DRAME DE SINI6A6LIA
nir ne romprait plus la bonne harmonie. Gagné par ce grand art de la persuasion qne nul ne possédait à un si haut degré que lui, et aussi par de riches présents (1) et par des promesses séduisantes, Paolo Orsini devint à partir de ce moment son plus efiBcaœ instrument (2).
Cependant cinq cents lances françaises et les nouvelles levées viennent d'arriver à Imola (8). César pourrait maintenant aller de pair avec ses assaillants, mais le lion préfère se faire renard. Peut-être sa confiance en des mercenaires et en des auxiliaires n'était plus aussi ferme. Il songe à frapper soudainement et d'un seul coup tous ses adversaires (4).
César avait eu soin de distribuer ses troupes, au fur et à mesure de leur arrivée, dans différents postes, n avait ainsi une armée puissante quand les alliés le croyaient à la tête de quelques centaines d'hommes seulement. Aucun symptôme n'annonçait que César eût le dessein de se départir de la soumission qu'il avait afifectée dans sa détresse. On conclut une paix générale (18 octobre 1502). César oubliait les torts des conjurés à son égard, reprenait à son service les Orsini et les Yitelli, renonçait à ses desseins contre Bologne. Pour aller au-devant de toute défiance, il suggéra qu'un seul des chefs de la ligue servirait en personne et commanderait sous lui toutes les troupes
(1) Machiavel, Le Prince, ch. vii.
(2) Gdichardik, lib. V, c. iv.
(3) Machiatsl, Légation, etc., Epist, 17. — Rosmini a prouvé par des documents que la lance se composait de huit personnes {ielC Ut, di TrivuUio, t. II, p. 209.)
(4) Machiavel, Le Prince, ch. vu.
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des barons. De leur côté, les confédérés promirent d'aider le duc à reconquérir le duché d'Urbin, la seigueurie de Camerino et à le seconder dans toutes ses expéditions, et de ne faire la guerre à aucune puissance, de ne prendre parti pour qui que ce soit, sans son consentement (1).
L'infortuné duc d'Urbin, placé idnsi entre le Valentinois et ses perfides alliés, dut fuir une nouvelle fois, n se réfugia à Venise. Il avait auparavant eu soin de détruire la plupart de ses forteresses, afin d'enlever à ses ennemis les moyens de s'établir solidement au milieu de ses vassaux .
Au commencement de décembre. César se rendit à XTésène où l'attendaient les envoyés des confédérés que la paix semblait combler de joie. Pour lui donner une marque de leur confiance, ils mirent sans réserve leurs forces à sa disposition, demandant qu'il utilisât leur dévouement; mais en réalité, s'il faut en croire des documents dont il sera bientôt question, cherchant à faire naître l'occasion de s'emparer de sa personne* Oliveretto da Ferme proposait de marcher contre la Toscane; mais César fut fidèle à ses alliés et repoussa ce dessein. Ils convinrent alors de concentrer leurs forces contre Sinigaglia possédée par la Bovère, un neveu du duc d'Urbin, et de &ire pour César la conquête de cette ville. Mais, par un reste de défiance simulée ou réelle, ils exigèrent qu'il ne se joindrait pas personnellement à eux. César resta à Faoo à quinze milles de Sinigaglia.
(1) Machiavel, Epist. 22 de la Légation,
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Le siège fut mené rapidement, les remparts étaient faibles, les habitants mal disposés, les soldats à peine assez nombreux pour garnir les remparts ; en peu de temps la ville tomba au pouvoir des alliés. La citadelle résistait toujours. Le gouverneur était résolu à ne se rendre qu'au seul duc de Romagne.
Les alliés invitèrent donc César à venir lui-même recevoir les clefs de la place. Le duc crut-il l'occasion favorable à son projet ou simplement avait-il deviné une pensée secrète chez les confédérés ? Quoi qu'il en soit, pour rassurer pleinement les confédérés il congédia les troupes françaises, n'en retenant avec lui que cent hommes d'armes. C'est avec un faible corps d'armée qu'il paraissait remettre sa personne entre leurs mains ; mais quand le matin du 30 décembre il arriva sur les bords du Métauro, à cinq milles en avant de Fano, sur la route de Sinigaglia, comme si les soldats avaient tout à coup surgi de terre , César avait une armée de 10.000 fantassins et de 2.000 cavaliers.
On se dirigea vers Sinigaglia. t Votre Seigneurie sera aujourd'hui contente de moi », dit César à Machiavel qui chevauchait à ses côtés (1). t La république allumera des feux de joie lorsqu'elle apprendra des événements aussi agréables », dut répondre le secrétaire florentin. Les barons avaient tout disposé pour recevoir honorablement le duc. Il avait été convenu qu'ils céderaient la ville à César et à son escorte. En conséquence, ils avaient logé la masse principale de
(l) Nardi, lib. IV. p. S.'i.
EXTINCTION DKs viCAULvis. — - 150:2-1503. 455
leurs propres forces dans les villages voisins. Seul. Oliveretto avait occupé avec ses hommes le Borgo, faubourg du côté de Fano. Un escadron d'hommes d'armes qui marchait en avant et avait reçu les instructions nécessaires, en arrivant à l'entrée du faubourg, fit halte tout à coup, se retourna et ouvrit ses rangs.
Cette manœuvre instruisit les barons de l'approche de leur visiteur. Vitellozzo, Paolo Orsini et le duc de Gravina accoururent au-devant de César, suivis seulement d'une faible escorte. Ils le saluèrent avec courtoisie et en furent accueillis d'un air joyeux et bienveillant. Vitellozzo était sans armes, couvert d'un simple manteau, l'air triste et comme abimé sous l'empire d'un funeste pressentiment. Ses amis qui connaissent sa bravoure et son intrépidité naturelles raillent sa tristesse. Il avait un moment songé à éviter la rencontre de Borgia, mais Paolo Orsini avait réussi à lui faire part^iger sa confiance.
L'absence de Baglione et d'Oliveretto frappa aussitôt César. Le- premier, qui soupçonnait César d'avoir revêtu la peau de l'agneau^ s'était prudemment éloigné de Sinigaglia. Oliveretto était avec ses soldats. Sur un signe du duc on lui lit adroitement entendre que le moment de l'arrivée du duc ne pouvait être celui d'une manœuvre et il vint prendre place auprès du Valentinois.
Le cortège entra dans la ville. Pendant sa marche, César se montra aimable pour ses lieutenants, s'entretenant avec chacun d'eux des choses les plus indifférentes. Ils étaient déjà ses prisonniers. Au moment