine Innocent Vni avait-il été intronisé, que l'ambitieux Rodrigue se hâtait d'aller retrouver le silence de la solitude, au milieu des archives de la chancellerie.
Cependant Sa Sainteté connaissait comme tout le monde la • sagesse et la rare perspicacité » — ceci est un aveu de Guichardin — dont était doué Borgia. Aussi Innocent l'appelle-t-il quelquefois auprès de lui pour prendre ses lumières. Une fois l'avis du cardinal se transforme en un véritable mémoire où il traite en théologien, en érudit et en littérateur « de la dignité cardinalice et des fonctions de vice-chancelier > : De cardinalium excellentia et officio vicecancellarii (2).
Infesbura, ap. Muratori, Rer, liai. Script., tom. IH, para ii, p. 1185-1190.
(1) Inpessura, ap. Muratori, loc, citato, — Raynald., ann. 1484, n* 40. — Ces accusations de simonie contre Innocent VIII, et que nous verrons se reproduire presque mot pour mot à Tëlection d*Alexandre VI, et même de Jules il, n*ont rien de certain. Infessnra lui-même, après les avoir rapportées, s'empresse d'ajouter : que bien des bruits répandus alors ne s*étant pas trouvés vrais plus tard, il faut croire que Tenvie et la malveillance débitèrent plus d*une calomnie. «... Sed hsec nunc dicta fuerunt ; quœ quum non fuerint reperta omnino vera, credendum est, ea dicta fuisse propter invidiam et œmulationem potius quam pro veritate dicenda. Et secundum aliquos, quorun^opinio magis applauditur, rite, recte. et absqne ulla calumnia creatus fuit ; et bonus in se fuit, et semper justitiam in proposito habuit, e# nlsi fuisaet impeditus a dictis ejus semulis et inimicis, certe ostendisset qualitatem animi sui erga Ecclesiam. »
(2) R. P. LoDovico GiACOMo DA San Carlo ; Bibliotheca ponti- KiciA, lib. I, p. 13, Lugdunif 1643 ; au mot : Alexandre VI.
Une autre fois, soit à la demande du Pape, soit que le vîce-cbanoelier lui-même ait surpris des abus qui lui font désirer une réforme dans la chancellerie, il dédie au Souverain-Pontife une t Glose » ou t commentaire des Règles de la chancellerie > : Glossa in régulas cancellariss (IJ.
Dans ce même temps, des nouvelles venues d'Espagne annonçaient à Rodrigue que le duché de Gandie était devenu vacant par la mort de son dernier titulaire, Alphonse d'Aragon, mort sans enfants (1485). Ce duché avait toujours èlé possédé par l'une ou l'autre branche cadette de la maison royale d'Aragon. Aussitôt Rodrigue s'occupa de faire valoir les droits de sa famille à l'héritage de ses aïeux. Mais est-ce que son droit se heurta à des prétentions douteuses, avec lesquelles il se vit dans la nécessité de transiger, ou bien Ferdinand II exigea-t-il, au profit du trésor de la couronne, certains droits pour transférer cet héritage à la maison de Borgia? L'histoire n'en dit rien; ce qui est hors de doute, c'est que Rodrigue dut compter une somme dont le chiffre reste inconnu, mais qui, selon toute probabilité, dut ôtre considérable (2). L'aîné des âls de Borgia, Pierre-Louis, devint ainsi duc de Gandie. Comprendra-t-on que des esprits chagrins ont vu dans cette juste revendication un acte d'insatiable ambition !
A cette époque nous ne Retrouvons à Rome que
(1) Ibid., loco citato.
(2) « Majorem (filiorum) natu, cum summà pecuniamm
largitione, Gandise ducem cardinalis (Borgia) effecit..... » Epist, Pétri Martyr, lib. V, ep. cxix.
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deux des enfants de Bodrigae : Lucrèce et son plus jeune frère Joflfré (Godefroy). Pedro-Luiz et Juan- Francesco se trouvaient en Espagne. César, lui, poursuivait à rUniversité de Pise (1) ses études commencées à celle de Pérouse (2). Pise était plus que jamais * l'Athènes du moyen âge. Son Université, fille bienaimée des papes qui l'avaient comblée de privilèges, était célèbre. En outre, les souvenirs impérissables qu'on y retrouve de Dante; le site qui fait de Pise un asile des plus salubres, quand l'épidémie, au moyen âge, visite chaque année toutes les cités italiques ; enfin, la gloire de Philippe Decio et de Barthélémy Soccino, faisaient de cette ville le rendez-vous de tous les jeunes gens des familles nobles d'Italie.
César y passa plusieurs années. C'était à cette époque un jeune homme dans tout l'épanouissement de la virilité. Plus d'une fois il se distingua au milieu de ces écoliers, venus de tous les pays, par son habileté dans le droit canon et dans le droit civil qu'il étudie avec ferveur (3)- Rien dans ce jeune homme, & la figure d'une remarquable distinction, ne faisait deviner le monstre qui a servi de héros aux romanciers. César en partant pour Pise était accompagné de deux compagnons d'études, originaires du royaume de Valence, et que la protection du cardinal avait attirés à Rome :
(1) Pauli Joyii Vita magni Consalvi Cordub., libr. III, p. 244. — Anoelo Fabroni, ffist. Acad, Pisanœ, part, ii, cap. v, p. 160
(2) Alvisi, Cesare Borgia Duca di Romagna, p. 5.
(3) « Adeo profecit ut flagranti ingenio, prsepositis in utroque jure quœstioDibuB erudite disputaret. • P. Jovxi Vita magni Cotualvi Cordub,, lib. Il, p. 244.
Francesco Romolini, âgé d'une trentaine d'années, et Juaji Vera, tous deux hommes d'études et de bonnes mœurs. Le premier était passionné pour l'étude du droit où il acquit une grande réputation. C'est le même Romolini qui dirigera plus tard à Florence le procès le Savonarole. Le dernier avait peut-être occupé la charge de secrétaire du vice - chancelier avant de devenir le gouverneur de son fils. C'est le titre que César lui donne dans une lettre datée d'octobre 1492. Romolini et Vera revêtirent plus tard la pourpre romaine.
C'est pendant ce séjour à Pise., en 1488, que Paolo Pompilio dédia h César ses Syllabica, sorte d'Art poétique. Cette épltre dédicatoire est le premier document que nous possédions sur César. Le poète y célèbre le génie de César, espoir et ornement de la maison de Borgia, ses progrès dans les sciences et la maturité de son esprit (1).
L'année suivante (1489), le bruit se répandit tout ù coup, parmi ce peuple d'écoliers, que le fils de Laurent venait prendre place au milieu d'eux. Innocent VIII, en nommant cardinal Jean de Médicis, avait exigé, avant de lui permettre de revêtir les insignes des princes de l'Eglise, qu'il allât à Pise, étudier pendant plusieurs années la théologie et le droit canon. César était déjà lié d'amitié avec les Médicis. Lorsque Laurent avait voulu obtenir le chapeau de cardinal pour Son fils, il avait trouvé l'appui le plus puissant dans
(1) V. cette dédicace des Syllabica, édit. romaine de 1488, aux Pièces justificatives, n» 10.
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le vice- chancelier Borgia et Ascagne Sforza (1). Il est probable que Laurent lui a écrit dé Florence pour lui recommander son fils Jean. Une grande intimité unit les deux nobles jeunes gens. Quelques années plus tard, le fils de Rodrigue écrivait de Spolète à Pierre, le premier fils de Laurent, et le frère du cardinalJean, l'appelant affectueusement t son frère i et lui recommandant son t fidèle compagnon • Francesco Romolini pour la chaire de professeur de droit canon à Pise (2). César portait alors le titre de protonotaire apostolique que son père lui avait obtenu d'Innocent Vin. Il est possible que le cardinal Rodrigue ait ambitionné pour son fils les honneurs de la prélature, mais celui-ci n'éprouvait qu'une médiocre inclination pour l'état ecclésiastique ; il le montra bien dans la suite. D était toujours à Pise quand Innocent le nomma en 1491 administrateur temporel de l'évêché de Pampelune (3). N'accusons pas Innocent; César était alors digne de cet honneur, autrement il ne l'aurait pas obtenu du pontife qui résistait, dans le même temps, aux instances que le Magnifique faisait, pour abréger l'épreuve de son fils Jean (4).
Mais revenons à Rome. Au milieu des occupations de la chancellerie, Rodrigue trouvait moyen de s'occuper d'études théologiques, cette étude favorite des belles intelligences aux xv* et xvi« siècles. Il avait formé le plan d'un ouvrage, qui, probablement sous
(1) RoscoB, Vie de Léon X, t. I, p. 20.
(2) Lettre du 5 octobre 1492, publiée par Rbumont, Archiv. stor, itaL Série 3, tom. XVU, 1873. 3* dispefisa,
(3) BuRCHARD, Diariumf éd. Gennarelli, p. 148. — Mariana, op, cil.j lib. XX V, c. XII.
(4) RoscoB, op, cîr., t. I, p. 30 et seq.
la forme d'une Somme Théologique, combattrait les erreurs contemporaines.  ses heures de loisirs il écrivait quelque chapitre de son œuvre qui devait, dans son esprit, sous le nom de t Clypeus defensionis fidei sanctœ Romanx Ecclesix >, défendre la foi catholique; cette œuvre, qui dut vraisemblablement l'occuper plusieurs années, fut livrée au jour par les soins d'un imprimeur de Strasbourg en Tannée 1497 (!)• Malheureusement elle parait à jamais perdue pour nous. Nos investigations dans nos grands dépôts littéraires n'ont pu amener jusqu'ici la découverte du Clypeus. D'autres seront peut-être plus heureux î Que de veilles laborieuses chaque feuillet de ce livre nous révélerait ? Nous retrouverions peut-être dans ces pages l'imagination, les instincts du cardinal, et, disons le mot propre, quelque chose de son âme. C'est là qu'on pourrait étudier le cardinal Borgia. Mais déjà cette simple indication de ses travaux n'est-elle pas la meilleure réfutation de cette prétendue vie de loisirs ? H n'est pas un homme sérieux et connaissant les exigences de la pensée qui nous contredise.
Tout à coup un malheur imprévu jeta la tristesse dans l'âme de Rodrigue. Son fils aine, don Pedro-Luiz, venait de mourir dans son duché de Gandie (2). Ravi à l'affection de ses parents, à la fleur de l'âge, le silence se iit aussitôt sur lui. La terre l'avait à peine aperçu, et il disparut sans avoir attaché son nom à aucun événement qui pût en perpétuer le souvenir, au moment même où ses frères allaient remplir la postérité du
(1) p. LoDovico GiACOMo DA San Caulo, loco citato.
(2) Mariana, De Reh. Ilisp.^ loco citato.
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bruit de leur renommée. On comprend dès lors, que le marbre de la tombe de Vanozza (1) — si on admet son authenticité — ne présente aux regards de la postérité que César, Francesco le second duc de Gandie, Joffré et Lucrèce ; et on se prend à rire des écrivains qui, sur cette seule omission, ont voulu faire naître don Pedro-Luiz d'une autre mère. Vanozza n'avait que ces quatre noms à présenter à la mémoire de la postérité I
Don Pedro, en mourant, avait désigné pour héritier, son fi'ère don Juan-Francesco. Celui-ci, peu de temps après, se maria avec dona Maria Enriquez, de la maison peut-être la plus illustre de Valence à cette époque. Elle descendait par sa mèi:e de la maison royale d'Aragon.
Dans ce même temps, Lucrèce fut fiancée à un gentilhomme espagnol, don Cherubin-Jean de Centelles, seigneur du val d'Âyora dans le royaume de Valence. Mais les fiançailles ne tardèrent pas à être rompues, car nous la voyons, en la même année 1491, fiancée à un second seigneur espagnol, don Gasparo d'Aversa. Quelle cause amena cette rupture ? Quels empêchements vinrent s'opposer à l'union projetée de Lucrèce et de don Chérubin? L'histoire ne fait aucune réponse. Toutefois cette rupture ne désunit pas les deux familles, car quelques années après on retrouve à Rome, et à la cour même d'Alexandre VI, deux membres de cette famille, peut-être même les frères de don Chérubin, Guillaume et Raymond de Centelles (2).
. (1) FoRCBLLA, iMcrizioni Romane^ t. I, p. 335. (2) GRiooRovTvii, Lucrèce^ 1. 1, ch. v, patftim, et App. Doc, n*« iv
et VII.
Cependant Innocent Yin venait de se sentir atteint par un coup mortel. Pendant un règne de sept années, il avait tenu en respect les factions, fait fleurir la justice, et veillé assidûment sur le bonheur de son peuple, n voulut, par l'acte suprême de sa vie. assurer la paix après sa mort. Il connaissait trop bien son temps, pour ne pas pressentir les désordres qui ne manqueraient pas d'éclater dans la ville sainte, avant même que sa dépouille mortelle fût refroidie (1). Quelle main de fer. quelle âme d'acier protégera Rome contre les bandes armées, dont k chaque interrègne elle est infestée ? Innocent se rappelle son vice-chancelier, qui fut plus d'une fois son conseiller intime; il sait que cette âme est douée d'une trempe â toute épreuve; il remet entre ses mains le pouvoir en lui confiant le gouvernement du château Saint^Ange. Julien de la Kovère, cardinal de Saint- Pierre-ès-liens, convoitait ce poste d'honneur. Cette préférence dont le vice-chancelier fut l'objet le blessa profondément, et désormais il se montrera toujours hostile à la politique de Borgia. Le Pape malade, pensant avoir assuré la tranquillité publique, ne voulut plus songer qu'à se préparer à la mort, < soupirant, dit Leonetti, après la bienheureuse immortalité >, dans laquelle il entra le 25 juillet, en la fête de l'apôtre saint Jacques.
La fermeté du nouveau gouverneur, et l'empressé ment que mirent les cardinaux à arriver à Rome, en
(1) Populus romanus fere semper, mortuo quolibet ponttfice, usque ad su^culum decimum septimum» in tumultus pronipit ; et hinc
quod per sœcula evenerat, iterum accidit in obitu Sizti IV
Innocentii VIII n Muratori, Aer. ItaL Script., tom. XXIII,
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apprenant la nouvelle de la mort du Pape, empêchèrent beaucoup de crimes et TefFusion de beaucoup de sang (1). De son côté , le Sacré-Collège confia la garde du Vatican et la sécurité du Conclave à un autre Espagnol, Gonzalez, archevêque de Tarragone, prélat non moins remarquable par la sagesse de ses conseils qu'illustre par la noblesse de sa famille. C'était ce prélat qui, deux ans auparavant, avait réconcilié Innocent Vin et le roi de Naples ; c'était à lui qu'on devait également l'apaisement d'une séditioïi qui avait troublé récemment Ascoli (2).
Le courage et la prudence de Gonzalez ne se démentirent point en cette circonstance. Des détachements d'arquebusiers préservent du pillage les palais cardinalices. Les rues et les avenues du Borgo, quartier qui s'étend du Vatican au Mausolée d'Adrien, sontfermées avec de grosses poutres, derrière lesquelles se tiennent, l'épée à la main, des troupes nombreuses de mousquetaires, pendant que des rondes continuelles -de chevau-légers assurent la sécurité des abords du palais (3).
C'est au milieu de ce déploiement de forces militaires qu'eurent lieu, le 8 août, dans l'église Saint- Pierre, les obsèques solennelles d'Innocent Vin. Leonetti , évêque de Concordia , chargé de prononcer l'oraison funèbre du pape défunt, traça un tableau
^1) Malgré tontes ces mesures, 220 meurtres ensanglantèrent les rues de Rome.
(2) Jffigt, det Conclaves pour VéUction des Souverains PoHtifes, etc., Cologne, 1691. V. Pièces justificat., n« !!•
(3) Hist. des Conclaves^ etc., Cologne, 1691.
LES DORQIA. 10
146 LE CARDINAL BOUGIA
touchant des maux de l'Eglise et donna ce sage avis aux cardinaux :
f... Nous ne savons pas encore quel successeur Dieu appelle à prendre la place d'Innocent VIII ; quel est rhomme destiné à dissiper tous les périls qui nous menacent, comme le soleil à son lever dissipe les nuages... Elisez-nous un homme dont la vie passée nous soit une garantie ; un homme qui, suivant le conseil do saint Léon, ait passé sa vie dans la pratique des vertus, et mérité son élévation par ses travaux et par l'intégrité de ses mœurs; un homme sans ambition, savant, saint, en un mot tel que doit être un vicaire de Jésus- Christ pour le gouvernement de TEglise... (1). •
Admirable langage I II dut vivement impressionner le Sacré-Collège, et le disposer à faire un choix qui réjouît le peuple romain et l'Eglise entière. Qui sera le Sauveur ? Innocent paraissait l'avoir désigné aux cardinaux, en confiant, pendant sa dernière maladie, au vice-chancelier le gouvernement de Rome. Le Borgia que tout Rome connaît n'a rien de commun avec lo Borgia des romanciers ; voilà pourquoi le peuple, prévenant le conclave, place déjà son nom au bas du portrait que l'orateur vient de tracer du futur pape, et se répand à travers les rues^ en répétant : Le pape sera Espagnol (2) ! Autant dire : Borgia sera pape !
(1) Raynald., ann. 1492, ii« 24 et 25.
(2) « ... fu tenuto per un certo auglrio, che allora molti Spagnoli erano adoperati aUe cose pubbliche, quasi che dovessc essere
ancora un Papa Spaonl'olo » Histoire des Conclaves pour
Vélection des Souverains Pontifes^ etc., imprimée en latin, h Cologne, en 1691 ; t. I. — V. Piècks .îi;.sTiFrcATivK.s, n» 11.