‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 100 sur 240 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Alain, déconcerté, s'éloigna tristement et l'oreille basse, tout en marmottant entre ses dents :

— Ah! ma bonne Notre-Dame d'Auray, faites que mon maître ne devienne pas un Français.

De Morvan, à son arrivée, avait été reçu par l'hôte du Cheval Blanc avec une méfiance pleine de froideur : son costume de voyage était, en effet, une assez mauvaise recommandation pour un aubergiste; toutefois, lorsque ce dernier le vit revenir, après une courte absence, si brillamment vêtu , il pensa qu'il s'était trompé sur la position sociale du jeune homme, et il s'empressa de lui envoyer un domestique pour s'informer s'il ne désirait point souper.

Le gentilhomme, quelle que fût sa délicatesse, ne pouvait ni avouer, ce qui l'aurait honteusement perdu, qu'il ne possédait pas un sou vaillant, ni se passer de manger.

Il commanda donc au garçon un modeste repas. Enhardi par la déférence que lui montrait le valet, et sentant instinctivement,— de Morvan était certes fort éloigné, comme nous l'avons mentionné au commencement de cette histoire, de manquer de pénétration : la pratique seule de la vie lui manquait,— le chevalier sentant instinctivement, dis-je, que son nouveau costume

lui donnait, vis-à-vis de bien des gens, une certaine autorité, demanda au valet s'il n'y avait pas quelque coureur qui pût se charger de lui porter une lettre à l'hôtel d'Harcourt!

Comme les princes et les ducs d'Harcourt jouissaient d'une grande réputation de noblesse et de fortune, le valet répondit en s'inclinant humblement, que si le chevalier voulait bien prendre la peine de lui remettre cette lettre, il se faisait fort de la faire parvenir à sa destination avant une heure.

De Morvan se fit apporter du papier, une plume, et écrivit les mots suivants : « J'arrive à l'instant à Paris. Si demain vous avez besoin de ma vie, demain soir je n'existerai plus. » Puis il signa et remit le billet au valet. Ce dernier, fidèle à sa promesse, revint à peine l'heure expirée : il apportait une réponse.

On devine sans peine l'émotion qu'éprouva de Morvan en décachetant la lettre qu'on venait de lui remettre: elle contenait ces simples mots: „ Merci, demain je ne puis vous voir, après-demain rendez-vous à trois heures chez le traiteur Renard et demandez l'étrangère, j'y serai. »

Le chevalier transporté de joie mit la main à la poche pour donner un louis à l'intelligent messager, mais la réflexion l'arrêta.

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