‹ Les Borgia histoire du pape Alexandre VI., de césar et de Lucrèce BorgiaChapitre 39 sur 108 · EXPÉDITION DE LOUIS XII EN ITALIE. — PREMIÈRE · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE LOUIS XII EN ITALIE. — PREMIÈRE

Louis XII songe à faire la conquête du Milanais. ^ Ses alliances en Italie. — Abandon oti se trouve le More. — Conquête rapide du Milanais. — Alexandre VI reprend ses projets contre les vassaux du Saint-Siège. — Louis XII prête Tappui de ses armes au

. Pape. — Première campagne de César Borgia. — Courageuse ■défense de Forli par Catherine Sforza. — Révolution à Milan et restauration de L. le More. — Seconde et définitive chute de Ludovic. — Triomphe de César Borgia à Rome.

Après son élévation au trône. Louis XII ne laissa pas longtemps TEurope en suspens à l'égard des projets qu'il méditait. Il ne se proposait pas seulement de renverser les Sforza à Milan, mais aussi de conquérir le royaume de Naples. Son expédition était la continuation de l'entreprise de Charles VIII. Mais entre les deux domaines qui excitaient sa convoitise, le duché de Milan attire d'abord son attention. Cette fois Naples ne pourrait échapper à la France. Placé à ses portes, Milan recevrait les premiers coups et serait la base de la seconde entreprise. Ce plan était plus adroit que 4îelui de Charles VIII.

Une fois résolu à conquérir le Milanais, Louis prit, -comme son prédécesseur, des précautions contre ses voisins en renouvelant les traités d'Etaples, de Nar-

bonne et de Senlis. Il cherche aussi des alliés en Italie. On pourrait croire que l'Italie avait compris par une première et iiide épreuve quel danger il y avait pour elle à laisser pénétrer dans son sein un monarque étranger. Il n'en fut rien. Irrités contre Ludovic Le More, qui les avait empêchés de s'emparer de Pise, les Vénitiens signèrent, le 10 février 1499, un traité où ils promettaient au roi leur appui, à condition que Louis céderait à la république Crémone et la province de Ghiaradda. Les événements devaient révéler ces stipulations qui furent tenues secrètes jusqu'après la conquête (1). Florence refusa l'alliance de Louis XII, mais s'engagea à garder la plus complète neutralité (2). L'appui que Louis promit à Césai* Borgia pour s'emparer de la Romagne donnait au roi le droit de compter sur l'amitié du Saint-Siège.

Ludovic, de son côté, ne négligeait aucun moyen pour entraver les desseins du monarque français. L'habileté de Louis XII déjoua tous ses artifices. Il demanda l'appui de Maximilien qui avait épousé sa fille et du roi de Naples, Frédéric. Mais ce dernier était trop faible pour l'aider, et Maximilien gagné par les avances de Louis XII venait de conclure avec lui un traité d'amitifi. Ce fut alors qu'on vit en Europe le premier exemple d'une alliance avec les ennemis du nt)m chrétien. Ludovic appela à son aide Bajazet U, qui promit d'attaquer les Vénitiens dans leurs possessions sur l'Adriatique (3).

(1) GuicRARDiN, lib. IV, c. m.

(2) GCICHARDIN, lib. IV, c. IV.

(3) OuicHARDiN, lib. IV, c. IV. — CoRio, Jff . di Mil., F*g- ^1* — Mariana, lib. XXVII, n« 17.

Les Français commandés par le comte de Ligny, par d'Aubigny et J.-J. Trivulce qui avait été fait maréchal, franchirent les Alpes au mois d'août 1499, tandis que les Vénitiens pénétraient dans la Ghiaradda, Ludovic avait mis sur pied des troupes nombreuses, ses places étaient bien garnies, mais la plupart des chefs abandonnèrent sa cause et les soldats furent sans courage. En vingt jours le Milanais fut conquis. Ludovic s'enfuit à Inspruck, près de Maximilien. Louis XII, étonné lui-même de ce succès, partit de Lyon pour aller prendre possession de Milan, où il entra revêtu de Thermine ducale, le 6 octobre 1499- Il y fut reçu comme autrefois Charles VIII à Naples, c'est-à-dire en libérateur. Mais on ne devait pas tarder à commettre les mêmes fautes qui avaient amené, quelques années auparavant, la perte de Naples (1).

On vit alors tous ces princes d'Italie, auxquels le courage avait manqué pour repousser la domination étrangère, faire la cour au vainqueur. Dans ce concert d'adulations, Frédéric, roi de Naples, garde le silence. Florence, impuissante à faire respecter sa neutralité, s'estime heureuse de. conclure avec le roi, et au prix de mesquins avantages, l'alliance qu'elle avait refusée avant la guerre (2).

Alexandre VI profita du triomphe de Louis XII pour poursuivre la réalisation de ses desseins politiques. On n'a pas oublié que le patrimoine de saint Pierre était possédé par les barons romains à titre de vicaires.

(1) Gliciiardix, lib. IV, c. iv. — Corio, ibid., p. 969-980. — Sanuto, Chron, Venet, — Muratori, t. XXIX,p. 99-102. — Nardi, Vïh. III, p. (^, — ToMASO ToMASi, p. 223-234.

(2) GuiciiARDiN, lib. IV, c. IV. — Nardi, lib. III, p. 64.

Ces petits vassaux avaient, durant les gueiTes entre les empereurs et les Papes, usurpé une indépendance à peu près complète et des privilèges bien plus étendus que ceux de la noblesse des autres Etats. Ils n'étaient soumis au Pape leur suzerain que nominalement. Ce système de féodalité était un continuel obstacle au gouvernement pontifical.

Ecoutons, à ce sujet, un témoin peu suspect. « Les villes de la Romagne et les autres places qui relevaient de l'Eglise n'en reconnaissaient déjà presque plus la souveraineté depuis longtemps. Plusieurs vicaires ne payaient point le cens qu'ils devaient en signe de leur dépendance ; d'autres ne le payaient qu'avec peine, et TOUS, SANS DISTINCTION, sc mettaient, sans la permission du Pape, à la solde des autres princes, non seulement sans stipuler, dans leurs engagements, de n'être point tenus de servir contre l'Eglise, mais même souvent avec l'obligation formelle du contraire. Cette conduite les faisait fort rechercher, parce qu'on retirait un grand avantage de leurs forces et de la commodité de leurs Etats, et que, par ce moyen, on aifaiblissait toujours la puissance du Pape (1). >

Faibles contre l'étranger, tous ces princes se montrent entreprenants contre le Pape. A Rome, les Orsini et les Colonna, jusqu'alors toujours ennemis, avaient fait, vers le milieu de l'année 1498, une alliance intime; le préfet de la Rovère, frère du cardinal Julien, arrête les quarante mille ducats que le sultan payait annuellement pour le prince Zizim, et, pour se couvrir de cet

(1) GuiciuRDiK, iib. IV, c. V,

attentat, fait courir des bruits calomnieux de prétendues intelligences d'Alexandre VI avecle grand Turc (1); un parti puissant s'élevait contre le Pontife, et sur les portes mêmes de sa Bibliothèque, on vint audacieusèment apposer une satire en vers latins, où la menace se dissimulait à peine sous l'allusion du bosuf des armes des Borgia (2) devenu, à Rome, le symbole populaire de la puissance d'Alexandre VI.

Reconquérir tous les fiefs usurpés, châtier la révolte de ces seigneurs en brisant leur pouvoir, et former de toutes les petites localités de la Romagne et de la Marche d'Ancône un seul Etat sous le sceptre d'un seul homme dévoué au Pape, et cet homme ne pouvait être que le Valentinoîs, tel était le but de la politique d'Alexandre VI (3). Où cherchera-t-il llnstrument nécessaire à l'accomplissement de ce grand dessein ? Sur quelle tète concentrer une puissance dont l'abus pour-

(1) Le Pape protesta contre les calomnies du préfet de Rome. V. InstruciioTts données aux ambassadeurs envoyés par Alexandre VI d Louis XII, Ma. de la bibliothèque Barberini, t. XXX, p. 170, cité par Orégorovius, Histoire de la ville de Rome, etc., t. VII, p. 409, note 2. Trad. ital.

Firmaqae discordes acies concordia junxit.

Ut generis prisci junxerat arma fati (?). Quare agite, oh ! patrias lapsis succurrite rébus ;

Utere nunc animis. Gens generosa, tuis.

Ausonios fines vastantem cedite taurum,

Cornua mortifero vellite torva bovi.

Merge, Tyber, vitnlos animosas ultor in undas ;

Bos cadat inferno victima magna Jovi.

Cité par Malipiero, Arch, stor, Ital., vol. VU, part. 1.

(3) • Decreyerat Alexander pontifez jam diù omnes Romandiolœ et Umbrise et Piceni regulos omninô eliminare, suosque Borgias in eisdem atque aliis regionibus prœficere. » Jacobi Beroam., Chron. suppl.y lib. XVI, p. 417.

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rait devenir redoutable même au siège apostolique ? N'étai^ce pas éviter un danger pour tomber dans un plus grand ? Quel homme choisir dont les serments soient la garantie de la fidélité ? On comprend alors que la coopération de César Borgia fut d'une essentielle nécessité aux grands projets de son père. Mais la ligne, de démarcation entre la conduite d'Alexandre et celle de César Borgia, dans ce drame politique, parait assez nettement accusée dans l'histoire pour qu'il ne soit pas possible de les confondre, comme on le fait, dans le même sentiment de réprobation. Un souverain ordonne la répression de vassaux rebelle^; le ministre de cette répression exécute ces ordres avec ime sévérité inouïe; la postérité doit faire à chacun la part de ses œuvres.

Alexandre VI n'avait pas appelé Louis Xn en Italie, mais une fois qu'il y fut entré, il s'appuya sur le roi très chrétien pour recouvrer les terres de l'Eglise. César, dont les desseins du Pape servaient l'ambition, la lance au poing et le pied dans l'étrier, attendait impatiemment le moment d'entrer en campagne. L'appui des Français sur lequel il comptait ne lui fit pas défaut : il prit alors le commandement des troupes pontificales et partit pour la Romagne où l'avait précédé un corps d'armée que son royal protecteur avait confié aux ordres d'Yves d'Allègre, le plus expérimenté des capitaines de ce temps. Ainsi renforcée, l'armée pontificale était nombreuse ; on n'en avait pas depuis longtemps vu de plus belle (1).

(1) GuiCHARDiN, lib. IV, c. V. — Nardi, lib. III, p. 64. — Tohaso ToMASi, p. 225-234.

L'Italie apprit bientôt le motif de ces préparatifs. Le Pape avait précédemment déclaré, dans un consistoire, que les seigneurs de Pesaro, de Rimini, de Camerino, de Faenza, de Forli et d'Imola avaient manqué à leur devoir de vassaux du Sai^t-Siège en n'acquittant pas le cens annuel, condition de l'investiture (1). Après avoir légalement constaté ce fait, les cardinaux avaient prononcé la déchéance de ces seigneurs et le retour de leurs fiefs à l'Eglise. César Borgia était chargé, au nom du Saint-Siège, de les recouvrer. La prudence fit tenir pendant quelque temps cette sentence secrète, mais maintenant que César est prêt, on publie hautement le jugement. Lorsque le manifeste apostolique arriva aux vicaires pontificaux, l'ennemi était à leurs portes (2).

Cette première campagne de César s'ouvrit par l'attaque d'Imola. Cette ville, possession des enfants de Jérôme Riario, détestait ses tyrans. Les principaux habitants avaient déjà supplié César de les délivrer de leur joug. L'un de ses plus illustres enfants et la gloire de son siècle, Antonio Flaminio, lui écrivait que tous le désiraient ardemment et lui faciliteraient l'occupation de la place dont ils voudraient pouvoir lui ouvrir les portes. U espère dans la clémence et la magnanimité de César pour protéger contre les violences et la cupidité des soldats un peuple qu'il peut regarder dès maintenant comme sien (3). La garnison pasta-

(1) BuRCHARD, Dianum (ap. Eccard, etc.), p. 2107. — Ma&ino Samuto, Chron, Venet., p. 128. — Guicharo., ibid,

(2) TouASO ToMAfii, p. 236.

(3) Ex epistolis Anton. Flamimi.

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