CES AU BORGIA
César dans le but de gagner Tamitié du Pape (1).
Le nouveau duc trouva à la cour de France deux hommes qui devaient exercer plus tard une influence décisive sur son sort. C'étaient Georges d'Amboise, archevêque de Rouen et favori du roi. auquel César avait apporté le chapeau de cardinal, et Julien de la Rovère(2). Que se passa-t-il entre ces trois hommes ? Julien de la Rovère. irascible comme un enfant, mais dont les emportements étaient de la nature de Téclair qui disparaît sans laisser de traces, se réconcilia avec les Borgia et devint l'instrument de la fortune de César.
Mais la cour d'Espagne ne vit pas sans peine cette grandeur subite du fils d'Alexandre. Une ambassade extraordinaire partit pour Rome; elle demandait que César rentrât dans son ancien état. Le Pape répondit que la chose était faite et bien faite. Cette réponse déplut aux ambassadeurs qui se répandirent en reproches. Sa Sainteté, offensée de l'arrogance des représentants espagnols, les chassa de sa présence (3).
Un autre jour, le cardinal Ascagne Sforza s'étant avisé à s6n tour de blâmer le voyage de César en France et reprochant au Pape de méditer la ruine de l'Italie, en reçut cette sévère réponse : — Votre Excellence oublie qu'il appartient à votre frère d'appeler les Français en Italie (4).
(1) Gltichardin, lib. IV, ch. m. — Tomaso Tomasi, p. 209. — MaciiiXvelli, Frammenta Ist. — Fleury, Hist. eccl,, liv. CXIX, n«9.
(2) Fleury, ibid,^ n» 10. — Burcuard, Diarium, Ap. Uaynald., an no 1498, n» 5.
(3) Tomaso Tomasi, p. 213-214.
(4) Grande Chronique de Saxuto, lib. I, t. VI, p. 148.
Non seulement César ne songeait pas à rentrer dans Tordre ecclésiastique, mais il tentait un dernier effort pour vaincre l'obstination de la princesse Charlotte, fille de Frédéric. Toujours son rêve de s'implanter dans le royaume de Naples ! Comment ne pas jeter un regard d'envie sur un trône dont son père lui eût volontiers donné 1 investiture si obstinément refusée à Charles VIII ! L'infante Charlotte avait toujours vécu à la cour de France et il semblait qu'elle ne pourrait refuser le mari que lui offrirait Louis; César demanda au roi son intervention pour faire réussir son dessein. Il mettait à ce prix l'amitié du Pape. La loyauté de Louis XII refusa de peser sur la décision de la jeune fille et il renvoya le duc de Valentinois lui-même à la princesse. César tenta la démarche ; l'insuccès le découragea.
Mais Louis, toujours généreux, répara cette déconvenue en lui donnant pour femme Charlotte d'Albret et en l'unissant par là au sang royal de France (mai 1499) (1). Jamais fortune plus rapide : en quelques mois, César était devenu duc, général et prince fran- 4:ais. Cette nouvelle apporta la joie à Rome. Ce jour-là la politique du Saint-Siège changea de direction. Pendant plus d'un demi-siècle elle avait soutenu la maison d'Aragon contre les prétentions de la maison d'Anjou; aujourd'hui Alexandre VI épouse la cause de la France. Ce qu'Alexandre voulait avant tout, c'était l'indépendance du Saint-Siège par l'élévation de sa famille. Si
(1) Fleur Y, HUt. eccl.^ liv. CXIX, n» 11. — Tomaso Tomasi, p. 222. — MuRATORi, t. XXIV, p. 565. — ^\vrdi, ffist, Florent., lib. III, p. 57. — Diario di Biagio Buoxaccorsi, p. 9-10.
348 CÉSAA BORGIA.
le moyen pouvait être suspect, rinstrument mauvais^ le but était louable! De grands événements, qu'il est nécessaire de décrire, allaient mettre en relief la poli* tique pontificale.
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