‹ Les Borgia histoire du pape Alexandre VI., de césar et de Lucrèce BorgiaChapitre 23 sur 108 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

PREMIERS ACTES D'aLEXÂNDRB YI

(Suite)

Aleiandre VI traTaille aTec ardeur aa bien de TEglise. — Son zèle pour ramener les Hussites. — U encourage les princes hongrois à s*anner contre les Turcs. — Conquête de Grenade : il reldve les é^ses dans ce royaume. — Il forme le projet de porter FEvangile dans TAfrique. — DéoouTertea de Christophe Colomb. — Joie du Pape; il envoie aussitôt des apôtres aux Indiens. — Le Pape partage le Nouveau Monde entre les Espagnols et les Portugais. — Comment la ligne tracée par lui indique qu^il est inspiré par Dieu. — Curieuses considérations k ce sujet. — Les ennemis de la bulle Inter cetera. — Obscurcissement de la gloire d'Alexandre VI par sa faiblesse pour ses enfants. — Mariage de Lucrèce. — César est créé cardinal. — Réflexions & ce sujet. — fjouis le More travaille à gagner le Pape au parti de la France. — Alexandre VI ne songe qu*à la paix de Tltalie. — Il se lie fortement avec Alphonse, devenu roi de Naples. — Mariage de Qodefroj Borgia avec la princesse Sancia d* Aragon. — Entrevue des deux souverains à Vicovaro. -^ Politique courageuse d^Alexandre VI. — Défection de la noblesse romaine. — Une étrange accusation I

Alexandre YI a travaillé au bonheur matériel de son peuple. On Ta vu, dans son inaltérable fermeté, assurer la paix publique, restaurer la justice, protester courageusement contre les desseins du roi de France. Le Pape n'est pas seulement un prince temporel, et, à côté de la société humaine, il y en a une autre dont il est le chef, et qui a pour mission de guider l'humanité vers ses destinées éternelles. Rome n'oublie pas les intérêts de la chrétienté, ni la conquête des âmes.

Le bûcher de Jean Hus n'a pas étouffé ses erreurs ; Prague regorge de ses disciples. Alexandre YI a confié à révèque de Trani la mission de ramener ses brebis égarées. Le légat est un de ces hommes puissants en paroles et en œuvres ; l'autorité de sa parole, l'éclat de ses vertus en ramènent un grand nombre au bercail de FEglise catholique (1).

La Hongrie était plus particulièrement exposée aux invasions des Turcs ; naguère encore ce pays avait souffert des vexations de cet ennemi du nom chrétien. Wladislas prépare la revanche de son peuple opprimé. Le Pape élève la voix, il adresse des brefs aux rois de Hongrie et de Pologne ; il leur fait un récit émouvant des tourments que les infidèles font subir aux disciples de Jésus-Christ; il fait appel tout à la fois an patriotisme et à la piété des princes de ce royaume; il voudrait les voir 5*unir dans une pensée commune de charité, prendre la croix, ou, comme on disait alors en Allemagne, se parer de la fleur du Christ, pour refouler au loin les hordes barbares. C'est encore l'évêque de Trani qu'Alexandre VI a choisi pour amener l'entente entre les princes ; mais déjà le bruit d'armes qui trouble la France a suspendu leur élan : ces conseils ne furent point entendus (2).

Dans le même temps un théâtre nouveau attira la sollicitude du Pontife. Depuis près de huit siècles l'Islamisme faisait peser son joug sur le royaume de Grenade, véritable Eden jeté sur le rivage méridional de la Péninsule Ibérique, et menaçait continuellement

(1) Raynaldi, ann. 1493, n<» 5-8, et 1499, n* 30.

(2) BoNFiN, In hitt. Bohem, — Tritiiem., Sponh., anno 1493,

l'Espagne catholique. Après un siège mémorable de dix ansj autrement héroïque que celui de Troie, le Croissant venait enfin de succomber.

L'Europe tressaillit de joie en apprenant cette nou^ velle. Le chef suprême de l'Eglise ordonna des prières publiques pour remercier Dieu d'une victoire qui intéressait toute la chrétienté. Quel honneur fallait-il décerner à Ferdinand et à Isabelle? Le Pape trouva le plus noble et le plus flatteur : il leur donna le titre de rots catholiques, glorieuse devise qui devait transmettre à la postérité le souvenir de la piété du couple royal.

Mais le Croissant avait trop longtemps humilié la Croix, le Coran insulté l'Evangile dans ce royaume ; Alexandre VI les presse d'arborer l'étendard chrétien dans la belle Grenade. C'était toute l'ambition de la pieuse reine ; elle applaudit à l'acte du Pape qui relevait les anciennes églises et créait des sièges épiscopaux à Grenade, à Cadix, à Malaga et à Alméria (1). Comme le Pape entend bien les intérêts de l'Eglise ! Pour gagner la cupidité de Ferdinand il lui accorde, à lui et à ses héritiers sur le trône de Castille et d'Aragon, la dignité et les revenus des grands maîtres des ordres militaires de Calatrava, de Saint-Jacques et d'Alcantara. Le Pape lui prodigue l'or, pour réchauffer son zèle.

Alexandre VI soupirait après le jour où il verrait la croix replantée dans l'Afrique où l'Eglise avait fleuri jadis, où des hommes tels que saint Cyprien et saint Augustin avaient jeté Téclat d'un merveilleux génie.

(1) Raynaldi, ann. 1493, n* 14. — Bull., Ut. IV, p. 230.

192 PREMIERS ACTES d'âLEXANDRE VI.

On croyait encore à cette époque que la terre est à Dien et à son Christ, et que le Pape pouvait donner des sceptres et des couronnes. Dans un but d'ëvangélisation il poussa Ferdinand et Isabdle à faire la conquête des royaumes d'Alger et de Tunis, et il promet des indulgences à ceux qui pr^idront les aimes pour assurer le triomphe de cette croisade, d<mt le but était le progrès de la foi chrétienne (1). Cest ce plan, mûri par le génie de Ximénès, qui amena quelques années plus tard la conquête d'Oran.

Au moment où le Pape se préoccupait ainsi de l'extension de la foi catholique et que les bruits de guerre troublaient les esprits, retentit l'év^ement le plus vaste et le plus important pour la science et pour rhumanité entière qui se fût jamais accompli (mars 1493). L'Europe étonnée apprenait la découverte du Nouveau Monde. Mais ce fîit surtout dans la capitale du monde chrétien que cette nouvelle excita la plus profonde sensation. La cour de Rome se montra enivrée de joie. Alexandre VI manifesta publiquement son allégresse de la gloire qui revenait à sa patrie de cette découverte, mais surtout il remercia par de solennelles actions de grâces Dieu, qui ouvrait un nouveau champ aux ouvriers de l'Evangile et faisait lever l'aurore du salut sur des nations assises à Tombre de la mort. Et avec ce zèle que mit autrefois saint Grégoire le Grand à envoyer des missionnaires aux Anglo-Saxons, il organise une mission pour porter la connaissance de Jésus-Christ dans ces contrées jus-

(1) Ratnald., aoD. 1494, n* 36.

qu'alors inconnues. Douze prêtres ayant à leur tête un humble enfant de Saînt-François, comme représentant du Saint-Siège, devront conquérir à Jésus-Christ le Nouveau Monde, comme les douze apôtres le firent quinze siècles auparavant du monde ancien (1) !

Pour éviter des conflits ultérieurs entre l'Espagne et le Portugal, qui tentaient alors des recherches dans l'Océan, Alexandre VI opère la répartition des terres que le génie aventureux des découvertes avait données ou pouvait donner aux deux nations, dans l'Inde et l'Amérique. Il attribue aux découvertes des Espagnols dans l'Ouest un espace égal à celui qu'auraient les Portugais à l'Est ; et par la plus hardie conception qui fût jamais sortie du cerveau humain, le doigt du Pontife trace sur la carte encore informe du globe une ligne qui, partant du pôle boréal, passant à une moyenne de cent lieues à Touest des Açores et des îles du Cap-Vert, va se continuera travers l'Océan austral jusqu'au pôle antarctique, décrivant ainsi toute la longueur de la terre.

A cette époque la géographie et la cosmographie reposaient sur les données les plus vagues, et la plupart du temps contradictoires. Aussi, des hauteurs de notre science il est difficile aujourd'hui de comprendre tout ce qu'il y avait de hardiesse à proclamer la sphéricité de la terre, sa rotation sur son axe avec les corollaires de ces principes scientifiques, et dont pas une société cosmographique n'eût osé alors accepter la responsabilité.

n y a là un fait si extraordinaire qu'on croit toucher

(1) Raywaldi, anno 1493, n»» 19-26. V, aux P. justip., n» 16.

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